Une tribune pour les luttes

SuperNo

Pendant les fêtes, le libéralisme continue

Article mis en ligne le dimanche 3 janvier 2010

30 décembre 2009

Suis-je anormal de m’énerver à chaque fois que je vois un bus ou un camion de poubelles estampillé Véolia ou Suez ?

Je n’ai pourtant pas fini de fulminer, car ce n’est manifestement que le début d’un processus idéologique de disparition complète de l’État au profit des amis de Sarkozy ! Or ce processus n’est pas forcément très populaire, et nombre de manœuvres s’effectuent en loucedé, par exemple en contrepartie d’une autre mesure qui sera ultérieurement abrogée, pendant les vacances d’été, ou pendant les fêtes de fin d’année… Car la minorité qui garde un œil éveillé à cette période en voit assurément passer de belles !

Véolia est le monstre tentaculaire issu de la Générale des Eaux (l’un des plus grand corrupteurs de la politique française) devenu le Vivendi de Messier avant de changer encore de nom. Il est dirigé par Henri Proglio, l‘“ami” de Rachida Dati. Comme ce petit boulot ne suffisait pas à l’occuper et encore moins à le nourrir, Sarkozy vient de le récompenser de sa présence à la nuit du Fouquet’s de mai 2007 en lui ajoutant la présidence d’EDF, autre entreprise gigantesque volée au public par le privé.

Suez est aussi un monstre tentaculaire issu de la corruption aquatique de la politique française, puisque c’était auparavant la “Lyonnaise des eaux”. Depuis son mariage forcé avec l’entreprise publique GDF, elle aussi enlevée au public par des spéculateurs cupides et des politiciens complices, le terme de monstre lui convient parfaitement ! En 2008, GDF-Suez a pompé un chiffre d’affaires de 83 milliards d’euros ! Pour mémoire, le produit de l’impôt sur le revenu en France n’a été “que” de 59 milliards d’euros…

D’ici quelques années, ces groupes privés seront plus puissants que l’État.

Et c’est l’État lui-même qui va le permettre, en poursuivant les lucratives privatisations. Malgré la formidable démonstration effectuée en 2008 de la capacité de nuisance et d’autodestruction du secteur bancaire privé, 2010 marquera la poursuite de l’inexorable processus de la privatisation de La Poste.

2010 verra aussi la fin du monopole de la “Française des Jeux”. Une partie des taxes qui tombaient dans les caisses de l’État vont désormais atterrir dans les poches des riches casinotiers, dont bon nombre d’amis de Sarkozy (Dominique Desseigne, PDG du groupe Barrière, père putatif potentiel de la petite Dati, encore un convive du Fouquet’s qui obtient son susucre, mais aussi les Enrico Macias ou Bernard Laporte (qui lui, qu’on se le dise, n’est pas le père de la petite Dati !))

Sans tambours ni trompettes, ou plutôt sans fleurs ni couronnes, le tarif du gaz fixé par l’État a disparu le 10 décembre dernier ! Je l’ai lu par hasard dans un article de quelques lignes loin dans les pages intérieures du dernier Marianne papier. Et vous, le saviez-vous ? Je suppose que Jean-Pierre Pernaut ne l’a pas claironné en ouverture de son 13 heures… Désormais, ce sont les actionnaires de GDF-Suez qui négocieront le prix du gaz avec un fumeux organisme (la Commission de Régulation de l’Énergie) qui a encore dû être l’occasion de fournir un fromage bien coulant à quelques amis du pouvoir, puisque son président est nommé par le Président de la République, et les deux vice-présidents par le Sénat et l’Assemblée Nationale. D’ailleurs le président de cette CRE (Philippe de Ladoucette), a été directeur adjoint du cabinet de Madelin… No comment…

Marianne rappelle que GDF-Suez a fait 6.5 milliards d’euros de bénef en 2008 (en gros la moitié de ceux de Total), dont près de la moitié sont immédiatement partis garnir les poches des actionnaires… Ce n’est manifestement qu’un début… Entre la hausse naturelle du prix du gaz, la taxe carbone et l’avidité des actionnaires, la couverture supplémentaire et le gros col roulé vont devenir des investissements rentables !

2010 verra aussi l’ouverture à la concurrence du trafic voyageurs de la SNCF. Chez Véolia, ils ont annoncé sans rire le 23 décembre qu’ils allaient faire rouler en France des TGV concurrents de ceux de la SNCF… Oh, pas sur la ligne Metz-Rémilly (ou Guingamp-Paimpol si vous préférez). Les vieilles lignes de TER qui coûtent par nature bien plus d’argent qu’elles n’en rapportent, n’intéressent évidemment pas les actionnaires. Elles continueront à aggraver le déficit des régions, sur lesquelles l’État s’est défaussé.

Non, Véolia va mettre des TGV sur la ligne la plus rentable : Paris-Lyon !

Véolia promet des prix plus bas… simplement parce que le statut des cheminots coûte cher à la SNCF. Ben oui, mais avant de se contenter des évidences, il faudrait peut-être regarder l’envers du décor : les cheminots ont un salaire qui leur permet de vivre convenablement, et ils ne connaîtront jamais le chômage. Au lieu de pousser les médias aux ordres à les faire considérer comme des feignasses privilégiées, ne pourrait-on pas reconnaître que ce serait plutôt un modèle pour les autres ?

Au lieu de cela, on fait le contraire. Véolia va concurrencer la SNCF, ce qui va mécaniquement amener à remplacer des cheminots protégés par des salariés tremblants de précarité, des CDD, des intérimaires… Et qu’est-ce que tu crois, crétin de (voyageur) con-sommateur ? Que tu vas empocher la différence ? Tu es vraiment naïf ! Car au-delà de la période promotionnelle initiale, il suffit de se rappeler que le seul but d’une société privée est de faire gagner de l’argent à ses ( salariés) clients actionnaires.

Et en dehors de toute idéologie, je lui souhaite d’ailleurs bien du courage, au voyageur, car il est évident qu’avec plusieurs compagnies tout va devenir bordélique, les correspondances hasardeuses, les tarifs imbitables… Sans parler du matraquage publicitaire insupportable (“mon TGV lave plus blanc”). Il suffisait pourtant de regarder la situation apocalyptique en Grande Bretagne pour se convaincre de s’abstenir, mais l’idéologie avant tout, n’est-ce pas…

Suis-je con, où n’est-il pas évident pour tout le monde que la “concurrence” dans le secteur public ne peut aboutir qu’à une hausse des prix mathématiquement due à la voracité des actionnaires, à une précarisation et une exploitation des salariés (cf les suicides chez Orange), à une overdose de publicité et à une dégradation du service (fermeture de ce qui n’est pas rentable) ?

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