Une tribune pour les luttes

Agone

Villiers-le-Bel : le procès d’une révolte, par Alessi Dell’Umbria

Le procès de 5 jeunes accusés sans preuves à la suite de témoignages anonymes et rétribués d’avoir tiré sur les policiers a commencé lundi 21 juin
Le parquet avait requis des peines de 15 et 20 ans de prison
Les condamnations, un peu inférieures, sont cependant très lourdes.

Article mis en ligne le dimanche 4 juillet 2010

Pour le texte d’ Alessi Dell’Umbria, voir plus bas.


Villers-le-Bel : le verdict passe mal chez les jeunes
http://videos.leparisien.fr/video/iLyROoaf8cB_.html?xtor=EREC-109

Le procès

Dimanche 4 juillet

Abdheramane Kamara et son demi-frère Adama, présentés comme des meneurs des émeutes ont été condamnés respectivement à 15 et 12 ans de prison.

Ibrahima Sow et Maka Kante qui, eux, n’avaient pas d’antécédents judiciaires, écopent respectivement de neuf et trois ans de prison. Quinze ans de réclusion criminelle avaient été requis contre eux.

Enfin, Samuel Lambalamba, accusé d’avoir fourni un fusil aux émeutiers et pour qui sept ans de prison avaient été demandés, a été condamnés à trois ans d’emprisonnement.

La défense avait demandé l’acquittement pour tous les accusés, faute de preuves matérielles.

Les avocats de la défense ont dix jours pour faire appel. Le verdict a été accueilli par les pleurs des familles présentes dans la salle.

"C’est dur d’avoir une peine aussi sévère pour un dossier qui reste aussi vide", a déclaré Me Morad Falek, conseil d’Abderhamane Kamara, dit Abou.

"Quand les peines sont aussi lourdes que ça, on sent une immixtion de la politique dans la justice", a de son côté déclaré Me Patrick Arapian, avocat de trois des accusés, Ibrahima Sow, Maka et Abou Kamara.

"Je m’attendais à un acquittement. C’est un échec devant un dossier aussi vide", a ajouté Me Michel Konitz, conseil d’Adama Kamara. "On se contente de preuves qui sont des preuves au rabais", a-t-il dénoncé.

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Samedi 3 juillet

Villiers le Bel un procès inique de plus

http://paris.indymedia.org/spip.php?article2271

Entre 2 et 3 heures du matin voila les premières informations qu’ont connaissait

Malgré des dossiers qui semblent de plus en plus vides des temoins sous X qui ne viennent même pas témoigner, un témoignage pour le moins sujet a caution d’un des « témoins » qui avoue n’avoir témoigné que pour le fric selon leur presse les inculpés de Villiers le bel risquent des peines très lourdes les avocat de la police demande des peines de7, 15 et 20 ans de prison

Tard dans la nuit le procès durait encore le verdict final est prévu en principe pour ce dimanche 4 juillet 2010

Les avocats généraux et ceux de la police demandent 7 ans de prison pour Samuel

15 ans de prison pour Mara et pour Ibrahima

Pour les peines les plus lourdes les avocats de la police demandent 20 ans pour Kamara et Adama.

Bien évidemment les medias aux ordres unanimes sont prés à lyncher médiatiquement en meute les accusés faisant bien sur le déni total de la présomption d’innocence

Pour deux des avocats de la défense Morad Falek, Michel Konitz, Jean-Christophe Tymocsko c’est le procés des quartiers populaires qui sont une fois de plus stigmatisés et trainés dans la boue designant leurs populations comme des « classes dangereuses »

4 heures du matin heure locale

Derniére minute selon France « infos » et leur presse les peines sont confirmées certaines seraient revues a la « baisse »

C’est donc bien a un procès inique de plus auquel nous avons assistés

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Le verdict attendu dans la nuit

La cour d’assises s’est retirée à 20 heures afin de délibérer. Le verdict pourrait être rendu tard dans la nuit de samedi à dimanche.

Auparavant, la présidente a donné une dernière fois la parole aux cinq accusés. « Je suis père de trois enfants, je suis triste de ce qui est arrivé à Villiers-le-Bel. je n’ai jamais tiré sur les forces de l’ordre ni incité les gens à le faire... », a déclaré Adama Kamara. « J’ai trois enfants que j’aime et si j’ai une lourde de peine, c’est fini... les voir une demi-heure par semaine pendant des années, c’est impossible. » Maka Kanté, frappe sa poitrine : « Mon coeur, il bat très fort », avant de citer Nelson Mandela. « Toute personne qui condamne un être humain fait preuve d’une certaine étroitesse d’esprit. » Et de reprendre : « Certaines personnes m’ont envoyé dans le box mais je crois en la souveraineté du jury populaire. »

Les six avocats de la défense sont venus demander aux jurés l’acquittement de leurs clients.

