Une tribune pour les luttes

Liaisons sociales

Les accidents du travail mortels dans le privé ont augmenté de 16% en 2007

Signez l’appel Copernic : Travailler tue en toute impunité : pour combien de temps encore ?

Article mis en ligne le mercredi 8 juillet 2009

http://www.fondation-copernic.org/spip.php?article252

23 juin 2009.

Le dernier bilan annuel de la Division Général du Travail ne laisse pas de doute : les accidents du travail augmente. Le propre de ce genre de rapport est de biaiser la présentation des chiffres, de façon à se faire moins alarmants. C’est ainsi que 31174 accidents du travail dans la Fonction Publique Hospitalière, en 2007, au lieu de 33131, en 2006, sera saluée comme une baisse de 6% ! On se raccroche à ce qu’on peut dans les ministères. Reste l’ampleur des chiffres, et qu’ils augmentent ou stagnent à un niveau élevé. Qu’on en juge. Se reporter pour une recension complète à la livraison de Liaisons Sociales, datée du 23 juin dont vous trouverez quelques extraits, par passage, ci-après :

Le dernier bilan annuel sur les conditions de travail a récemment été rendu public. Rédigé par la Direction générale du travail (DGT), il recense les dernières statistiques disponibles sur les accidents du travail et les maladies professionnelles en 2007 ou 2006. Selon ce rapport, l’année 2007 est marquée par une augmentation de 15,8%des accidents mortels dans le secteur privé, soit 622 décès, contre 537 en 2006. Ce chiffre avait déjà connu une hausse de 13% cette dernière année. Le secteur de la métallurgie (+ 41,3%), les activités de services (secteur médical, secteur social, etc.) (+ 31%), du commerce non alimentaire (+ 28,5%) et des transports (+ 25 %) sont les plus touchés.

Les accidents du travail (AT) demeurent plus fréquents dans le secteur privé que dans le secteur public.

• Dans le secteur privé, 720150 accidents du travail avec arrêt ont été enregistrés en 2007, en hausse de 2,8 % par rapport à 2006. Ce chiffre indique une relative stabilité du nombre d’accidents de ce type depuis plusieurs années. En outre, la fréquence des accidents est identique à celle de 2006, soit 39,4 pour 1000 salariés. Le secteur le plus exposé reste celui du bâtiment, suivi du travail temporaire, du bois et de l’ameublement et enfin celui de l’alimentation.

• Dans le secteur public, 37822 accidents du travail avec arrêt ont été recensés en 2006 dans la Fonction publique d’État, soit une baisse de 3,2%par rapport à 2005. Avec 21 accidents du travail pour 1000 agents, la fréquence des accidents du travail reste très inférieure à celle du secteur privé. Néanmoins, ce chiffre est en augmentation par rapport à 2005 (18 accidents pour 1000 agents). Par ailleurs, comme dans le privé, la Fonction publique enregistre une nouvelle augmentation du nombre de décès de 7,7 % pour 2006.

Dans le secteur privé, le nombre total de cancers reconnus d’origine professionnelle est de 1 857 en 2006, contre 1803 en 2005, soit une hausse de près de 3%. L’amiante reste à l’origine du plus grand nombre de ces cancers (1619 en 2006, contre 1591 en 2005). Le nombre de décès poursuit sa tendance à la baisse en 2006 (– 9,3 %). Quant au coût des maladies professionnelles, il est en constante augmentation depuis 1998. En 2007, il s’élève à 1882,25 millions d’euros. Celui des maladies liées à l’amiante ne cesse également d’augmenter : en 2007, il est de 866,33 millions d’euros, soit 46,03% du coût total des indemnités versées par le régime. De leur côté, les coûts imputables aux TMS représentent 736,50 millions d’euros (39,13%).


Travailler tue en toute impunité : pour combien de temps encore ?

Signez la pétition en ligne !

Appel Copernic : "Travailler tue"

http://www.fondation-copernic.org/petition/index.php?petition=3

Le constat est sans appel : le travail rend malade et tue tous secteurs et toutes catégories professionnelles confondues. Le nombre officiel des maladies professionnelles reconnues a explosé : 13 658 en 1996, 52979 en 2005. Le nombre d’accidents du travail graves et mortels reste très élevé : 537 décès en 2006, soit 13% de plus en un an. Ces chiffres officiels sont – on le sait – grandement sous-estimés en raison notamment d’une importante sous-déclaration. Les suicides directement liés au travail sont estimés à 400 par an, pour la plupart non reconnus comme accidents du travail. Plusieurs millions de salariés sont exposés, sans aucune protection, à des produits connus pour être cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction, contribuant ainsi grandement aux inégalités sociales face au cancer : un ouvrier a dix fois plus de risque de mourir du cancer avant 65 ans qu’un cadre supérieur.

Cette situation ne tombe pas du ciel : elle est le résultat de politiques d’entreprises, tant privées que publiques, pour lesquelles les coûts sociaux doivent être toujours plus compressés. Ces politiques ont privilégié et généralisé la sous-traitance, et intensifié le travail comme jamais depuis de nombreuses décennies. Et l’inspection du travail comme la médecine du travail n’ont toujours pas les moyens d’assurer leurs missions.

La lutte opiniâtre des victimes, de leurs associations et syndicats a permis des avancées, mais la course au profit sans entrave sème toujours la maladie et la mort.

Alors que le simple voleur de sac à main est condamné à 6 mois de prison ferme devant le moindre tribunal correctionnel en comparution immédiate, l’employeur coupable d’homicide dit involontaire à l’égard de son salarié, après des années d’instruction, est condamné - quand il est déclaré coupable - à quelques mois de prison avec sursis.

La mise en danger délibéré d’autrui par des choix de politique économique bénéficie dans ce pays d’une incroyable mansuétude. Les employeurs ne sont pas considérés comme de véritables délinquants. Trop souvent les procédures relatives à des accidents mortels du travail sont classées sans suite. Trop souvent les condamnations – lorsqu’elles interviennent - ne touchent que les employeurs en bout de chaîne de sous-traitance et sont symboliques. Les grands donneurs d’ordre y compris l’Etat, dont la responsabilité dans l’organisation du travail est pourtant essentielle, ne sont qu’exceptionnellement concernés et les indemnisations largement insuffisantes.

L’amiante est emblématique de ce que nous dénonçons : alors que le risque est connu depuis des décennies, que des milliers de personnes ont perdu leur vie et vont la perdre dans les prochaines années du fait de l’incurie manifeste des entreprises concernées, voire de leurs choix délibérés, Justice n’est toujours pas faite.

L’inégalité des armes entre le salarié et son employeur est patente et scandaleusement disproportionnée : l’égalité devant la loi est devenue une pure fiction.

Cette injustice se nourrit du silence collectif.

Les soussigné-e-s entendent dénoncer ici et maintenant cette situation inadmissible et intolérable.

Ils et elles exigent que la délinquance patronale soit enfin sanctionnée : la loi pénale doit être pleinement appliquée aux employeurs.

Ils et elles exigent que des moyens humains et financiers soient dégagés pour que la justice puisse réellement faire son travail.

Aucune amélioration de la santé et de la sécurité au travail n’est possible tant que la justice fonctionne à deux vitesses.

Aucune avancée n’est possible tant que les donneurs d’ordre pourront s’abriter derrière les règles du droit commercial pour s’exonérer de leurs responsabilités.

Tous et toutes ensemble nous disons : ça suffit ! Et nous agirons pour que cela cesse.

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