Une tribune pour les luttes

France terre d’accueil pour artistes avec ou sans papiers

Article mis en ligne le mercredi 24 mars 2010

http://www.hns-info.net/spip.php?article22487

Source / auteur :

Louvre pour tous
http://www.louvrepourtous.fr/France-terre-d-accueil-pour,472.html

mis en ligne mercredi 24 mars 2010 par jesusparis

Jusqu’à encore il y a peu, l’identité de la France, c’était d’être une terre d’asile et d’accueil pour les artistes du monde entier, l’art français se forgeant à toutes les influences. Artistes sans frontières...

PICASSO SANS-PAPIERS

S’il n’avait été européen, le Picasso dès débuts parisiens miséreux chanté dans La Bohème par un petit arménien aurait-il pu rester aujourd’hui en France avec les lois répressives contre l’immigration ? Rien n’est moins sûr. Pourtant c’est ce mythe de la France terre d’accueil pour les artistes de tous pays que Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, a loué encore dernièrement lors d’une rencontre, à Moscou, intitulée "Culture nationale et mondialisation" [1].

Le même Mitterrand qui, le 19 février dernier, descendu sous-terre à la rencontre des musiciens et chanteurs du métro, se voit poser la question par un journaliste de RTL du sort à réserver aux musiciens jouant sans autorisation. Le ministre, fair-play, dit qu’il faut dans ce cas fermer les yeux et ouvrir grandes ses oreilles. Et les musiciens sans-papiers aussi présents dans le métro ? lui demande-t-on alors. Gros malaise du ministre qui bredouille un "Vous savez, moi je ne suis pas répressif" suivi d’un sourire gêné et d’un regard qui se perd dans le lointain. Fredo, si toi tu n’iras pas raccompagner un artiste sans-papiers jusqu’à la frontière, sais-tu que tu fais partie d’un gouvernement qui s’y emploie sans état d’âme ?

France, terre d’accueil pour les artistes de tous horizons, une tradition qui remonte loin dans le temps et dont on peut dire qu’elle fait ou faisait sans conteste partie de l’identité française. Avant Besson. On ne compte plus les artistes venus d’ailleurs dans les Cours de nos rois : peintres, artisans d’art, musiciens, danseurs, comédiens... Et l’histoire de l’art français est peuplée à foison de noms à consonance étrangère pour le plus grand bonheur de nos musées.

Cela est-il encore vrai aujourd’hui ? La France continue d’accueillir des artistes en résidence, les expose, passe de prestigieuses commandes publiques à de grands noms. Mais qu’en est-il des artistes se retrouvant, pour de multiples raisons, en situation irrégulière ? Intermittents du spectacle ou plasticiens plongés dans la précarité du fait de métiers déjà difficiles aux revenus aléatoires. Des causes et des situations de vie difficiles à plaider dans les préfectures de plus en plus hostiles aux étrangers. Certains se retrouvent alors dans des situations administratives inextricables. Mais, artistes avant tout, de leur galère, ils en font parfois matière à création, ce qui n’est pas le moins étonnant et émouvant.

C’est pour parler de ces destins que l’on a décidé d’ouvrir cette nouvelle rubrique qui sera actualisée par les histoires qui parviendront jusqu’à nous. Pour relayer les appels à mobilisation et raconter des tranches de vie qui ne font pas vraiment honneur à notre pays. Nous ne cherchons pas à valoriser cette catégorie de population des autres sans-papiers qui méritent tout autant d’être soutenus mais peut-être leur qualité d’artiste, par essence sans frontières, révèle encore plus l’absurdité des lois françaises d’immigration. Monsieur le ministre de la Culture, vous qui êtes contre la répression, voici des affaires pour lesquelles vous pourrez intercéder...

