Une tribune pour les luttes

Monsieur le maire,

Article mis en ligne le vendredi 6 mars 2009

Les déboires d’un étranger......français !

Tant que mon statut de citoyen Français ainsi que les lois de cette république me l’autorisent, je me permets de porter à votre connaissance la petite histoire qui suit et qui pourrait prêter à sourire si, par certains de ces ressorts, elle ne rappelait sournoisement une époque bien sombre de l’histoire récente de notre pays.

ACTE 1 : Le citoyen Didier PHILIPPE de nationalité Française né à Abidjan en 1960 se rend compte que sa carte d’identité est périmée et décide de faire procéder à son remplacement.

ACTE 2 : Il se rend à la mairie de LAGRAVE où un personnel compétent, sympathique et à l’écoute l’accueille et le renseigne quant aux démarches nécessaires à entreprendre afin d’obtenir le précieux papier (car déjà, être né à Abidjan c’est tout un programme pour la république Sarkozyste et libérale…Mais passons).

ACTE 3 : Après avoir obtenu copie de mon acte de naissance à Nantes (facile…), tout le dossier est fort diligemment transmis par la mairie aux services de la préfecture du Tarn…

Et là, le drame se noue… Le dossier m’est retourné au prétexte que « mon père et ma mère ne sont pas nés en France, alors vous comprenez… ». Je dois comprendre quelque chose… mais quoi ?

AH oui…. AARGHH… je l’avoue maintenant… lapidez moi ! Mon père était né à DAKAR, ma mère était née à TIEN-TSIN en Chine, étaient tous deux de nationalité Française MAIS ont seulement commis l’erreur au regard des nouvelles lois libérales voulues par la République de naître bien trop loin de la terre des droits de l’homme, la FRANCE, pépinière mondialement connue pour sa ponte en batterie de démocrates irréprochables purs produits du terroir issus de la tradition…Celle qui sent bon son Pétain, son Algérie Française, son Napoléon et sa droite réactionnaire. La vraie FRANCE, quoi ! Celle qui jette les Algériens par-dessus les ponts lors des manifestations, celle qui emmène Le Pen aux deuxième tour d’une élection présidentielle, celle qui assassine Malik Oussekine, qui tire sur les inspecteurs du travail, qui conchie les fonctionnaires, qui dégueule sur les enseignants, qui voudrait à nouveau voir des crucifix dans les salles de classe, La France de toujours. Notre France ETERNELLE.

ACTE 4 : le citoyen susnommé devrait donc (avant que se parents morts et enterrés ne ventilent un peu trop fort à force de se retourner dans leur loft) entreprendre les démarches auprès du tribunal d’instance d’Albi (comme un vulgaire malfrat, voire un élu véreux aux multiples casseroles s’entrechoquant), afin de faire établir, par un quelconque juge à qui serait laissé toute latitude de décider, le fait que je sois bien Français, monsieur ! Oui Môssieur… Et vous savez comment s’appelle ce papier que l’on me demande ? : Un certificat de Nationalité Française ! Et vous savez quel justificatif on me réclame entre autre pour l’établir ? Vous allez rire, c’est cocasse : Une copie de ma carte d’identité…. Ouahahahaouarf !!! J’en emplis encore le fond de ma culotte d’une humidité dont, par politesse, je tairais l’origine…

Mais passons encore… Foin des papiers et autres canailleries légales, passées les humiliations politico-administratives auxquelles des lois iniques me contraignent, les barrières infranchissables pour qui , sur le coup, mâitrise mal les finasseries administratives et les papiers en tous genres, foin de tout cela donc, une chose me rassure : Je suis certain, monsieur le maire, que je pourrais l’avoir, cette carte d’identité… Il faudrait que j’y travaille, certes, mais je l’aurais si je la désirais.

Et vous savez pourquoi ? Parce que je suis BLANC et que mes parents étaient BLANCS eux aussi !

Imaginez vous un instant que ma peau, sur la photo ait présenté comme qui dirait une once de cet éclat basané qui fait les gorges chaudes des longues soirées d’hiver de la place Beauvau et de certains commissariats de notre beau pays : je n’étais pas prêt de l’avoir, mon papier…

Imaginez -vous un instant que je me sois prénommé karim, ou Mamadou !...

