Une tribune pour les luttes

Témoignage

Tentative d’expulsion d’un Haïtien au départ de l’aéroport d’Orly

Où est Charly aujourd’hui ?

Article mis en ligne le vendredi 9 avril 2010

Sur le site de Migrants Outre Mer :
http://www.migrantsoutremer.org/Orl...

Le 14 janvier, le ministre de l’immigration annonçait la "suspension" des procédures de reconduite vers leur pays des Haïtiens en situation irrégulière. Il était en tout état de cause impossible de procéder à éloignements vers l’aéroport de Port-au-Prince...
Rien pourtant ne laissait espérer une régularisation de ces Haïtiens toujours menacés d’éloignement dès que la "suspension" cesserait.
Le témoignage qui suit prouve que, sans annonce officielle de la fin de la "suspension", seule l’indignation d’un passager évitait un éloignement à peine deux mois après le séisme.
La France a-t-elle déjà oublié le séisme et repris les procédures de reconduite forcée vers Haïti ? Ne serait-il pas temps d’aider les Haïtiens vivant en France en commençant par régulariser ceux qui risquent l’éloignement ?

Témoignage de Monsieur A. adressé le 18 mars 2010 au président de la fédération d’associations franco-haïtiennes de la Guadeloupe

10h30, Orly sud le 17 mars 2010, vol CORSAIR SS 0866 départ 11h10 à destination de Pointe à Pitre via Fort de France.

Il est 10h35 quand je me trouve à bord de l’appareil accompagné de ma concubine. Après quelques minutes, le temps de s’installer, notre attention est retenue par des cris et un brouhaha qui proviennent du fond de l’avion d’où plusieurs policiers en civil et en uniforme s’agitent autour d’un homme de couleur noire.
Je me rapproche auprès d’un steward pour lui demander ce qui ce passe et celui-ci me répond que c’est une personne qui serait rentrée clandestinement sur le territoire Français et qu’il était donc renvoyé dans son pays d’origine.
J’insiste pour connaitre le pays de cet homme, et quelle n’est pas ma stupéfaction lorsque j’apprends que ce "clandestin" est Haïtien.

Je me suis immédiatement insurgé devant cette situation, sachant ce que ce peuple vient d’endurer et qu’il y a une trêve entre la France et Haïti, trêve qui permet à tout ressortissant Haïtien de pouvoir demander l’asile sur le territoire Français.
e prends donc la décision de me rendre à l’arrière de l’appareil afin de me renseigner auprès des 2 policiers en civil, qui sont restés avec ce M. Haïtien, menotté les mains dans le dos, les pieds liés comme si cette personne était un dangereux criminel, au point tel que l’un des policier avait sa jambe gauche posée sur celles du "clandestin" alors qu’avec ses mains il lui tenait le visage afin qu’il ne puisse pas se débattre, pendant que l’autre policier aidait son collègue à maintenir cet homme qui ne cessait de hurler qu’il ne voulait pas retourner à Haïti, qu’il avait tout perdu, sa maison, ses proches et qu’il préférait aller en prison ici parce que là-bas il n’y avait que la mort.

Je me suis donc présenté et après avoir posé des questions sur le statut de cet homme, et était-il normal de le maintenir de cet façon aussi inhumaine, humiliante qu’inacceptable, ces 2 policiers m’ont expliqué qu’en fait ce M. était en possession d’un passeport valide avec un visa qui malheureusement avait expiré et qu’il avait un peu tardé à faire régulariser sa situation. Ils l’escortaient jusqu’en Guadeloupe pour soit disant refaire la démarche afin d’obtenir peut-être la régularisation, parce qu’il était rentré sur le territoire Français par la Guadeloupe.

Entre temps un médecin en pédiatrie, exerçant à l’hôpital St Vincent de Paul à Paris, c’est joint à moi pour faire pression auprès des policiers pour que dans un premier temps ils relâchent leur étreinte sur Charly puisqu’au dire de ces 2 hommes ce "clandestin" se prénomme ainsi, et pour que dans un second temps, le Docteur puisse prendre son pouls, tant Charly était dans un état de panique, de peur, de surtension, d’angoisse et de nervosité extrême. Le médecin a même proposé de lui donner un calmant, chose que les policiers ont catégoriquement refusée.