Tous ont dénoncé avec des expressions plus ou moins fortes le vide de ce dossier d’assises. « Le néant absolu », d’après Me Falek, « l’absence totale d’éléments probatoires » pour Me Tymoscko, l’avocat de Lambalamba. Et de s’arrêter longuement sur la seule ossature du dossier : les témoignages. « Le témoin sous X est un poison pour la défense, on ne peut rien vérifier. Ces choses-là ne sont pas acceptables ! ». « 

A la sortie du tribunal, alors qu’une longue soirée d’attente se prépare, les proches des cinq jeunes enfilent un tee-shirt blanc sur lequel on peut lire : « Condamner des innocents, c’est les tuer. »

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Audiences tous les jours à 9h30 au Palais de justice de Pontoise à 10 minutes à pied de la gare de Pontoise !.

Jeudi 1er juillet 2010

Au dixième jour du procès de Villiers-le-Bel, le flou règne autour des dépositions des témoins.

Michel Konitz, l’avocat d’Adama Kamara, se lève soudain et apostrophe la présidente : « Madame, ça suffit. Nous avons des témoins sous X qui évoquent une zone de tir imaginaire, d’autres qui ont été discrédités par le commissaire Illy, et d’autres qui changent de version comme ils changent de chemise, ça ne vous paraît pas bizarre tout ça ? Mais le plus étrange, c’est que Stéphane F. et Mathieu B., inculpés pour avoir caillassé la police, ressortent de chez la juge avec un statut de témoin assisté… C’est miraculeux ! L’un d’eux parle d’un « marchandage », ça vous paraît vraisemblable ?

C’est au tour de Jean-Christophe Tymoczko, l’avocat d’un des co-accusés, de plaider. «  Il y a un nom qui revient beaucoup dans les dépositions, notamment dans celle de Stéphane F., qui le cite pas moins de 17 fois, de qui s’agit-il ? ». Le commissaire Yann Sourisseau, lâche le nom de l’homme dans un souffle. –Or, c’est curieux, car il est mis en cause comme porteur d’un fusil le soir des faits, mais il a été relâché. – Quel était son alibi ? », Le commissaire : « Je ne m’en souviens pas. –Alors, je vais vous rafraîchir la mémoire : ce monsieur a d’abord déclaré qu’il était au travail le soir des émeutes. Ensuite, suite à l’expertise de son téléphone qui montre qu’il était à Villiers-le-Bel, il est revenu sur son mensonge et a reconnu être sorti plus tôt de son travail. C’est sa petite amie qui l’a disculpé en affirmant qu’il était avec elle tout le temps. Avez-vous, eu, Monsieur le commissaire, d’autres éléments que sa copine pour le mettre hors de cause ? » Le commissaire hésite : « Non, je n’ai pas revu son cas en effet »

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Lundi 28 juin 2010

Après le désistement de trois témoins sous X ce lundi matin , le quatrième a finalement livré sa version en début d’aprés-midi par visioconférence devant la cour d’assises de Pontoise, au procès des tireurs présumés de Villiers-le-Bel, dans le Val d’Oise.

Identifié dans la procédure sous le matricule PT02-08, ce témoin anonyme, caché derrière un store, la voix déformée, a raconté avoir « vu tirer sur les forces de l’ordre » un des accusé, Maka Kante, dit Mara, le soir des émeutes.
« J’ai vu un individu tirer sur les forces de l’ordre, à deux ou trois reprises. Il portait une capuche, quand il s’est retourné je l’ai reconnu, c’est un nommé Mara », a déclaré le témoin confirmant, mot pour mot, sa déposition.

La défense, qui doute de la crédéibilité de ce témoignage, a insisté sur le fait que ce témoin était également un informateur des services de police. Le témoin PT02-08 a d’ailleurs reconnu à l’audience avoir « collaboré une fois avec les services des stupéfiants » de Sarcelles.

