Une tribune pour les luttes

Nouveau cadeau aux restaurateurs : main basse sur les tickets resto

Article mis en ligne le dimanche 7 mars 2010

http://www.hns-info.net/spip.php?article22180

Source / auteur : a-infos

Pour les patrons, il n’y a pas de petits bénéfices. Il y en a même des gros. Prenons l’exemple des restaurateurs : l’an dernier, le gouvernement leur a fait un superbe cadeau. En passant la TVA de 19,6 % à 5,5 %, il leur a offert une augmentation de revenus de 14,1 %. Et c’est bien dans leur poche que tout est passé. Ils avaient promis de baisser les prix et d’embaucher. Coté baisse des prix : quelques centimes par-ci par-là tout au plus, mais, plus généralement zéro centime de baisse ou... de grosses arnaques (exemple : des restaurants ont bien passé leurs menus de 14 à 12 euros, mais... en sortant les entrées - ou le vin - du menu et en les facturant à part ... 2 ou 3 euros. Résultat : non seulement ils n’ont pas baissé réellement les prix, mais, avec cette grosse astuce, ils les ont même parfois augmentés !). Côté embauche, les dizaines de milliers d’emplois qu’ils devaient créer (40 000 d’après leurs promesses) sont toujours en attente (et pas réellement mieux payés non plus !).

Comme si ce substantiel cadeau ne leur suffisait pas, l’arrêté du 20 août 2009, applicable au plus tard au 1er mars de cette année, va tenter de leur en réserver un autre, cette fois-ci au détriment direct des salariés les plus modestes. Curieusement, cet arrêté, qui va avoir un impact certain sur les plus petits revenus n’a pas fait de bruit. En quoi consiste-t-il ? Tout simplement, et pour faire simple, il va interdire d’utiliser les « titres-restaurants » (nom officiel des Tickets Resto) pour autre chose que pour manger au restaurant.

Or pour beaucoup de salariés du privé, pour les plus modestes en particulier, les tickets resto constituaient à ce jour un véritable complément de salaire qui servait à faire manger toute la famille (et pas au resto, mais à partir des rayons du discount !). Le patronat qui maintient depuis des années le SMIC au plancher (à un niveau ne permettant plus de vivre décemment) et qui refuse d’augmenter les salaires s’est montré un peu plus souple sur les tickets resto (qui lui reviennent moins cher qu’une augmentation salariale du fait qu’ils bénéficient d’exonérations fiscales et d’exonération de cotisations sociales).

Le système des tickets est simple : les employeurs les cèdent à leurs salariés en contrepartie d’une somme inférieure à leur montant. En gros, le salarié donne 3,5 euros à son employeur pour obtenir un ticket avec lequel il peut acheter (jusqu’au 1er mars 2010 seulement) pour 7 euros de marchandises alimentaires. Sur cette base, à raison d’un ticket par jour de travail (soit 20 jours par mois), le complément de salaire est de l’ordre de 70 euros par mois. Ce qui est loin d’être négligeable quand on ne touche qu’un SMIG. Dans la réalité (parce que la réglementation écrite était un peu plus restrictive), avec ces tickets vous pouviez bien sûr vous payer le restaurant, mais vous pouviez surtout régler vos courses alimentaires : pratiquement toutes les grandes surfaces, les boucheries, traiteurs, ... les acceptaient comme moyen de paiement (et même vous rendaient la monnaie, ce qui est en principe interdit). La loi Bachelot du 21 juillet 2009 avait même étendu cette possibilité à l’achat des fruits et légumes non-préparés avec cet argument imparable : puisqu’on incite tout un chacun à manger au moins 5 fruits et légumes par jour, il faut bien qu’on puisse se les payer. L’Assemblée nationale avait applaudi cette idée géniale et le texte en a été inclus dans le Code du travail (art. L. 3262-1 et suivants). C’est pas beau, cet intérêt pour notre santé ?

Mais la santé du portefeuille des restaurateurs passe avant la nôtre : ils se sont plaints qu’ils « perdaient des clients » et avec l’arrêté du 20 août, ils espèrent « ramener » vers eux tous les utilisateurs de tickets restaurant. L’Élysée leur a donné raison. L’Élysée ne refuse rien au lobby des restaurateurs. L’Élysée sait que les restaurateurs votent massivement pour lui et font sa campagne électorale. Et l’Élysée ne sait pas (ou, s’il le sait, il s’en moque éperdument) que 70 euros, pour une famille modeste, ça compte pour manger, que 70 euros, c’est un caddy de pâtes et de produits basiques. Les restaurateurs font un calcul de dupes : peut-être vont-ils récupérer, à la marge, quelques clients de plus. Mais, la majorité des utilisateurs actuels de tickets n’ira pas chez eux : ils n’en ont pas les moyens. Pour une famille, manger au restau, ticket ou pas, c’est devenu trop cher. Le salaire, il sert à payer un loyer devenu exorbitant et les courses alimentaires. Après ça, pour beaucoup d’entre nous, il ne reste rien pour le restaurant et autres fioritures. La nouvelle réglementation va se traduire simplement par une perte sèche de 70 euros... à ajouter à la hausse des différents tarifs.

Article d’Anarchosyndicalisme ! n°116 - février - mars 2010

Anarchosyndicalisme !
7, rue St Rémésy, 31000 Toulouse

Anarchosyndicalisme ! est adressé gratuitement sur demande aux prisonniers

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2 Messages

  • Le 9 mars 2010 à 00:51, par

    je suis vraiment dégôutée, et entièrement d’accord avec votre article.
    Pourquoi pas une pétition sur le net
    faisant savoir au gouvernement et aux restaurateurs que les caddis remplis
    grâce aux tickets restaurant sont bien plus utiles aux ouvriers

    • Le 9 mars 2010 à 09:54, par

      Je suis restaurateur je trouve que votre article donne raison sur beaucoup de point.Je fait partie du sindicat de l’hotèlerie restauration,moi et certain confrère nous lutons contre certaine entreptrise qui n’ont pas respécté le contrat pris avec le gouvernement au sujet de la baisse de la TVA 5.5%.
      Il n’y a pas tous des mouvait dans la restauration et je trouve idiot de vouloir interdire les ticket resto pour des achats dans les magasins surtous dans l’époque actuel ou certaine famille en a le plus besoin.

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