Devant cette situation, j’ai demandé au steward que le commandant de bord vienne sur les lieux. Celui-ci s’est présenté et nous a ordonné d’aller nous assoir et à demander à Charly de cesser de faire tout ce raffut, car de toute façon il avait pris la décision de décoller et sur ses paroles s’en est retourné.
Je lui ai dit que de toutes façons il n’était pas question que cet avion décolle avec à son bord une personne qui était maintenue dans ces conditions et que je refusais donc de m’assoir, j’ai demandé aux personnes qui m’approuvaient de bien vouloir se lever. Plusieurs voyageurs se sont alors joints à moi, dont un couple qui m’a laissé ses coordonnées pour témoigner si besoin était et qui doit me faire parvenir quelques photos prises à bord dès la fin de leur séjour sur la Martinique.

Pendant ce temps, le commandant de bord a fait avancer son avion en direction de la piste d’envol. Ne voyant pas d’autre solution, j’ai décidé d’appeler France 2 TV, service reportage, pour les informer de la situation et en espérant que cela allait peut-être faire revenir le commandant de bord sur sa décision.
Après avoir expliqué ce qui se passait à bord de ce vol au Directeur du service reportage, M. C., que j’informais par téléphone de l’évolution des événements, j’ai à nouveau demandé au steward de prévenir le commandant de bord de ma décision concernant France 2, et c’est donc après plusieurs minutes que celui-ci a fait une annonce comme quoi il était forcé et contraint de s’arrêter sur un parking en bout de piste pour débarquer un "individu en situation irrégulière".

C’est ensuite un véhicule de la PAF qui est venu se positionner à l’arrière du boeing 747 pour que les policiers descendent de l’avion accompagné de Charly.
Nous avons décollé à 12h35.

J’ai eu M. C. depuis au téléphone, il m’a confirmé que Charly était retourné en centre de rétention pour 3 ou 4 jours, mais que du fait que j’avais fait intervenir la presse télévisée, qu’il était fort possible que les autorités réfléchissent à deux fois sur l’expulsion de Charly, et qu’il allait mener une enquête de son côté quant à savoir si les conditions de la trêve sont bien respectées et qu’il était près au cas où à faire un reportage sur le sujet.

Dans l’espoir que mon intervention puisse permettre à toutes et tous ces "CHARLY" de vivre dignement et de refermer leur blessures, et si demain je dois à nouveau recommencer ce que j’ai fait, alors c’est avec la plus grande fierté que je recommencerai...


Où est Charly aujourd’hui ?


COMMUNIQUE de
l’Anafé et du collectif Migrants Outre-Mer (MOM)

Renvoi prévu ce soir d’une mineure haïtienne de quinze ans vers Haïti

Un communiqué du ministère de l’immigration du 13 janvier 2010 donnait, au lendemain du séisme en Haïti, « instruction à ses services de suspendre immédiatement toutes procédures de reconduite dans leur pays d’origine des ressortissants haïtiens en situation irrégulière sur le territoire national ».
Cette suspension aura été de bien courte durée. En effet, en dépit de cette déclaration, les associations de défense des étrangers ont pourtant constaté que des décisions de reconduite à la frontière continuaient d’être prises à l’encontre d’Haïtiens.
Nous avons pu observer en outre que les ressortissants haïtiens se présentant à nos frontières n’étaient en aucun cas protégés d’une mesure de renvoi, au mépris de la situation d’urgence qui prévaut en Haïti.

Ainsi, le 5 avril 2010, une jeune ressortissante haïtienne âgée de quinze ans s’est présentée à la douane de Pointe-à-Pitre en Guadeloupe en provenance d’Haïti. Elle a immédiatement été maintenue en zone d’attente. Elle risque à tout moment un renvoi forcé vers Haïti, alors même que ses deux parents vivent en France et sont titulaires d’un titre de séjour.
Son renvoi est prévu aujourd’hui à 20h, heure de Paris en violation de textes fondamentaux, tels que l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme qui garantit à chacun le respect d’une vie privée et familiale normale, ou l’article 3 de la Convention internationale des droits de l’enfant qui oblige l’administration à prendre en compte, dans toute décision concernant un mineur, « l’intérêt supérieur de l’enfant ».