Le témoin, qui devait se présenter à visage découvert lundi après-midi, ne viendra pas non plus, faute de protection suffisante selon son avocat Me Gilbert Collard.
Ce témoin assure avoir entendu deux des accusés discuter de l’affaire et reconnaître les faits alors qu’ils se trouvaient dans les geôles de la cour d’appel de Versailles, en attente d’une décision de la chambre de l’instruction.
Pour la défense, qui avait déjà contesté la semaine passée la validité du témoignage d’un condamné au vu des pressions judiciaires qui pouvaient s’exercer sur lui affirme qu’il est impossible que le témoin ait entendu une telle discussion à cause de la configuration des lieux.

Le témoin surprise de vendredi dernier avait dit qu’il était condamné un an de prison pour avoir giflé son épouse - laquelle avait eu droit à soixante jours d’interruption temporaire de travail.
La cour en serait restée là si les avocats de la défense n’avaient pas regardé son dossier avec attention : en réalité, le témoin avait été condamné pour agression sexuelle sur un mineur de moins de 15 ans, le fils d’une ancienne compagne.
"Nous avons un témoin, s’est insurgé Me Morad Falek, qui vient à cette barre pour mentir. Qui dit avoir été condamné à un an pour une gifle, alors qu’il a été condamné à un an pour agression sexuelle sur mineur..."

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Lundi 21 juin

Ce matin (lundi 21 juin 2010), a plupart des familles et proches des accusés n’ont pas pu pénétrer dans la salle, où s’entassaient journalistes et plusieurs dizaines de policiers. Les avocats de la défense n’ont pas manqué de dénoncer ce manque de places. « Quand on aura fait l’appel des témoins, si les portes ne sont pas ouvertes, nous partirons », a menacé Me Michel Konitz, avocat de la défense. « Les portes ne pourront pas être ouvertes pour des raisons de sécurité », a rétorqué l’avocate générale, Marie-Thérèse de Givry, procureur de Pontoise. La présidente Sabine Foulon doit réunir les avocats de la défense pour étudier le problème.


Cinq jeunes sont jugés à partir de lundi par la cour d’assises du Val-d’Oise, accusés d’avoir tiré sur des policiers à Villiers-le-Bel dans les nuits des 25 et 26 novembre 2007 lors d’émeutes consécutives à la mort de deux adolescents.

Pour ce procès programmé pour deux semaines, quatre jeunes, incarcérés, sont jugés pour tentative de meurtre en bande organisée sur des policiers à Villiers-le-Bel, ainsi que pour détention et port d’arme prohibés. Le cinquième, sous contrôle judiciaire, soupçonné d’avoir fourni un fusil à pompe, comparaît pour complicité.

Le 25 novembre 2007, la mort de deux adolescents — Moushin et Lakamy — tués à Villiers-le-Bel dans une collision entre leur moto et une voiture de police avait provoqué deux jours d’émeutes et d’échauffourées entre jeunes et forces de l’ordre. Une centaine de policiers avaient été blessés par des tirs d’armes à feu et des jets de pierres et de bouteilles. Au moins 90 policiers se sont portés parties civiles.
La police judiciaire de Versailles avait distribué dans les boîtes à lettres des HLM un tract d’appel à témoins promettant de rétribuer les informateurs pour « tout renseignement susceptible de faire avancer l’enquête et de préserver l’anonymat des témoins » .L’accusation s’appuie donc sur les témoignages « sous X » de personnes que l’on a rétribuées et à qui on a garanti l’anonymat .
Cinq garçons incriminés à tort ont été relâchés à l’issue de la garde à vue. La procureure de Pontoise a déploré ces fausses accusations : « Certaines informations qui nous venaient de sources sérieuses sont infondées. C’est regrettable dans une affaire aussi délicate. Il y a des dommages collatéraux. »

Quatre mois après les violences, le 18 février 2008, une vaste opération de police conduite par près d’un millier d’hommes – accompagnés de dizaines de journalistes – dans cette commune du Val-d’Oise avait été vigoureusement critiquée par les habitants. L’enquête avait été spectaculairement relancée en avril 2010. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Versailles avait en effet infirmé un non-lieu rendu par un juge d’instruction de Pontoise en faveur des policiers qui conduisaient la voiture. La justice avait ordonné un supplément d’information en vue "de la notification de la mise en examen du conducteur du chef d’homicide involontaire", selon Me Emmanuel Tordjman, avocat des familles des adolescents. Les syndicats de police avaient alors exprimé leur "surprise" et dénoncé une "décision qui s’inscrit une nouvelle fois dans cette suspicion permanente à l’égard des policiers".

