Une tribune pour les luttes

Fini de rire

Frères humains, qui avec nous vivez...

Article mis en ligne le samedi 2 janvier 2010

01 Janvier 2010

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L’année 2009 aura été celle de l’apocalypse (du grec : révélation) de la vraie nature du marché libre. L’année 2010 verra-t-elle un réveil des consciences sur l’imbécillité (du latin : manque de force et de réflexion) de notre façon d’accueillir les étrangers ? Semons quelques cailloux pour commencer à baliser le chemin du retour à la raison.

Tous les vendredi depuis le 7 mai 2009, les amis et soutiens de Nadia Allouche et de son fils Noufel se rassemblent devant la mairie de Montrouge. Mohamed Allouche est tunisien. Il a épousé Nadia en 2007. Nadia et Noufel sont français. Nadia, qui travaille pour la mairie, est sourde et muette ; la présence de son mari en est d’autant plus importante. Mais il a été expulsé le 6 mai 2009 et, depuis, s’est vu refuser le visa qui lui permettrait de reprendre la vie de famille. 2010 sera l’année du retour de Mohamed, espèrent-ils.

Nombre de jeunes afghans, mineurs pour une part d’entre eux, continuent à errer dans notre beau pays, poursuivis par les autorités, aidés par une partie de la population. Un village cévenol retrouve la tradition de protection des proscrits. On y compte pas moins de quinze Justes, personnes honorées pour l’aide qu’elles ont apportée à des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Fin décembre, dix-huit Afghans ont été reçus par la population et des associations cultuelles à Lasalle. Ils avaient été arrêtés lors du démantèlement de la “Jungle” à Calais avant d’être placés en centre de rétention à Nîmes.

Le mouvement de grève des travailleurs sans papiers démarré le 12 octobre2009 ne faiblit pas. On compte plus de 6000 grévistes déclarés, 2000 entreprises touchées dans une quarantaine de départements. Les piquets de grève évacués sur décision de justice sont remplacés par d’autres, avec des fortunes diverses. Ainsi, chez un traiteur de Garges lès Gonesse (Val d’Oise), on a vu le 30 décembre "un patron vociférant, qui brandit un tuyau d’arrosage, avant de renoncer à son vif désir de l’utiliser, pour tenter de faire fuir les malotrus. Face à lui, des grévistes africains sans papiers ont décidé d’occuper leur entreprise depuis hier matin, réclamant la régularisation de leur situation administrative."

Des comités de soutien s’organisent, rassemblant voisins, associations et mouvements politiques. Ainsi, un dimanche de décembre, quelques participantes du RESF se sont-elles postées sur le marché des Batignolles à Paris. Récit.

"Je ne peux pas terminer cette journée sans vous toucher deux mots de notre séance happening au marché des Batignolles de ce matin. Ce n’est pas pour nous vanter mais on a vraiment fait le buzz. Des gens nous apportaient des pâtes et du riz, mais aussi du chocolat pour le réveillon, d’autres plein de bonnes choses à manger, et des sous....

Et ce matin, contrairement aux dimanches précédents, ce n’était pas seulement des pièces rouges et jaunes mais des billets aussi. Une vraie chaleur humaine, des vrais sourires et des "bon courage" prononcés à la chaîne. Une dame est venue nous voir, n’a rien pu dire. Elle était au bord des larmes. Elle a filé, a fait un sac de courses, nous l’a déposé et nous a expliqué comment la France avait accueilli son père ou son grand père en 46.

A la fin, nous sommes repartis avec une dizaine de grands sacs remplis à ras bord, plus des cageots entiers de fruits et légumes donnés par le marchand qu’on avait pourtant embêté toute la matinée.

Plus de 1000 grévistes rien que pour le 17ème tout de même ! Il était temps que la solidarité se manifeste avec un peu d’ampleur. Je ne crois pas beaucoup à l’esprit de Noël mais là, j’aimerais me dire que si les consciences pouvaient se mettre à tourner un peu ... Il suffirait de pas grand chose.

Allez, le 17ème n’est pas seulement un arrondissement bourgeois et ce quartier n’est pas peuplé que de "bobo bat " il y a des vrais gens aussi. Et puis, vive nous aussi avec un grand salut à celles qui cuisinent tous les jours depuis le 12 Octobre pour les grévistes de SAMSTIC. Et, surtout, vive les grévistes qui résistent et tiennent le coup. Ils se battent aussi pour nous, parce que leur courage nous permet de vivre dans un pays où on ne tremble pas de peur à la vue du premier képi qui passe. "

Derrière la FNAC de la rue de Rennes à Paris, un piquet de grève de professionnels du bâtiment (250 grévistes) s’est constitué rue du Regard, depuis le 7 décembre 2009. Et comme on n’est pas loin de la Maison des Sciences de l’Homme, boulevard Raspail, le comité de soutien pense y organiser "un colloque qui porterait sur le droit du travail, pour bien réinsérer le combat des travailleurs sans papiers dans le droit commun du travail (problèmes de la délocalisation sur place, du dumping des salaires, des salariés jetables et autres.) Une réflexion sur la révision complète du système. Avec des patrons et des spécialistes du travail et du droit du travail. (…) Nous sommes dans la solidarité, nous ne sommes pas dans l’humanitaire. "

Du côté patronal, sans toutefois mentionner ce mouvement de grève, on peut se demander Qui dira enfin la vérité sur la vaste question des sans-papiers ? : "Comment pense-t-on sérieusement résoudre un problème lorsque tous les acteurs et tous les protagonistes se sont passé le mot pour se taire ? (…) Il va falloir que les différents acteurs acceptent de sortir de leurs rôles respectifs. Le patronat qui minimise et fait l’innocent, les politiques qui donnent des gages à leurs électeurs et font du sujet une thématique de campagne droite-gauche. Les syndicats trop heureux de désigner des salauds de patrons qui tirent profit de la misère humaine. Les franchouillards qui montrent du doigt ceux qui viennent manger le pain des Français. Les administrations qui traitent à l’aveugle les cas qui leur tombent sous la main. Les employeurs qui paient les charges mais essaient de se « débrouiller », les vrais exploiteurs en sous-sol, etc."

Monsieur Diarra et monsieur Bah sont deux maîtres chiens, professionnels sans titre de séjour travaillant depuis plusieurs années pour un sous-traitant de la SNCF. Ils ont entamé une grève de la faim à la mi-décembre pour obtenir leur régularisation. Selon le syndicat SUD Rail, "ils ne veulent que pouvoir travailler librement et la tête haute dans un métier qu’ils ont exercé des années durant dans la clandestinité, exploités par des employeurs peu scrupuleux. On comprend leur détermination même si on peut être inquiet à propos de la forme de lutte choisie."

Il y a aussi ce projet de fichage ELOI (pour éloignement), dont le but est de ficher les étrangers promis à l’expulsion et les personnes les ayant hébergés, et que le Conseil d’Etat s’obstine à censurer.

Et le Réseau Education sans Frontières qui annonce que malgré la volonté du gouvernement de museler la Cimade dans les CRA (Centres de Rétention Administrative, ndlr), RESF continuera à lutter contre l’enfermement des familles et des jeunes majeurs étrangers

Martine et Jean-Claude Vernier

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