Une tribune pour les luttes

Témoignage

Langres, la manif des enfants ...

Article mis en ligne le jeudi 1er avril 2010

FR3 Langres : Manifestations en faveur de la famille kosovare expulsée avec le poisson d’avril de la fin.
http://www.educationsansfrontieres.org/article27890.html


Peu avant midi, mercredi 31 mars, je me dépêche pour acheter de quoi préparer le repas.

Je rencontre trois jeunes filles d’une douzaine d’années qui distribuent des tracts et les collent sur les vitrines avec du ruban adhésif devant le collège Diderot.

Avec une voix tremblante l’une d’elles me dit

- « Les gendarmes sont venus chercher nos camarades au collège ce matin, ils veulent les expulser et le bijoutier il a dit « j’espère qu’on va leur crever les yeux »

-  ??!! Quoi ? Crever les yeux à qui ?

- Aux enfants, ce sont nos amis, ils sont là depuis quatre ans et ils sont bien intégrés.

La conversation est interrompue, elles traversent en courant, car les lourdes portes de bois du collège viennent de s’ouvrir, et comme une nuée d’oiseaux, déboulent dans la rue des enfants, des adolescents. Ils crient, ils hurlent, ils tremblent, distribuent des tracts, portent leurs banderoles, tout ce qu’ils ont pu fabriquer dans la matinée, ils marchent vers la place en scandant «  Solidarité ». Ils redescendent la rue principale en portant leurs slogans « J’ai honte de la France », »Honte à cette loi » « Imer et Merdina, on est avec vous »

Pas d’adultes, juste 100 ou 200 enfants qui occupent la rue et avancent déterminés, ils ne regardent personne, les mâchoires serrées ou en criant, ils marchent avec tous les mêmes regards pleins de colère, celui des enfants blessés qui découvrent l’injustice.

Ce matin là, Mme Shabani, qui vit à Langres depuis 4 ans, originaire du Kosovo, et qui élève seule ses 5 enfants (qui ont entre 15 et 3ans) s’est rendue au commissariat car elle avait reçu une convocation. Elle a bénéficié d’une structure d’accueil, le CADA pour aider à son intégration, les enfants sont scolarisés, ils sont bien intégrés et l’aîné va passer son brevet des collèges en juin. Elle a demandé l’asile politique, le statut de réfugiée politique, en vain. Elle ne s’attendait certainement pas à ce qu’il lui est arrivé ce matin là : juste le temps de se faire emmener à l’école primaire pour prendre les deux petits, au collège pour les plus grands, Merdina ne voulait pas monter dans la voiture, elle y a été poussée de force devant ses camarades, puis à la gare, et dans le train pour le centre de rétention de Metz.

Ce jeudi dès 8 heures du matin, tous les enfants sont à nouveau là, il y a aussi des adultes, des parents, des profs, la FCPE, Amnesty international, des politiques. Le cortège se dirige vers la sous préfecture. Une Sœur est dans le cortège « J’étais par hasard hier midi rue Diderot, quand j’ai vu tous ces enfants, j’ai eu un tel choc ! » et Nathalie « Je me suis trouvée rue Diderot hier, tous ces enfants, comme c’était impressionnant, heureusement que j’avais mes lunettes noires, je ne pouvais m’arrêter de pleurer »

Madame la sous Préfète reçoit une délégation de collégiens, de parents et d’enseignants.

La délégation revient avec la promesse que Mme la sous Préfète va téléphoner à Mr Le Préfet…

Circulez les enfants, retournez à vos études, d’ailleurs, vous l’apprendrez plus tard, l’avion qui emmène la famille Shabani vers le Kosovo a déjà décollé.

Bravo aux petits Langrois de toutes les couleurs. Vous êtes les dignes héritiers du célèbre Langrois Denis Diderot, l’écrivain dont les commerçants ont décorés leurs vitrines d’une citation : «  Je puis tout pardonner aux hommes, excepté l’injustice, l’ingratitude et l’inhumanité »

Merci les enfants, on est avec vous.

Une passante, Véronique M.


Lire aussi :
http://www.jhm.fr/SOCIETE,32708

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2 Messages

  • Le 2 avril 2010 à 09:24, par

    Les gendarmes ne sont pas rentrés dans le collège.
    C’est la mère des deux enfants qui est rentrée les chercher pour qu’on ne l’emmène pas sans eux.

    Il semblerait, par contre que l’ainée (Merdina 15 ans) ait un un moment résisté, refusant de monter dans la voiture.

    Les élèves auraient assisté à cela et aurait été nombreux à être choqués.

    La manifestation qui a suivi de 150 à 200 collégiens dans les rues de Langres aurait été spontanée, des enseignants leur ayant "accordé 1/2 heure pour cela", ayant ensuite beaucoup plus de mal à les faire regagner le collège.

    • Le 2 avril 2010 à 14:21, par Al

      Qui est ce bijoutier odieux ?

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