Une tribune pour les luttes

Lettre de Serge Grossvak, enfant de juifs immigrés, à Madame Alliot-Marie, ministre de la justice

Je l’avoue, je boycotte les marchandises d’Israël
+ Lettres de Jean-Guy Greilsamer, de Liliane Kaczerginski, femme en noir, de Joëlle Marelli.

Article mis en ligne le dimanche 28 février 2010

Madame la Ministre,

je l’avoue,

Je l’avoue, je boycotte les marchandises d’Israël. Je ne veux pas de ces produits poussés dans le sang et la domination. Ils puent la haine et l’oppression. Je les refuse et je pense à mes parents m’enseignant le martyr nazi. Cette géhenne qui avait dévoré de notre famille. « Plus jamais ça » était la clameur venue du cœur au sortir du malheur. « Plus jamais ça » avaient dit les survivants. Enfant de juifs immigrés, j’avais entendu cette leçon comme un devoir d’humanité, comme un engagement de solidarité, comme une exigence de vie. Je boycotte, aujourd’hui, pour que les petits enfants d’un grand martyr sortent du chemin assassin, pour que l’État d’Israël et son peuple égaré dans un grandissant extrémisme sorte de sa tyrannie.

Je l’avoue, j’appelle au boycott des produits de ce pays aujourd’hui guerrier, conquérant et oppresseur, de ce pays abdiquant toute morale. Je l’avoue, c’est de toute ma voix et de tout mon cœur que je convie à cet acte de résistance. Acte pacifique. Acte raisonné. Mon appel est une clameur contre l’indignité des crimes commis, la pratique des colonies. Mon appel est pour peser et faire renoncer à la guerre. Lorsqu’un pays a renoncé à l’intelligence et à la morale, c’est le porte monnaie qui oblige.

Je l’avoue, j’y étais. J’étais dans ce supermarché de Cormeilles pour sortir les produits israéliens des rayons et les déposer en vrac à l’entrée des caisses. J’y étais et j’y ai pris la parole. Les services de police peuvent en attester, j’avais donné mon nom. Lorsqu’on agit pour l’honneur nul n’est besoin de se cacher.

Je l’avoue, j’y étais et j’ai accompli tout cela pour mon humaine dignité et l’honneur de mes ancêtres. Parce que je ne peux supporter d’abandonner dans la souffrance et l’injustice le peuple de Palestine. Parce que je suis juif descendant de Marek Edelman, de Joseph Epstein et de Raymond Aubrac, ma racine juive est du côté des opprimés, de tous les opprimés.

Madame la Ministre et gardienne des sceaux de justice et des lettres de cachet, condamnez moi, pas Sakhira ! Madame la ministre, puisque vous avez accompli votre vœux de châtiment de ces gestes de résistance et d’honneur, oubliant qu’ils visent un Etat désigné comme relevant de « crime de guerre, voir crime contre l’humanité » par le juge Goldstone (juif comme moi), condamnez moi, pas Sakhira. Madame la Ministre, je ne redoute pas vos geôles et vos invectives, je suis prêt à affronter vos fureurs comme mon père avait du affronter l’internement par une police mise aux ordres d’un pouvoir totalitaire. J’y suis prêt, lâchez Sakhira.

Madame la Ministre, rien ne me fera renoncer à mon engagement pour la Paix et la justice, pour que le peuple palestinien recouvre sa dignité dans son pays indépendant, aux frontières de 67 et à la capitale en Jérusalem-est. Que les criminels soient traduits devant un tribunal international. Que cette page de haine se tourne, enfin !

Madame la Ministre, je vous prie d’agréer toute ma détermination à combattre vos menaces à l’encontre d’une lutte juste et votre soutien à un extrémisme nationaliste qui fait honte à ma culture juive.

Serge Grossvak

Cette missive est également destinée à être rendue publique.


Bonjour,

Stimulé par la lettre ouverte de Serge Grossvak, que j’ai bien aimée et que vous pouvez consulter sur www.ujfp.org, voici la mienne ci-dessous.

Lettre ouverte recommandée à Monsieur le Premier Ministre et à Madame la Ministre de la Justice :

« Je poursuivrai résolument mon engagement dans des actions pacifiques de boycott des produits d’Israël tant que cet Etat ne se conformera pas au droit international »

Paris, le 23 février 2010

Monsieur le Premier Ministre,

Madame la Ministre de la Justice,

Avant d’aborder l’objet de cette lettre, je me présente par quelques détails dont vous comprendrez plus loin la signification.

Je suis né en 1946 et suis Juif. Ma famille, comme la plupart des familles juives, a subi de lourdes pertes pendant la guerre. De nombreux parents, que je n’ai donc jamais connus, ont disparu en camp de concentration : ma grand-mère maternelle, des oncles, des tantes et des cousins.

