Une tribune pour les luttes

Territoires palestiniens occupés : Une odeur d’argent

Veolia, Alstom, Dexia... Colonies illégales, tramway colonial...Quand des entreprises françaises financent l’occupation ou y participent.

Article mis en ligne le mercredi 18 février 2009

T. Hocine

Veolia, Alstom, Dexia... Colonies illégales, tramway colonial...Quand des entreprises françaises financent l’occupation ou y participent.

Cela rappelle étrangement des situations vécues déjà sous d’autres cieux, c’est-à-dire là où l’argent est roi et qu’il n’y a pas de place pour les états d’âme. Au nom d’une logique aussi inhumaine que froide, des pays ferment les yeux dans des cas de flagrante injustice, en contradiction avec un discours supposé défendre les droits de l’homme.

C’est ainsi que trois multinationales et une PME françaises sont accusées d’avoir tiré économiquement profit de la colonisation de la Cisjordanie par Israël. « La banque franco-belge Dexia finance plusieurs colonies. Les multinationales Alstom et Veolia comptent transporter leurs habitants à travers Jérusalem. La PME Manitou participe à la construction du mur de séparation. Toutes font du business en totale violation du droit international », indique une ONG (organisation non gouvernementale) française sur son site. Ainsi apprend-on, « en 2003, le gouvernement israélien a lancé un plan de financement des communes qui ont du mal à boucler leurs budgets. 67 municipalités israéliennes, dont une dizaine de colonies, bénéficient d’un emprunt auprès de Dexia Israël ».

« L’implantation de colonies israéliennes en Cisjordanie viole la Convention de Genève, ratifiée par Israël, et plusieurs résolutions de l’Onu, notamment la résolution 446 du 22 mars 1979 », ne cesse t-on de rappeler y compris aux gouvernements qui se montrent d’une extrême complicité avec leurs milieux économiques. On disait la même chose en 1975, voire plus, quand il s’agissait de livrer deux centrales nucléaires à l’Afrique du Sud, alors sous le régime de l’apartheid, et théoriquement sous embargo de l’ONU ou encore de l’accord de pêche liant le Maroc et l’Union européenne, incluant les eaux territoriales du Sahara-Occidental sous occupation marocaine. Donner du travail aux pêcheurs européens, alors que c’est un soutien à la politique d’occupation en échange du pillage de richesses qui n’appartiennent qu’au peuple sahraoui.

Cette résolution considère que la politique et les pratiques israéliennes consistant à établir des colonies de peuplement dans les territoires palestiniens et autres territoires arabes occupés depuis 1967 n’ont aucune validité en droit et font gravement obstacle à l’instauration d’une paix générale, juste et durable au Moyen-Orient. L’ONG « Intal », avec une trentaine d’organisations belges, vient de lancer une campagne « Dexia, out of Israel », contre le financement des colonies israéliennes par la banque franco-belge. Plusieurs communes belges ont déjà adopté des motions allant dans ce sens. Deux multinationales françaises sont impliquées dans le consortium Citypass aux côtés d’entreprises et de banques israéliennes : Veolia transport et Alstom, pour la réalisation du tramway d’El Qods, devant relier El Qods-Ouest, aux colonies israéliennes d’El Qods-Est, en Cisjordanie palestinienne. Alstom doit fournir 46 rames de tramway et a obtenu une concession de 30 ans pour l’exploitation de la ligne et c’est fort logiquement que l’Autorité palestinienne a porté plainte contre les deux multinationales [1].

De nombreuses ONG ont dénoncé la participation des deux groupes à la réalisation de ce projet. Grâce à leur travail, Veolia a directement pâti de sa participation au consortium. En effet, le conseil municipal de Stockholm a annoncé, le 20 janvier, que Veolia, en charge du métro de la capitale scandinave depuis dix ans, était évincée au profit d’un autre opérateur. « Un contrat de 3,5 milliards d’euros est parti en fumée officiellement pour des raisons commerciales mais sur fond d’une intense campagne médiatique », rappelle-t-il. La dernière entreprise directement impliquée auprès des colonies israéliennes n’est pas une multinationale mais une société de taille moyenne. « Manitou » se présente comme « leader mondial de la manutention tout terrain », au chiffre d’affaires de 1,2 milliard d’euros, fournit machines et bulldozers pour la construction et l’entretien du mur de démarcation, érigé par le gouvernement israélien, dont le tracé empiète largement sur le territoire palestinien. Et ces entreprises n’ont jamais été rappelées à l’ordre dans leur pays d’origine. Ce n’est plus du laisser-faire, mais de la myopie et encore une fois, la politique du cas par cas.