Imaginez -vous un instant que j’ai eu à demander à la France l’asile politique…

Imaginez -vous un instant que j’ai eu à demander à ce pays le droit d’y vivre mieux que dans le mien ?

Imaginez vous, monsieur le maire, que j’ai été… E-TRAN-GER ?! J’en transpire encore…

Je n’ose même pas effleurer cette idée…. Pour moi, visage pâle, c’est déjà le parcours du combattant et on commence à vous regarder de travers dans ce pays dès que vous êtes nés en Andorre… Alors pour eux ; les ETRANGERS !

Mais j’ai confiance dans la loi libérale et entrepreneuriale de mon doux et beau Pays…

Vive la France… Vive le Maréchal…(Je m’égare ?...Il faut que j’arrête de fumer les imprimés administratifs relatifs aux lois sarko !).

Pour redevenir un instant sérieux, voilà donc ce qu’aujourd’hui le pays des droits de l’homme commence à devenir sous la houlette de la doctrine en vogue. Cela me scandalise d’autant plus que mes idées philosophiques sont plus enclines à caresser l’abolition des frontières, la mise au feu de tous les papiers d’identité et la citoyenneté mondiale que la petite et misérable idéologie sécuritaire à la mode ; que l’acceptation sans broncher de lois discriminatoires. Et vous voulez que nous continuiions à être des citoyens tranquilles ? Des défenseurs de l’ordre et de la république ?

Mais de quelle République s’agit-il donc ? Et combien de temps croyez vous que des citoyens comme moi continuerons à la cautionner ? Une seule idée m’est venue l’autre jour, lorsque, écœuré par tout ça je réfléchissais à l’indigence et à la vacuité sans nom du système politique Français : et cette idée, c’était de venir vous rendre en main propre ma carte d’électeur… Peut être vais-je le faire, somme toute. Car en vérité, à quoi sert elle, cette carte, sinon à cautionner le système dont hélas les élus dans leur grande majorité sont devenus les zélés serviteurs.

Pouah, donc, monsieur le maire.

Je suis profondément dégoûté par tout ce que je vois arriver dans ce pays…

Vous tous , élus de tous bords savez très bien ce qui est en train de se produire… Mais l’autruche vit mieux la tête dans le sable… Ca la fait vibrer !

Pour terminer sur une note plus tendre, vous voudrez bien transmettre à l’ancien Préfet du Tarn, Monsieur Falipot, qui à l’époque avait signé ma carte d’identité, qu’il a donc en vertu des lois qui sévissent aujourd’hui, signé un faux, puisque apparemment, je ne suis plus Français…

Vous voudrez bien également me rappeler la date et l’heure de mon expulsion en charter pour un pays de ma convenance, de façon à ce que je prépare une petite valise avec quelques affaires et un petit cadeau en liquide pour les forces de l’ordre…

Par contre, j’aimerais bien retourner en côte d’Ivoire… Je n’y ai plus remis les pieds depuis ma naissance.

Et puis tenez… Je m’en tamponne tellement de ce bout de papier dérisoire, de cette carte de pseudo identité, que je vais cesser dès maintenant de me casser les nerfs et d’user les vôtres. Je n’en veux plus ce truc. La bande de malfrats qui est à la tête des plus hautes instances de ce pays peut bien se la mettre où je pense.

Je vais plutôt aller tout de suite me rincer la dalle dans un bon vieux resto Sénégalais tenu par des potes sans papiers. Au moins là, on ne me demandera pas de prouver qui je suis et je m’y sentirai comme qui dirait plus « chez moi ».

Enfin, et pour que tout le monde s’amuse un peu, je transmets une copie de ce courrier au « canard enchaîné », à « La dépêche du midi » et à « SINE HEBDO » pour une éventuelle publication qui « réjouira » le citoyen de base.

Républiquebananièrement vôtre

Votre dévoué et désormais sans-papier

Nabuchodonosor

http://pagesperso-orange.fr/communecolere/Monsierlemaire.html

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