Mon enfance a baigné dans une ambiance juive, rythmée par des fêtes et des rencontres familiales, et j’ai fait ma Bar-Mitzva en 1959 (à Bar-le-Duc). Je garde un assez bon souvenir de cette période, et mes parents, bien que de nature très inquiète, ne passaient pas leur temps à ressasser continuellement les souvenirs du génocide.

Lors de ma Bar-Mitzva, j’ai lu solennellement dans la synagogue un texte imprimé, que j’ai gardé, dans lequel il est écrit : «  Je prends l’engagement de devenir un membre utile de la société et un bon citoyen de mon pays »

Eh bien, Monsieur le Premier Ministre, Madame la Ministre de la Justice, c’est cette promesse qui me guide quand je m’engage dans des actions pacifiques de boycott des produits d’Israël, actions que je poursuivrai résolument aux côtés d’autres manifestants tant que cet état ne se conformera pas au droit international.

Cet Etat développe en effet depuis longtemps une politique de dépossession, d’exclusion, d’expulsion, de colonisation et d’humiliation du peuple palestinien : colonisation ininterrompue de la Cisjordanie, blocus de Gaza, atteintes graves aux droits des Palestiniens d’Israël, judaïsation de Jérusalem, refus du droit au retour des très nombreuses familles expulsées lors de la création de l’Etat d’Israël.

Cet Etat, qui prétend agir au nom des Juifs du monde entier et brandit constamment l’ignoble chantage à l’antisémitisme, est criminel pour la population palestinienne et suicidaire pour la population juive. Comme il méprise le droit international, qu’il jouit d’une impunité persistante et que sa politique provoque l’accroissement de nombreux conflits ou tensions dans le monde, beaucoup de citoyens épris de justice, dont je suis, ont compris qu’il était temps de développer une campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) à l’image de celle qui a contribué à mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud.

J’ai été très choqué par vos discours face au CRIF qui visent à criminaliser BDS et à prétendre sans aucune preuve que ce mouvement appelle à boycotter les produits caschers. Et la condamnation à Bordeaux de madame Sakina Arnaud pour « incitation à la haine raciale, nationale et religieuse » est injustifiable.

Je suis disposé, si cela vous intéresse, à vous exposer plus longuement mes convictions, voire à en discuter avec vous.

Mais en tant que Juif attaché à la justice et aux droits des peuples je continuerai, comme beaucoup d’autres concitoyens guidés par leur conscience, à persévérer dans le mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions contre Israël jusqu’à ce que cet Etat se conforme au droit international et reconnaisse les droits du peuple palestinien.

Veuillez agréer, Monsieur le Premier Ministre, Madame la Ministre de la Justice, mes salutations citoyennes.

Jean-Guy Greilsamer


Clichy, le 23 février 2010

Ministère de la Justice
Madame Alliot-Marie
13 place Vendome
75042 Paris

Madame la Ministre,

Vos propos * sur qui et quoi est antisémite ne sont pas seulement truffés de mauvaise foi, mais aussi de fraude délibérée.

Puisque l’on doit présenter "patte blanche" et rendre visible son pedigree, je déclare être la petite-fille et la nièce de martyrs des Nazis sur le sol lituanien et la fille de rescapés du génocide ; mon père, Schmerke Kaczerginski, était un poète en langue yiddish et a fait le maquis contre la bête fasciste (http://www.ushmm.org/wlc/media_ph.p...).

Suis-je antisémite ? Suis-je polluée par la "haine de soi" ? Je laisse la réponse à ces questions à vos "experts" qui changent d’avis, en bonnes girouettes **,
Mais qui donc fait autorité à ce propos ? Quel est le service public chargé de délivrer des attestations de "casier judiciaire vierge" du délit d’antisémitisme ? J’aimerais bien connaître son nom et son adresse, Mme la Ministre.

Je soutiens le boycott d’Israël comme j’ai soutenu le boycott de l’Afrique du Sud, celui contre le Chili sous Pinochet, et celui des laitues de Californie***. Je soutiens le boycott, de tous les produits Made in Israël, qu’ils proviennent des territoires à l’intérieur de la ligne d’armistice de 1949 ou de ceux occupés suite à l’invasion de juin 1967. Je boycotte tous les événements auxquels des représentants officiels ou officieux de l’Etat raciste participent. Et je traite de criminelles les organisations sionistes dont l’objectif est de judaïser la Palestine, en expulsant ses habitants, comme le KKL, Keren Kayemet Leisrael, le Fonds National Juif (http://www.kkl.fr/production/index....)

Suis-je en train de pratiquer une incitation à la haine raciale, religieuse, culturelle, et de genre....? NON, je fais un appel à la lucidité de mes concitoyens pour stopper leur cécité concernant le projet sioniste. L’Etat d’Israël ne veille pas à ma sécurité, il agit au contraire pour mon insécurité : il dit qu’il me protège, mais il me terrorise, puisque je ne pense pas comme il voudrait que je pense, parce que c’est un appareil terroriste qui n’hésite pas à voler l’identité de toute personne qu’il considère comme utile pour ses sales besognes, même si elle est juive (exemple : l’identité de Michael Bodenheimer http://www.francesoir.fr/proche-ori...)