[1] il s’agit en fait d’une plainte déposée par l’AFPS (association France Palestine Solidarité) et l’OLP. Voir http://www.france-palestine.org/article9864.html

publié par el Watan le 15 02 2009

http://www.elwatan.com/Territoires-palestiniens-Une-odeur

http://www.france-palestine.org/article11150.html


Un rapport secret révèle l’ampleur de la colonisation illégale par Israël en Palestine

Emilie Sueur

La colonisation s’est poursuivie sous tous les gouvernements israéliens, de quelque bord qu’ils soient. Elle devrait aussi se poursuivre pour « gérer la croissance naturelle », selon la formule consacrée, avec le prochain cabinet.

Il y a quatre ans, le ministère israélien de la Défense, alors dirigé par Shaoul Mofaz, donnait pour mission au général de réserve Baroukh Spiegel d’établir une base de données exhaustive sur les colonies israéliennes. Une mission à laquelle s’employèrent, pendant plus de deux ans, Spiegel et son équipe.

En raison de leur caractère explosif, les résultats de cette enquête n’ont jamais été rendus publics. Ehud Barak a notamment estimé que les conclusions de cette étude pouvaient « nuire à la sécurité de l’État ou à sa politique étrangère ».

Seulement voilà, le quotidien israélien Haaretz a réussi à se procurer le rapport et l’a publié le 1er février, alors que George Mitchell, émissaire de Barack Obama pour le Moyen-Orient, mais également rédacteur de la feuille de route de 2001 qui mettait en parallèle l’arrêt du terrorisme et l’arrêt de la construction dans les colonies, venait d’achever une tournée dans la région.

La base de données passe en revue et dans le détail chaque colonie, précisant notamment sa forme, le nombre de ses habitants, le statut juridique de la terre sur laquelle elle a été construite ou encore les avant-postes sauvages situés à proximité. « Sous chaque entrée, soulignée en rouge, on trouve une information sur l’étendue de la construction effectuée sans autorisation et sa localisation exacte dans la colonie », précise le Haaretz.

Les conclusions sont édifiantes. Pour environ 75 % des 120 colonies de Cisjordanie, « la construction a été effectuée, parfois sur une grande échelle, sans les permis requis ou en contravention avec les permis obtenus.

La base de données révèle également que dans plus de 30 colonies, d’importantes constructions d’immeubles publics et infrastructures (routes, écoles, synagogues, écoles rabbiniques et même commissariats de police) ont été effectuées en Cisjordanie sur des terres qui appartenaient à des propriétaires palestiniens privés », révèle le Haaretz, qui souligne que le rapport concerne toutes les colonies, et pas seulement celles dites « sauvages ».

Le quotidien israélien souligne que les informations de cette base de données ne correspondent pas à celles mises en ligne sur le site Web du ministère des Affaires étrangères, « selon lequel "les actions d’Israël relatives à l’usage ou à l’attribution de terres qu’il administre sont toutes prises en respectant totalement les règles et les normes du droit international - Israël ne réquisitionne pas de terres privées pour construire des colonies" ». Le Haaretz enfonce le clou : « Cette impression de dissonance ne fait que grandir quand on découvre que des bureaux municipaux, des commissariats de police et des casernes de pompiers sont également bâtis, et fonctionnent actuellement, sur des terres qui appartiennent à des Palestiniens ».

Étant donné le niveau de détail de cette base de données, l’on comprend qu’elle puisse engendrer de nouvelles batailles juridiques. Voici un exemple parmi tant d’autres, celui de la colonie d’Ofra, cité par le Haaretz : « D’après un récent rapport de B’Tselem, la plupart des zones développées des colonies sont situées sur des terres palestiniennes privées et font ainsi partie de la catégorie des avant-postes illégaux destinés à être évacués.

Le Conseil général des colons, Yesha, a réagi au rapport de B’Tselem en affirmant que les « faits » contenus dans le rapport étaient « totalement infondés et destinés à présenter une image biaisée. Les habitants de la colonie d’Ofra font attention aux droits des propriétaires arabes, avec lesquels ils sont parvenus à un accord concernant la construction des quartiers ainsi qu’à un autre qui permet aux propriétaires privés de continuer à cultiver leurs terres ». Mais les informations sur Ofra contenues dans la base de données ne laissent planer aucun doute : « La colonie n’est pas conforme aux plans de construction validés. La plupart des bâtiments de la communauté se trouvent sur des terres privées enregistrées comme telles, sans aucune base juridique et sans possibilité de les convertir en terres à usage non privé. » Les cas similaires se comptent par dizaines.

L’organisation La Paix maintenant a, par ailleurs, récemment indiqué que les constructions, dans les colonies, ont augmenté de 57 % en 2008 et le nombre total de colons est passé de 270 000 en 2007 à 285 000 en 2008. À noter que le taux de croissance démographique dans les colonies est en moyenne de 5 % par an, soit deux fois plus que le taux en Israël.

Reste à savoir si George Mitchell saura rappeler le point de sa « feuille de route » concernant les colonies au « mauvais » souvenir des Israéliens.

publié par l’Orient le Jour

http://www.lorientlejour.com/articl...
http://www.france-palestine.org/article11145.html

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