L’Anafé et le collectif Migrants Outre-Mer (MOM) demandent aux autorités françaises de suspendre toute mesure de renvoi de cette mineure.

8 avril 2010

Anafé - 21 Ter, rue Voltaire - 75011 Paris - Tél/Fax : 01.43.67.27.52 - http://www.anafe.org
Mom – 3 villa Marcès – 75011 Paris - http://www.migrantsoutremer.org - mom chez migrantsoutremer.org

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1 Message

  • Le 9 avril 2010 à 09:38, par Christiane

    Le 8 août dernier en Italie, est entrée en vigueur une nouvelle loi dite « paquet sécurité » qui, entre autres, fait de l’immigration dite clandestine un délit et allonge la durée d’emprisonnement des personnes sans titre de séjour dans des centres d’identification et d’expulsion (CIE, le nom des centres de rétention en Italie) à 6 mois.

    Dès la passation de la loi, les sans-papiers enfermés dans les centres de rétention commencent alors à se révolter. A Milan, le 13 août une émeute éclate dans le CIE, aussi bien dans le secteur des hommes que dans celui des transsexuels et celui des femmes. 14 retenu/es sont arrêté/es, jugé/es, condamné/es et emprisonné/es pour 6 mois.

    Parmi eux, Joy, une très jeune Nigerianne victime, comme beaucoup d’autres femmes des pays pauvres, d’un réseau de prostitution. Joy avait été interpellée 2 mois plus tôt, le 26 juin 2009, lors d’un contrôle au faciès alors qu’elle allait faire ses courses.

    Lors de son procès Joy dénonce les tentatives de viol dont elle a fait l’objet de la part de l’inspecteur chef Vittorio Adesso durant sa rétention.
    Plusieurs de ses camarades coinculpées confirment ce que dit Joy et témoignent en sa faveur. Pourtant Joy sera mise en examen pour diffamation....
    La parole d’une prostituée, sans papier de surcroit, face à celle d’un policier sans doute....

    A leur sortie de prison, Joy et ses camarades sont ramené/es en centre de rétention, pour 6 mois, renouvelables tous les 2 mois. Lorsqu’il apprendra cela, l’un d’eux, Mohamed, 25 ans, se suicidera dans sa cellule.

    Le 12 avril, après avoir été brinqueballée d’un centre de rétention à l’autre afin de la couper de tout soutien, le dernier en date interdisant l’usage du téléphone portable, Joy doit repasser devant un juge qui décidera si sa rétention doit être prolongée ou pas.

    Parce qu’on ne peut pas accepter que Joy et ses milliers de camarades anonymes qu’on appelle « les migrant/es » soient considéré/es et traité/es comme des objets, que ce soit par des proxénètes, des gardiens de centres de rétention et autres prisons ou par un Etat et ses fonctionnaires, merci de faxer et mailer massivement aux représentations diplomatiques italiennes en France votre refus que la rétention de Joy et ses ami/es, enfermé/es depuis 9 mois maintenant soit prolongée.

    Pour plus de renseignements sur l’histoire de Joy et ses ami/es voir le site suivant :http://noinonsiamocomplici.noblogs.org/
    Merci

    L’histoire de Joy est connue dans toute l’Italie un petit texte court suffira, voilà une proposition à adapter, modifier, selon votre souhait :

    Parce que ni Joy ni ses camarades ne doivent retourner en prison ou en rétention,
    Parce que Joy ne doit pas retourner au Nigéria où elle serait de nouveau la proie des trafiquants d’êtres humains,
    Parce qu’à elle comme à ses camarades, 10 mois de vie ont déjà été volés,
    Parce qu’on ne peut pas fermer les yeux sur les violences que subissent les hommes et les femmes dans les centres de rétention,
    Parce qu’on ne peut pas accepter sans rien faire que des millions d’êtres humains soient enfermés parce qu’ils sont pauvres, exploité/es et sans papiers,
    Parce qu’on ne peut pas être complice de tout cela,
    Libérez Joy et ses camarades !

    Numéros de faxs et adresses mails où envoyer vos protestations :

    Ambassade d’Italie à Paris :
    Fax +33 1 49 54 04 10
    e-mail : ambasciata.parigi chez esteri.it

    Consulat d’Italie à Paris
    Fax : 01 45 25 87 50
    E-Mail : segreteria.parigi chez esteri.it

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