Depuis deux ans, les accusés peuvent compter sur un collectif "Respect, Vérité, Justice" http://www.soutien-villierslebel.com/, lequel organise depuis des semaines des concerts de soutien. Samedi après-midi, à l’appel de ce collectif,
des habitants de Villiers-le-Bel et les proches des cinq prévenus ont manifesté dans le calme devant le palais de justice de Pontoise escortés par un impressionnant dispositif de policiers et de gendarmes.
Ils sont venus réclamer « un procès équitable » et refuser « un procès pour l’exemple ». La grande banderole noire qu’ils avaient déployée donne le ton : « Enfants des quartiers + témoins sous X rémunérés = ticket pour la geôle ».


Villiers-le-Bel : le procès d’une révolte

Alessi Dell’Umbria

Le 21 juin prochain, quatre jeunes de Villiers-le-Bel (Val-d’Oise) devront répondre devant la justice de faits survenus dans leur quartier les 25 et 26 novembre 2007. La mort de deux adolescents, renversés par une voiture de police alors qu’ils circulaient en mini-moto, avait révolté les jeunes de Villiers, qui affrontèrent victorieusement les CRS deux nuits durant. Plusieurs flics furent blessés par des tirs de chevrotines.


La vengeance du roi s’appelle justice.

Philippe Le Bel

Tous les quatre ont été arrêtés le 18 février 2008. Ce jour-là, à 6 heures du matin, quinze cent flics faisaient irruption dans des cités de Villiers-le-Bel, Gonesse et Sarcelles, une liste de suspects en main, défonçant les portes, saccageant le mobilier, bousculant tout le monde y compris vieillards et enfants, pour embarquer trente-trois suspects. Une quinzaine devaient rester en prison.

Les mises en examen faisaient suite à un appel du ministère de l’Intérieur, garantissant à d’éventuels témoins à charge l’anonymat et leur assurant une récompense de plusieurs milliers d’euros. Pour la première fois sous la Ve République, des gens ont donc été arrêtés, mis en examen et incarcérés sur la base d’une dénonciation rétribuée.

En juillet 2009, une dizaine de jeunes arrêtés durant la rafle ont été condamnés par le tribunal correctionnel à des peines allant de un à trois ans de prison – verdict confirmé en novembre pour les trois qui avaient fait appel. Et encore ne leur avait-on imputé que des caillassages. Le 21 juin, ce sera la cour d’assises, pour les quatre derniers, accusés de « tentative d’homicide volontaire sur agents des forces de l’ordre ».

Les forces de l’ordre ont reçu à Villiers-le-Bel une dérouillée exemplaire, qui sanctionne des années de brutalité et d’impunité. Les quatre accusés ne vont pas être jugés pour ce qu’ils auraient fait, mais parce que l’État doit laver cet affront public.

Le « rétablissement de l’État de droit en banlieue », tarte à la crème qu’on nous envoie à chaque journal télévisé, n’est que le renforcement du droit de l’État par n’importe quels moyens. Sarkozy l’a reconnu, qui déclarait aux responsables de la police, le 29 novembre 2007 : « Mettez les moyens que vous voulez, ça ne peut pas rester impuni, c’est une priorité absolue. » Un droit face auquel la plèbe des relégués, surtout s’ils viennent de l’ex-empire colonial, n’aurait qu’à courber l’échine.

Les modalités de cette affaire en disent long. Elles puent le vieux goût pour la délation, ici aggravé par l’appât du gain facile – un coup de fil aux condés et voilà quelques milliers d’euros qui tombent ! On imagine les petites vengeances sordides qu’un tel appel a pu encourager à Villiers-le-Bel… Les corbeaux qui balancèrent jadis Juifs et résistants se contentaient d’assouvir leurs pulsions de frustrés, ceux qui ont envoyé une quinzaine de jeunes de Villiers-le-Bel en prison ont en plus décroché le jackpot. Vichy et Las Vegas, voilà les références du régime Sarkozy.

Le même jour où l’on apprenait le renvoi de ces jeunes aux assises, le parquet rendait une ordonnance de non-lieu à l’égard des policiers impliqués dans la mort de Mushin et Lakamy, les deux adolescents tués le 25 novembre 2007.

