Une tribune pour les luttes

Solidarité avec les syndicalistes emprisonnés à Nouméa.

« Le Camp-Est est le reflet de ce qu’il y a de pire en matière de détention »

« J’ai perdu 15 kilos en six mois »

Article mis en ligne le lundi 14 décembre 2009

http://www.internationalistes13.org/

Solidarité avec les syndicalistes emprisonnés à Nouméa.

Ils sont actuellement 12 syndicalistes de l’USTKE, depuis plusieurs mois, dans la prison de Nouméa (appelée "le Camp Est").
Leurs conditions de vie sont très difficiles. Inhumaines.

Nos camarades ont interpellé l’OIP (Observatoire International des Prisons) en envoyant des lettres dans lesquelles ils décrivent leurs conditions de détention.

L’OIP a réagit et s’inquiète sérieusement.

« Le Camp-Est est le reflet de ce qu’il y a de pire en matière de conditions de détention. Cette prison concentre, à la puissance dix, les points négatifs que l’on trouve dans bon nombre de prisons françaises », constate François Bès, membre de l’OIP.

lire l’article paru dans Les Nouvelle-Calédoniennes, avec le témoignage de Julien Viaigina : http://solidaritekanaky.org/spip.php?article297

Pour aider financièrement les familles des prisonniers :
SOIRÉE DE SOUTIEN

Samedi 19 décembre 2009 à 19h

au CICP
21ter rue Voltaire, 75011 Paris

(métro Rue des Boulets ou Nation)

Tables de presses, vente de tee-shirts et du journal de l’USTKE (Combat Ouvrier), restauration et bar.
http://solidaritekanaky.org/spip.php?article298

Les recettes de cette soirée seront reversées aux familles des prisonniers.
Venez nombreux !


Extraits de l’article des Nouvelles calédoniennes

http://solidaritekanaky.org/spip.php?article297

(...) Le 4 décembre, l’OIP a adressé un courrier aux trois parlementaires calédoniens, leur demandant s’ils avaient fait valoir leur droit à visiter le centre pénitentiaire et s’ils étaient intervenus auprès des ministères concernés. Et de citer l’article D 349 du code de procédure pénale : « L’incarcération doit être subie dans des conditions satisfaisantes d’hygiène et de salubrité. »

L’OIP, qui a aussi saisi le Comité pour la prévention de la torture (organe du Conseil de l’Europe), conseille à tous les détenus de faire valoir leurs droits en envoyant leurs témoignages, en saisissant les autorités compétentes et en effectuant des recours en responsabilité contre l’administration pénitentiaire. « Le Camp-Est est le reflet de ce qu’il y a de pire en matière de conditions de détention. Cette prison concentre, à la puissance dix, les points négatifs que l’on trouve dans bon nombre de prisons françaises », constate François Bès, membre de l’OIP.

L’association affirme qu’elle « suivra avec attention dans un futur proche les engagements pris ici ou là par les autorités pour l’amélioration des conditions de détention », notamment l’ouverture annoncée d’un centre de semi-liberté et d’un quartier de vingt places pour mineurs.

« Quant à la rénovation du centre pénitentiaire, sa nécessité est régulièrement constatée mais ne semble pas budgétée à ce jour, note François Bès. Peut-être parce que la seule solution serait la démolition pure et simple de cet établissement d’un autre âge. »

(...)

Témoignage :

« J’ai perdu 15 kilos en six mois »

Julien Vaiagina, 33 ans, est sorti du Camp-Est le 30 novembre après six mois d’incarcération. Ce militant USTKE partageait la même cellule que Gérard Jodar et quatre autres acteurs du coup de force d’Aircal.

Les Nouvelles calédoniennes : Vous avez adressé un courrier au Sivap pour dénoncer les conditions au Camp-Est, où vous aviez déjà passé un mois l’an dernier. Qu’est-ce qui a changé ?

Julien Vaiagina : A ce moment-là, nous n’étions pas six dans une cellule de 13 m2 comme maintenant. Là, ils nous entassent. Il y a trois lits superposés d’un côté et deux de l’autre, avec un mètre au milieu. Moi, je dormais par terre sur le sixième lit, un matelas posé à même le sol en béton. A cause du sous-effectif, nous n’avons qu’une demi-heure de promenade le matin et l’après-midi. Nous passons donc 23 heures sur 24 dans la cellule, où il est impossible de bouger sans se toucher. Les lits ne sont séparés verticalement que de 60 cm, ce qui ne permet pas de se mettre assis. On doit manger et circuler à tour de rôle.