ADRIAN RECEANU
Clarinettiste moldave / en instance d’expulsion / Paris

Après 10 ans de vie et de création en France, le clarinettiste moldave, Adrian Receanu, grand virtuose, vient de recevoir un avis d’expulsion du territoire français sous un délai d’un mois. Décision intolérable, pour ce musicien hors pair qui, d’Alan Bern à Rona Hartner, a joué avec les plus grands et ce aux quatres coins de l’Europe et dans les plus grands festivals de musique klezmer. Cette terrible décision a plongé Adrian dans une situation de précarité extrême. Défendu par Maître Tcholakian, Adrian a toutefois besoin de notre aide et ce au plus vite. Aide morale bien évidemment mais surtout financière. Mobilisons nous pour lui !
- Un grand concert de soutien à Adrian Receanu est organisé le mercredi 24 Mars, à 20h, au Café de la Danse, à Paris (15€)
- Contact soutienadrianreceanu chez gmail.com
- Pétition : cliquez ici
- Site Internet http://soutienadrianreceanu.tk/
- Groupe de soutien Facebook : cliquez ici

MARTHA GALARRAGA
Chanteuse cubaine / obligation de quitter le territoire / Paris

Martha Galarraga, chanteuse cubaine que vous avez pu voir aux côtés d’Omar Sosa entre autres, est titulaire d’une carte de séjour "Professions culturelles et artistiques" depuis le 20/07/2002, suite à un déménagement à Cologne en Allemagne où elle résidait légalement depuis 1998. Depuis son arrivée en France, Martha Galarraga est intermittente du spectacle, affiliée aux Congés Spectacles, paie ses impôts et sa carte de séjour lui a été renouvelée sans problème tous les ans jusqu’au 17 juillet 2008. Ce jour-là, la Préfecture de Paris a transmis son dossier pour étude à la DDTE de Paris au motif qu’elle change souvent d’employeurs. Martha Galarraga est chanteuse, catégorie socioprofessionnelle à employeurs multiples par essence. Le 29/09/2008 la DDTE a refusé de lui accorder un permis de travail exigeant un CDD de plus de trois mois ou un CDI. Un recours est déposé auprès de la DDTE et un second recours auprès du Tribunal Administratif de Paris enregistré sous le n° 0818540/6-2. Depuis, la DDTE a refusé un contrat garantissant 43 cachets sur 12 mois jugeant que l’employeur n’a pas rempli ses obligations contractuelles pour ne pas avoir payé à Martha la moyenne mensuelle des cachets promis - il s’agit des mois de novembre, décembre 2008 ainsi que janvier, février 2009, mois de l’année où les musiciens travaillent le moins. La DDTE demande un CDD de 6 mois minimum, l’obtient, puis exprime un nouveau refus sans l’avoir motivé par courrier à l’intéressée à ce jour et annonce s’en remettre à la décision du Tribunal Administratif. Martha a reçu son OQTF pour le 25 mars 2010 et un nouveau refus de la DDTE. Son comité de soutien a fait la liste des emplois qu’elle a perdu depuis le 26 mai dernier, date à laquelle on lui a retiré son autorisation de travail, il y a 58 cachets... Son avocate fait recours aux deux décisions. Comble du comble, l’ambassade de Cuba lui a confirmé que même dans ce cas, ils ne l’accepteraient pas sur l’île où elle n’a le droit de résider plus d’un mois consécutif (renouvelable une fois).
- Contact ktyschlup chez gmail.com
- Pétition : cliquez ici->http://3236.lapetit...
- Groupe de soutien Facebook : cliquez ici
- Myspace