Les flics ont beau bénéficier de moyens techniques de plus en plus sophistiqués, certaines techniques policières demeurent rudimentaires. Comme celle du shooting, qui fut révélée lors de la mort d’un jeune à Vaulx-en-Velin voici déjà vingt ans. L’émeute qui suivit alors eut, entre autres, le mérite de faire savoir comment les voitures de flics s’y prennent pour arrêter un deux-roues qui leur échappe. Tout récemment, à Woippy, dans la banlieue de Metz, le 20 janvier 2010, un jeune était tué et deux autres grièvement blessés au terme d’une course poursuite. L’un des survivants, à peine sorti du coma, a raconté : «  Ils nous ont coursés, ils nous ont fait tomber » – « ils » c’est, en l’occurrence, les flics municipaux –, « quand nous étions à terre ils nous ont frappés. »

Un pouvoir démesuré se veut sans réplique. Ainsi le responsable d’un syndicat de flics (Alliance Police) déclare dans les colonnes du Figaro (15 mars 2009) : « La violence monte crescendo (sic) depuis les événements de Villiers-le-Bel et les événements d’outre-mer. On n’hésite pas à tirer sur des policiers. Si on ne sanctionne pas plus durement les agresseurs de nos collègues, nous allons à la catastrophe et on ne s’en sortira pas. » Il lance là, très clairement, un appel aux magistrats chargés de prononcer lesdites sanctions. Trois mois après cette déclaration, dix jeunes de Villiers-le-Bel sont lourdement condamnés. Dans cette affaire où pèse si lourd la voix des flics – ceux qui distribuent les récompenses aux témoins et ceux qui parlent dans les médias –, il serait bien hasardeux (et vain) d’invoquer « l’indépendance de la magistrature ».

Nous voyons, nous aussi, la violence aller crescendo. Au contraire du flicaillon syndical, nous ne saurions dater son point de départ. Mais nous sommes confrontés aux comportements de plus en plus provocateurs et arrogants d’une police toujours plus équipée de moyens de faire mal, et dont l’omniprésence marque désormais le territoire. Cette expérience-là n’est enregistrée dans aucune statistique, mais nous sommes innombrables à la faire – et à nous la transmettre de bouche à oreille. Lâcher de chiens sur des noctambules éméchés lors d’une fête de quartier, gazage des clients d’un bar protestant contre un contrôle, tirs de flash-ball au visage lors d’une manifestation remuante, de l’expulsion d’un squat ou d’une occupation de locaux, menottage de gamines de 14 ans qui ont pris le bus sans ticket, fouille des cartables par des chiens anti-drogues dans un collège, écrasement au sol avec clé au bras pour un mot plus haut que l’autre, automobilistes tabassés et embarqués pour avoir klaxonné à une voiture de la BAC qui bloquait la chaussée, intimidations et brutalités de toute sorte dont les bleus sortent toujours vainqueurs – avec en prime les ITT prises après avoir roué de coups un quidam.

Pour une fois, à Villiers-le-Bel, les flics ont été pris de vitesse dans la course aux armements. On leur a tiré dessus – à la chevrotine, ce qui n’est pas tout à fait la même chose qu’un tir à balles réelles. Ils ont essuyé la colère de la plèbe, et ont eu peur.

Ce procès sera donc un pur procès politique. Ce qui sera jugé ne sera pas la participation effective de quatre personnes à des faits, mais l’existence même de ces faits. Ce qui importe à la machine judiciaire, c’est que des individus paient, corps et âme, ce qui s’est passé ces deux soirs de novembre à Villiers-le-Bel. Cette individualisation est de pure forme : car ceux qui comparaîtront dans le box des accusés pourraient être indifféremment remplacés par quatre autres ayant un profil analogue.

Comme tout procès politique, il sera à sens unique, la contradiction étant évacuée par avance – quelle légitimité reconnaître à des débats censés être contradictoires alors que les témoins, sur les déclarations desquels se base toute la procédure, n’auront pas à comparaître ?

L’individualisation, indispensable à la procédure judiciaire, n’intervient plus ici que pour les besoins de la mise en scène. En ce sens la présence massive des journalistes lors de la rafle du 18 février 2008 n’a rien d’une bavure : « On se sert d’une opération de police à des fins politiques », se plaignit le secrétaire de l’UNSA-Police. Mais cette opération de police était précisément une opération politique, et il était impératif que les téléspectateurs-électeurs reçoivent le message : à savoir que l’État a toujours le monopole de la violence. Le procès à venir sera le dernier acte de ce show.

Deux adolescents sont morts à Villiers-le-Bel, le 25 novembre 2007, suite à un shooting, pratique responsable de nombreux autres décès qualifiés d’accidentels. Quatre personnes vont être jugées, le 21 juin 2010, sur la base d’un témoignage sous X rétribué. Deux procédures d’exception, l’une policière, l’autre judiciaire.

