Une tribune pour les luttes

G20 : si le climat était une banque, vous l’auriez déjà sauvé !

Article mis en ligne le vendredi 3 avril 2009

France — Paris, le 2 avril 2009 -

Ce matin, à 11h30, des militants de Greenpeace ont manifesté pacifiquement au pieds des tours de la Société Générale à Paris La Défense après avoir « relooké » et renommé le logo de la célèbre banque. Adressés au G20, par l’entremise d’un symbole de la crise financière, on pouvait lire les slogans « G20 : relancez aussi le climat ! », « Faites les bons investissements, sauvez le climat ! », etc.
20 chefs d’Etats, représentant près de 90% du PNB mondial, tentent de trouver aujourd’hui à Londres un accord pour enrayer la crise économique. Les leaders du G20 prétendent jouer les pompiers de la crise économique, mais ne semblent pas disposés à intégrer dans leurs discussions une autre crise, beaucoup plus grave à long terme : la crise climatique.

« Ce matin Greenpeace a choisi d’interpeller le G20 par le biais d’un des symboles de la crise économique actuelle. Parce que les banques, malgré leur incurie, ont bénéficié de financements démesurés et mobilisés très rapidement par les Etats, le siège d’une banque nous paraît un bon endroit pour exiger du G20 qu’il fasse preuve d’au moins autant de volontarisme pour sauver le climat. La crise économique mondiale va faire sentir ses effets pendant une à quelques années selon les estimations.
La crise climatique, elle aussi, a déjà des impacts un peu partout. Si l’on n’agit pas assez, ou pas assez vite, il s’emballera de façon irréversible, et nous menacera tous !
 », déclare Jérôme Frignet, chargé de campagne pour Greenpeace France.

Investir dans le climat : un placement vital et de long terme !

Au sommet de Copenhague pour le climat, en décembre prochain, un accord est indispensable pour donner une suite au protocole de Kyoto et éviter la catastrophe climatique. Des discussions préliminaires se tiennent à Bonn en ce moment même. Mais les pays riches, dont l’Union européenne, n’ont pas saisi cette occasion pour donner le signal attendu par les autres Etats de la Planète.

« Pour l’instant, ces discussions ressemblent à un poker menteur : chaque partie aux négociations attend que l’autre « dévoile son jeu » avant d’annoncer des engagements concrets de lutte contre les changements climatiques.
Quant au G20, il se désintéresse purement et simplement de la question. Si le climat était une banque, ces Etats mettraient sans aucun doute plus d’entrain à s’engager concrètement et le G20 aurait aussi à son agenda les questions financières relatives aux changements climatiques,
ironise Karine Gavand, chargée de campagne climat pour Greenpeace France. Pourtant, il n’y a pas de meilleur et de plus urgent investissement que le climat ».

110 milliards d’euros par an pour aider les pays du Sud à lutter contre les changements climatiques

Il est indispensable que les pays industrialisés aident financièrement les pays en développement à mettre en place un modèle énergétique sobre en carbone, à stopper la déforestation et ses émissions de CO2 et à s’adapter aux conséquences déjà désastreuses des changements climatiques. Les montants nécessaires sont évalués à 110 milliards d’euros par an, à répartir selon le principe du pollueur-payeur (responsabilité historique des émissions, consommation par habitant). Greenpeace estime ainsi que la part de l’Union Européenne doit se monter à 35 milliards d’euros annuels. Le montant peut paraître impressionnant mais reste modeste en comparaison des sommes débloquées par les pays riches du G20 pour sauver le système bancaire, comme par exemple les 1700 milliards d’euros débloqués en Europe

Par ailleurs les pays industrialisés vont devoir réaliser des réductions drastiques de leurs propres émissions de gaz à effet de serre. « Les plans de relance liés à la crise économique devraient constituer un tremplin extraordinaire pour modifier radicalement notre approche de la croissance économique, et nous projeter vers une société plus soucieuse de l’environnement. Malheureusement, les plans de relance récemment adoptés sont loin d’être à la hauteur des enjeux, et la part des investissements verts y est ridiculement faible », regrette Jérôme Frignet.
Comme l’a dit le Secrétaire général des Nations-Unies, Ban-Ki-Moon, la question n’est pas de savoir si, en période de crise économique, on peut se permettre d’investir dans la lutte contre les changements climatiques : la question, c’est peut-on se permettre de ne pas le faire ?

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