TITO AHUMAH
Peintre togolais né en 1982 / Grigny

Formé dans une école d’arts du Togo où son talent est remarqué, il développe un style mélange de cubisme et d’art traditionnel africain. Ayant remporté un concours international, il arrive en France à 24 ans pour réaliser une fresque à Bressuires (Deux-Sèvres). Il ne repart pas dans son pays, entrant dans la clandestinité. Tito souhaite se présenter aux Beaux-Arts à Paris mais faute de papiers, il ne peut accéder au concours d’admission. Plusieurs demandes de titres de séjour lui sont refusées. Hébergé chez un oncle à Grigny, en banlieue, pour vivre il vend des toiles et réalise quelques spectacles. Investi dans la vie associative locale, il encadre bénévolement des ateliers de peinture ou de poésie pour enfants, des cours de danse pour personnes handicapées, anime une chorale, participe à un spectacle avec d’autres sans-papiers. "Il a une âme d’artiste complet, il sent qu’il a quelque chose à donner au monde, alors il aide les autres à être créatifs" déclare au Parisien Nadia N’Guyen, du Réseau éducation sans frontières qui le soutient. En mai 2009, ayant déposé un dossier de demande de régularisation à la préfecture assorti d’une promesse d’embauche à la mairie de Grigny, il sort de l’ombre pour présenter une exposition de batiks à la Galerie Amtares, Paris XVIIIe, puis au cloître des Billettes, Paris IVe, les organisateurs prenant le risque de contrevenir à la loi. Ses peintures sur tissu racontent la vie des émigrés, déchirés entre l’Afrique qu’ils ont quittée et la France où ils ont du mal à être accueillis. "Je veux relayer la parole de ceux qui sont derrière les murs, qui pleurent et qu’on ne voit pas" explique Tito. Ses toiles montrent les mères restées au pays, racontent le départ du village, entre fête et larmes, ou décrivent l’enfermement au centre de rétention. "Moi je suis un sans-papiers, mais pas un clandestin. Je veux partager avec les autres et montrer que les étrangers ont quelque chose à apporter à la société".
- Article sur son itinéraire : artistikrezo.com
- Myspace cliquez ici

RYO TAKAHASHI
Artiste plasticien japonais né en 1966 / Toulouse

L’administration française ayant refusé le renouvellement du titre de séjour de cet artiste peintre diplômé du TAM Art University Tokyo vivant à Toulouse et ayant ordonné son expulsion du territoire français avant le 25 décembre 2008, ses amis et sa compagne française se mobilisèrent. D’abord par une pétition. Le 10 mars 2009, le Tribunal Administratif de Toulouse rejeta leur demande d’annulation de l’arrêté préfectoral d’expulsion malgré un dossier de 110 pièces (attestations d’amis, famille, relations, artistes étrangers, pétitions, une promesse d’exposition au CIAM, Université du Mirail, la participation à un festival d’art sur la région, un contrat d’exposition avec la Galerie Arnaud Lefebvre pour l’année 2009...). Il faudra l’organisation de deux expositions de soutien en mai 2009 dans des galeries parisiennes, la Galerie Arnaud Lefebvre et à la Galerie Ivana de Gavarnie, Paris VI°, pour que vers la mi-mai 2009, Ryo Takahashi obtienne un visa d’une durée d’un an. Du 19 novembre 2009 au 9 janvier 2010, l’exposition de soutien "Cent Papiers Sans Borne" est organisée à la Galerie Arnaud Lefebvre.

ASSOCIATIONS D’AIDE AUX SANS-PAPIERS :
- Réseau Eductation Sans frontières (RESF)
- Groupe d’Information et de Soutien des Immigrés (GISTI)
- CIMADE

Louvre pour tous Bernard Hasquenoph

Notes

[1] Frédéric Mitterrand, dans le cadre de l’Année croisée France-Russie 2010, a participé le 25 février 2010, avec son homologue russe, Alexandre Avdeev, à cette rencontre au cours de laquelle il a rappelé l’apport des artistes étrangers à la culture française, citant notamment Picasso, de nationalité espagnole, "devenu la fierté de l’art français".

Retour en haut de la page

Thèmes liés à l'article

France c'est aussi ...

0 | 5 | 10 | 15 | 20 | 25 | 30 | 35 | 40 | ... | 565

fRance / Libertés fondamentales c'est aussi ...

0 | 5 | 10 | 15 | 20 | 25 | 30 | 35 | 40 | ... | 745