Quelle est l’hygiène au sein de la cellule ?

L’horreur. Tu vis dans la saleté au milieu des cafards, des moustiques et des souris, avec la chaleur qui se rajoute. La luminosité est très faible, il est difficile de lire. Le réseau électrique est défaillant, impossible de brancher une bouilloire. La peinture s’écaille, la moisissure est permanente. En six mois, les gardiens ne nous ont remis que trois mini-flacons d’eau de javel. Nous avons des WC à la turque, seulement entourés d’un petit muret, qui font office de douche en récupérant l’eau de la chasse d’eau avec un bidon en plastique. Il faut aussi attendre que les odeurs passent car il n’y a pas d’air.

Qu’en est-il de la nourriture ?

J’ai perdu 15 kilos en six mois. Tout le monde maigrit. Les repas se résument à une barquette inox contenant le plat principal et un fruit ou un gâteau sec. Les plats, les mêmes chaque semaine, sont toujours servis froids. L’état des chariots qui les acheminent est catastrophique. C’est souvent immangeable : la cour est pleine de nourriture que jettent les détenus. Une pétition a été signée le 22 novembre suite au service de flageolets tournés. On retrouve souvent des restes du plat du midi dans le plat du soir, quand ce n’est pas des cafards ou des bouts de caoutchouc. Tu as toujours faim.

Qu’en est-il de l’accès aux soins ?

Beaucoup de détenus ont la gastro. Je l’ai eue pendant deux mois et je n’ai vu le médecin qu’au bout de quatre jours. Il n’y a qu’un seul médecin et deux infirmiers pour 435 détenus, et personne le week-end. Pour le dentiste, c’est pire : j’avais demandé à le voir il y a trois mois pour une rage de dents, je n’ai jamais eu mon rendez-vous.

Quid du manque d’effectif chez les gardiens ?

Il n’y a que 45 gardiens pour 435 détenus, alors que la norme est de 40 pour 100. Il est arrivé plusieurs fois qu’il n’y ait que quatre gardiens dans tout le Camp-Est ! La sécurité est inexistante. Pour la promenade, il n’y a que deux gardiens pour 50 détenus : quand il y a une bagarre, ils n’ont pas d’autre choix que de fermer la grille et d’attendre que ça passe.

Pourquoi témoigner aujourd’hui ?

Les détenus sont privés de liberté, mais pas de leurs droits ni de leur dignité. Mettre des mecs en prison pour leur faire subir ça, ça veut dire quoi ? C’est inhumain, humiliant. Ils sortent deux fois plus méchants, d’autant que rien n’est fait en matière de réinsertion… Nous n’avons enfin que deux visites par semaine, moins que le minimum légal.

Repères

Qu’est-ce que l’OIP ?

L’Observatoire international des prisons (OIP) est une organisation indépendante, qui bénéficie d’un statut consultatif à l’ONU. Son but : veiller au respect des personnes incarcérées au regard des droits de l’homme. Sa section française exerce un fort travail de lobbying auprès des pouvoirs publics pour améliorer les conditions de détention en France. Elle est présidée depuis cette année par Florence Aubenas, journaliste au Nouvel Observateur et ex-otage en Irak.

Gérard Jodar veut combattre

Jusqu’ici plutôt passive sur le sujet, à l’inverse d’autres syndicats, l’USTKE a décidé de monter au créneau notamment par le biais de Gérard Jodar, détenu depuis le 30 juin. «  Il faut dans les plus brefs délais apporter des changements radicaux, faute de quoi on va à la catastrophe. Maintenant que je connais la réalité du Camp-Est, je vais me battre pour faire changer les choses. » Le président de l’USTKE a récemment fait adresser un courrier à l’OIP, dans lequel il détaille ses conditions d’incarcération dans la cellule 4 du bloc 1. Il dénonce « une prison d’un autre temps », qui « se classe à la dernière place des prisons dites françaises ».

(Source : http://www.info.lnc.nc/)

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