Une tribune pour les luttes

Film : "Gerboise Bleue", de Djamel Ouahab

Article mis en ligne le vendredi 13 février 2009

Le 13 février 1960, la France a accédé au statut de puissance nucléaire, après l’explosion, à Reggane, dans l’extrême sud algérien, d’une bombe atomique expérimentale, d’une puissance quatre fois supérieure à celle d’Hiroshima, au Japon. Cette explosion sera suivie de trois autres dans l’atmosphère, et de treize autres sous terre à Aïn-Ikker, dans le Hoggar, suite aux protestations des États subsahariens limitrophes concernant les risques de radioactivité sur leurs populations.

Gerboise Bleue est le nom de code du premier essai. Il est également le titre du documentaire de 90 minutes que le jeune réalisateur, Djamel Ouahab, vient de consacrer aux conséquences dramatiques sur la santé de milliers de militaires français et de civils parmi la population locale algérienne. Il sera diffusé à partir du 11 février prochain dans les salles de cinéma en France.

Une clause secrète des Accords d’Evian, signée par la France et l’Algérie, le 18 mars 1962, autorisait la France à poursuivre ses expériences en Algérie, jusqu’en 1967. Cette clause concernait aussi l’utilisation, jusqu’en 1978, de la base ultra-secrète B2-Namous, à Hammadir, dans la région saharienne de Béchar, pour les essaies d’armes chimiques et bactériologiques.

Les victimes françaises, dont beaucoup d’entre elles sont décédées, s’estiment trahies par leur propre État : ses responsables les avaient non seulement exposées en connaissance de cause, mais ils refusent aussi de reconnaître leur atteinte par les multiples maladies causées par ces essais pour ne pas avoir, selon eux, à les indemniser.

C’est ainsi que tous les procès qu’elles ont intentés à l’armée française ont été rejetés au motif qu’une plainte n’est recevable que si elle est déposée dans les 30 jours suivants le départ définitif de l’armée. Mais comment les plaignants pouvaient-ils le savoir, alors qu’ils avaient été sciemment tenus dans l’ignorance de la nature des risques encourus, à court ou moyen terme ? « On ne nous a rien dit » explique l’une des victimes. « On nous a juste demandés de nous rendre au point zéro du lieu de l’explosion, de lui tourner le dos et de fermer les yeux au moment de l’explosion » ajoute-il. L’explosion avait fait un bruit énorme et dégagé une lumière très vive qu’ils ont perçue à travers les paupières. Des habitants de Reggane et d’Aïn-Ikker se souviennent eux aussi tôt le matin d’un bruit énorme et d’un « éclair ». Ils en ignoraient cependant l’origine. Depuis, plusieurs parmi eux sont devenus aveugles.

Le gouvernement français refuse aussi d’adopter le « principe de présomption d’origine » contrairement aux États-Unis d’Amérique, au Canada… Un médecin interviewé dans le film et très investi dans cette affaire s’est insurgé : c’est rien moins qu’une « monstruosité scientifique » que d’exiger des victimes qu’elles apportent les preuves de ce lien de cause à effet, en l’état actuel de la science.

Le même témoin français cite le traitement très lourd auquel ils est astreint depuis fort longtemps. Sa campagne est partie car elle trouvait qu’il « était souvent malade ». Une autre victime française défigurée par les affections dues, selon lui, à sa contamination par ces explosions, en est à la vingtième ou trentième opération chirurgicale de différentes sortes.

Les victimes parmi les Touaregs algériens, totalement ignorées par l’État français, réclament justice eux aussi : que la France répare les dégâts qu’elle a occasionnés en Algérie, tant aux Hommes qu’à l’environnement. On enregistre ainsi une fréquence élevées de maladies congénitales très handicapantes. Les médecins des hôpitaux publics de la région disent en parler entre eux des liens possibles de ces maladies avec les essais atomiques qui ont eu lieu, ici, durant la première moitié des années 1960. Mais sans en avoir la certitude, précisent-ils, car ils ne disposent pas de moyens scientifiques et techniques adéquats pour étayer leurs présomptions. Ce serait bien affirme une victime algérienne, si la France construisait un hôpital « pour les soigner. » Des vergers de palmiers sont également devenus improductifs et leurs feuilles asséchées, certainement pour les mêmes raisons, selon les habitants.

Un habitant de Hammadir exige de la France fasse disparaître la sorte de petite pyramide bétonnée qu’elle a construite en pleine nature, et contenant très probablement des déchets d’armes chimiques et bactériologiques. Elle a abandonné également du matériel rouillé et contaminé, ainsi que des déchets radioactifs sur le sol à la portée de tous.

Selon Mohamed Bedjaoui, ministre algérien des Affaires étrangères, les autorités françaises ne se sont jamais souciées de prendre contact avec le gouvernement algérien pour régler ce problème. Mais à croire le porte-parole du ministère français de la Défense, ce sont plutôt les responsables algériens qui ne se sont pas manifestés auprès d’eux à ce propos. Il s’est toutefois empressé de déclarer que la France est tout à fait disposée à entamer des négociations avec l’Algérie autour de cette question.

Ajoutons que la clause en question des Accords d’Evian ne prévoyaient ni le démantèlement des installations contaminées par la radioactivité ni la décontamination des lieux, auxquels d’ailleurs les pouvoirs publics algériens interdisent l’accès pour cette raison.

C’est en 1999 que le scénariste et réalisateur franco-algérien, Djamel Ouhab, a réalisé son premier long-métrage, Cour interdite (drame d’un jeune s’adonnant au trafic de drogue pour faire vivre sa famille). Il prépare actuellement une fiction : Fellouze. Il a été, pendant plusieurs années, membre dirigeant de l’Agence du cinéma indépendant pour sa diffusion, et intervient aussi dans les ateliers de la FEMIS ainsi qu’aux Cours Florent à Paris pour la formation des comédiens.

Hakim Arabdiou
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