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Ratonnade à la Porte de Versailles

une lettre de Ota Benga

Article mis en ligne le mercredi 25 juin 2003

Hier à 14h00, je me suis rendu à Porte de Versailles, suite à l’appel d’un ami pour participer à un rassemblement pour la Palestine. Il est vrai, je m’y suis présenté sans savoir de quoi il s’agissait. Mais à ma grande surprise, arrivé sur les lieux, j’ai trouvé un impressionnant déploiement de forces de l’ordre, supplées par des centaines de jeunes habillés majoritairement de noir, excités, s’agitant dans tous les sens, scrutant l’horizon, prêts à bondir sur quelques espèces rares pouvant faire irruption en ce lieu. Je l’ai vite compris quand j’ai croisé un groupe de 4 jeunes Arabes qui, terrifiés, tentaient de traverser le boulevard cherchant la protection des CRS stationnés sur l’autre rive. J’ai tenté de m’enquérir de leur état émotionnel. Sans oser me regarder, l’un d’eux me répondit d’une voix tremblante : " Disparais si tu tiens à la vie ! ".

J’ai traversé d’un pas faussement rassuré, tremblant de toutes mes articulations, submergé par la peur et la honte, puis ne sachant plus où me diriger - les miliciens en noir étant dans toutes les directions, semblaient attendre les 4 Arabes pour les charger, semblaient m’attendre aussi - je me suis frayé un chemin entre les CRS pour enfin m’encastrer dans une terrasse de café protégée par des jardinières. J’ai pris place sans regarder autour de moi, et par l’entrebâillement des arbustes qui encerclaient la terrasse, j’ai pu observer la scène : les CRS s’interposent entre les Arabes et les miliciens, suppléant ces derniers d’épargner les premiers. Les 4 Arabes sont restés figés pendant un long moment, puis deux jeunes CRS les ont accompagnés pour s’engouffrer avec eux dans la bouche du métro. Comme un réflexe de survie, je me suis retourné pour évaluer l’espace autour de moi. j’ai été assailli par les regards hostiles des gens qui peuplaient la terrasse et parmi eux d’autres jeunes miliciens en noir. Tétanisé par la peur, je me suis réfugié dans quelques articles imprimés que j’avais avec moi, puis doucement, je me tournais sur ma chaise, degré par degré, pour être finalement face à la rue et éviter ainsi d’affronter un regard qui risque d’emporter avec lui mon dernier souffle.

Cette après-midi, j’ai été témoin de faits qui, pour le moins, donnent froid dans le dos. Toute la place de la Porte de Versailles était noire de miliciens du Betar et de Défense Juive, faisant la loi, terrorisant les passants par des regards inquisiteurs et provocants, prêts pour une ratonnade contre tout Arabe se hasardant à passer par une place qui, ce jour-là, a été décrétée " Territoire Occupé ". Toute la masse policière en place ne semblait nullement les impressionner. Arrogants, sautillant comme des coqs, je les ai vus intimer des ordres aux " forces de l’ordre ". Et c’est ainsi d’ailleurs que j’ai été contraint de quitter les lieux vers 15h 45 : ils ont donné l’ordre aux responsables de la brasserie " Dupont Versailles " de remballer la terrasse. Pendant tout ce temps, il n’y a pas eu de rassemblement, je n’ai pas vu d’Arabes, sauf une jeune fille empoignée par des agents l’embarquant dans un car de CRS. Je pense qu’ils ont agi ainsi pour la protéger même s’ils ne semblaient pas s’y prendre avec du velours.

Chez moi, devant mon poste télé, j’ai compris que ce jour, la République accueillait en grande pompe des responsables israéliens pour célébrer l’amitié franco-israélienne. A la tête de la délégation israélienne, il y avait Benyamin Netenyahu, celui qui s’oppose à tout processus de paix et qui réclame sans ambages le transfert (la déportation) de tous les Palestiniens.

Ce soir là, j’ai eu un grand sentiment de solitude, un grand désespoir. c’était, sans exagérer, un jour noir. J’ai vu l’UMP souiller la République dans l’ignominie de l’extrême droite israélienne. j’ai vu que l’on pouvait rester indifférent devant des ratonnades organisées contre des citoyens. Est-il concevable, qu’en France, des individus, peu importe l’ethnie d’où ils sont originaires, puissent-ils se comporter en miliciens terrorisant les gens et faisant la loi. une loi parallèle à celles de la République. Est-ce le prix à payer pour que l’on cesse de dire que la France est " antisémite " ? La France ne marcherait-elle pas sur ses valeurs en autorisant à des miliciens - sous prétexte qu’ils sont juifs - de se placer au dessus de toutes les lois ? Quelle humiliation pour les gardiens de la paix de recevoir des ordre de quelques milices qui, en Israël sont interdites, mais tolérées sur notre territoire ? Qu’aurait-on dit dans les journaux et à la télé si ces miliciens étaient Arabes ?

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1 Message

  • Le 3 juillet 2007 à 13:12, par kakkahouette

    Je trouves toute cette histoire affreuse j’ai entendu le mot ratonnade aujourd’hui aux infos et j’ai regardé ce que c’était je suis tombée sur ce témoignage, il serait temps que la France se bouge et fasse quelque chose de vraiment efficace contres les actes racistes (et là je parle des deux ’côtés’ car maintenant le racisme s’inverse aussi arabe/’Français’, ’Français/ arabe, et c’est bien dommage) malheureusement avec notre nouveau gouvernement ce n’est pas gagné, j’espere que vous vous êtes bien remis de cette histoire et que cela n’arrivera plus à quiconque...

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