Oui, Madame la Ministre de la Justice, je boycotte les produits d’Israël et je ne suis pas seule, je le fais en compagnie d’autres concitoyens qui ont des patronymes très ou peu catholiques.

Avec mes salutations distinguées.

Liliane Kaczerginski

* : "Je n’accepte pas que des personnes, responsables associatifs, politiques ou simples citoyens, appellent au boycott de produits au motif qu’ils sont kasher ou qu’ils proviennent d’Israël. Je souhaite que le parquet fasse preuve de davantage de sévérité à ce sujet. J’ai donc adressé une circulaire aux parquets généraux, leur demandant d’identifier et de signaler tous les actes de provocation à la discrimination. J’entends que tous les auteurs d’actes soient poursuivis dès qu’ils auront été identifiés et notamment quand les appels auront été faits sur Internet. A cet égard, je salue la détermination du parquet dans l’affaire de l’individu qui avait appelé au boycott de produits israéliens par voie d’affichettes dans un centre commercial de Mérignac"
http://www.crif.org/?page=articles_...

** : http://www.assemblee-nationale.fr/1...

*** : En 1969, le syndicat des travailleurs agricoles états-unien (UFWOC) a lancé un appel au boycott national des laitues produites en Californie, comme moyen de pression sur les propriétaires fonciers qui s’opposaient à la syndicalisation des ouvriers. Le boycott a été largement suivi dans tout le pays, notamment par des étudiants de plusieurs universités qui exigèrent que les laitues de Californie soient bannies de leurs cafétérias. Jusqu’à ce qu’en 1975 le gouverneur de Californie signe une loi garantissant les droits syndicaux aux ouvriers agricoles.

Pour votre information une documentation assez complète sur :
http://www.femmesennoir.org/Boycott...


Ministère de la Justice

Madame Alliot-Marie

13 place Vendôme

75042 Paris

Paris, le 24 février 2010

Madame la Ministre,

Comme Serge Grossvak, comme Liliane Cordova-Kaczerginski, comme Jean-Guy Greilsamer, je défends le boycott des produits israéliens ; comme eux et comme de nombreuses personnes par le monde, juives, non juives, comme de nombreux Israéliens mêmes, je suis en accord avec la campagne BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions), une campagne de protestation non-violente lancée par des Palestiniens. Comme des Israéliens éclairés dont je me flatte d’être l’amie, je défends aussi le boycott universitaire, parce que je crois que la société israélienne tout entière doit être réveillée de sa torpeur et de l’intoxication à laquelle elle est soumise de la part de son gouvernement.

J’ai quatre grands-parents juifs ; cela ne suffit sans doute pas à prouver que je ne suis pas antisémite, mais cela aurait suffit, il a quelques décennies, à mettre ma vie en péril en France, où je vis. Ma mère avait, elle aussi, quatre grands-parents juifs, et a passé sa petite enfance cachée par de braves gens dans le midi de la France. De braves gens qui, à coup sûr, n’étaient pas antisémites, pour qui la question ne se posait pas, il l’ont sauvée, avec ses parents, tous simplement.

Mon père avait lui aussi quatre grands-parents juifs. Il a eu la chance de naître au Maroc, et d’être, comme tous les juifs marocains, sous la protection du roi. Malgré tout, mes grands-parents ont connu les spoliations de Vichy, et mon grand-père en est mort d’amertume.

L’antisémitisme a donc pour dans mon histoire familiale une réalité très sensible. Mais aujourd’hui, l’accusation d’antisémitisme se distribue à tort et à travers. C’est devenu une notion vague, manipulée par l’État d’Israël et par ses défenseurs pour exonérer cet État de tous ses crimes.

Or ces crimes sont très réels, impunis, et se poursuivent à l’heure qu’il est sous la protection de ce bouclier : l’antisémitisme. Ce n’est pas que l’antisémitisme n’existe pas ou plus. Il existe, mais il n’est pas là où vous prétendez qu’il est. Il est, souvent, chez celles et ceux qui croient que défendre Israël coûte que coûte, c’est défendre « les juifs ». Il est chez ceux qui croient le CRIF lorsque le CRIF prétend représenter «  les juifs de France ». Il est chez ceux qui ne distinguent pas entre antisémitisme et antisionisme. Il est, surtout, chez ceux qui croient qu’Israël est la patrie naturelle de tous les juifs, et qui supposent donc implicitement que les juifs ne sont vraiment chez eux nulle part ailleurs. Oui, vous m’avez bien lue. L’antisémitisme est surtout chez lui parmi les défenseurs aveugle d’Israël et du sionisme. L’antisémitisme qui se retrouve sionisme, c’est à peine une veste qui se retourne. C’est toujours la même veste.

Veuillez agréer, Madame la Ministre, mes salutation distinguées,

Joëlle Marelli


Voir aussi Mille Bâbords 12800, 13356

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