Une tribune pour les luttes

Collecter par téléthon est 20 fois plus cher que par l’impôt

par jean-François Couvrat

Article mis en ligne le mercredi 25 novembre 2009

Avec les illustrations :
_http://dechiffrages.blog.lemonde.fr...

24 novembre 2009

Merci à Pierre Bergé. Sans lui, la télévision publique aurait diffusé le téléthon 2009 comme chaque année depuis 1987. Sans se demander si l’indispensable lutte contre la myopathie bénéficie du meilleur financement. Or on en est loin.

Si l’impôt se substituait au téléthon, le coût de la collecte d’argent serait vingt fois moins cher. On prélèverait d’ailleurs moins, puisque le téléthon draine chaque année bien plus qu’il n’en faut. C’est ainsi que sa créatrice, l’Association française contre les myopathies (AFM), accumule des réserves financière qui la transfigurent. Elle est de moins en moins un collecteur de la générosité publique et de plus en plus un fonds de placement.

L’AFM se plait à souligner son ratio d’excellence – apparemment. Pour 100 euros collectés, elle n’en dépense pas plus de 20 en frais de collecte et en frais de fonctionnement. Ce n’est d’ailleurs pas tout à fait exact. Beaucoup de frais de communication, qui contribuent directement à favoriser la collecte, sont comptabilisés en frais de missions sociales, soulignait la Cour des Comptes dans le rapport qu’elle consacra en 2004 à l’Association française contre les myopathies.

En outre, tous les frais du Téléthon ne sont pas comptabilisés. L’AFM ne finance qu’un tiers des émissions de télévision. Quant aux frais des opérations régionales - la fameuse « force T » -, ils sont purement et simplement oubliées, soulignait le Cour des Comptes.

Mais admettons qu’il n’en coûte que 20 euros à l’AFM pour en collecter 100. Mieux vaudrait tout de même recourir à l’impôt. Il en coûterait vingt fois moins : 97 centimes très exactement selon les données de l’OCDE pour l’année 2007. Notons au passage que l’administration fiscale française, si souvent décriée, coûte moins cher qu’on ne le croit. Elle est d’un coût moyen, au sens propre : quatorzième sur vingt-neuf au classement mondial.

Revenons à l’AFM. Collectant grâce au Téléthon bien plus qu’elle ne peut en dépenser, elle accumule des réserves devenues gigantesques. Début 2008, selon le rapport annuel de l’association, les ressources non utilisées des exercices antérieurs atteignaient déjà 97,767 millions d’euros. Cette masse, accrue du résultat de l’exercice 2008, dépassait 101 millions d’euros début 2009. C’est à peu de choses près ce qu’a rapporté le dernier téléthon (1).

Bref, l’AFM est aujourd’hui en mesure de supporter un téléthon sans aucun donateur. Cela n’affecterait pas ses activités.

Jusqu’où cette réserve financière grandira-t-elle ? Bonne question que la Cour des Comptes posait en 2004 : « La Cour constate que l’AFM n’a jamais indiqué dans les documents qu’elle publie quel est, selon elle, le niveau optimal de fonds associatifs et réserves qu’elle doit atteindre afin de faire face à une éventuelle baisse des ressources du Téléthon ».

Si la lutte contre les myopathies était financée par l’impôt, la question ne se poserait évidemment pas.

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(1) 104,9 millions d’euros.

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