La moindre des choses est bien de signifier le contenu politique de ce procès. Ce qui revient à signifier toute notre solidarité aux quatre accusés. Ce procès ne doit pas passer inaperçu.

Alessi Dell’Umbria

12 mai 2010

ALESSI DELL’UMBRIA.

Alessi Dell’Umbria est écrivain. Il est notamment l’auteur de “C’est de la racaille ? Eh bien, j’en suis ! : A propos de la révolte de l’automne 2005” aux éditions L’échappée ainsi que de “Histoire universelle de Marseille : De l’an mil à l’an deux mille” aux éditions Agone.


Voir également Mille Bâbords 14063

Comité de soutien aux inculpés de Villiers-le-Bel & Collectif Respect-Vérité-Justice de Villiers-le-Bel
http://www.soutien-villierslebel.com/
Pourquoi nous devons libérer les incarcérés de Villiers-le-Bel qui passeront en procès le 21 juin

Contairement à ce que semblent dire certains syndicats de policiers, soutenir des personnes inculpées n’est ni un crime ni un délit !

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5 Messages

  • Le 21 mai 2010 à 20:11, par xhristiane

    21 mai 2010

    Un keune homme est hospitalisé à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, après avoir reçu un tir de flashball dans le visage, mercredi soir, à Villetaneuse (Seine-Saint-Denis), alors qu’il tentait, selon la version de certains témoins, de calmer une échauffourée entre des jeunes d’une quinzaine d’années et des policiers d’Epinay-sur-Seine.

    Jean-Michel Décugis, Christophe Labbé et Armel Méhani racontent l’histoire sur le site du Point : “Mercredi 19 mai, en début de soirée, une patrouille de police poursuit des jeunes dans la cité Saint-Leu à Villetaneuse (Seine-Saint-Denis) lorsqu’un des fonctionnaires perd son portable. Quand il revient sur les lieux après la course-poursuite, son téléphone a disparu.
    Pour le récupérer, la patrouille appelle des renforts. D’après les habitants du quartier, une cinquantaine de policiers auraient encerclé la cité, et prévenu qu’ils allaient distribuer des PV à toutes les voitures tant que le téléphone ne serait pas restitué. La tension monte alors d’un cran. « Ils ont commencé à verbaliser, les gens sont descendus pour protester. Un jeune a arraché la souche de PV des mains d’un flic, et c’est parti en live » raconte un jeune. Les policiers auraient utilisé des gaz lacrymogènes. Ce qui aurait déclenché une émeute. Nordine A., un jeune de la cité, est alors victime d’un tir à la tête de Gomm Cogne (photo), une balle en caoutchouc.”

    Antoine Lannuzel poursuit dans Libération : “Nordine, 27 ans, a été opéré à deux reprises jeudi. Selon ses proches et son avocate, il aurait une joue perforée et la mâchoire cassée. Son frère, âgé de 31 ans, aurait lui reçu plusieurs coups de matraque après s’être rebellé en voyant que son jeune frère était blessé. Il a été transporté à l’hôpital avant d’être placé en garde à vue au commissariat d’Epinay. L’IGS (la police des polices) a été saisie de cette affaire et l’avocate de la victime affirme son intention de déposer plainte contre la police.”

  • Le 22 juin 2010 à 09:21, par Christiane
  • Le 22 juin 2010 à 10:03, par Christiane

    http://www.lemonde.fr/societe/artic...

    C’est devant une assemblée en noir et blanc que s’est ouvert, lundi 21 juin, devant la cour d’assises de Pontoise (Val-d’Oise) le procès de quatre hommes, jugés pour avoir tiré sur des fonctionnaires de police lors des émeutes de Villiers-le-Bel. Accusé d’avoir mis un fusil à disposition, un cinquième comparaît pour complicité.

    Le public était scindé en deux parties. A gauche en entrant, des hommes en uniforme ou en costume, tous Blancs à une exception près : les policiers, à la fois parties civiles et témoins, victimes des émeutes des 25 et 26 novembre 2007.

    (...)

    A droite dans la salle, hormis les journalistes, un public exclusivement noir, comme les cinq accusés. La salle est trop petite, même les témoins ne peuvent y accéder.

    (...)

    Les témoins sous X..., éléments-clés de ce procès, ne devraient intervenir, par visioconférence, que lundi 28 juin. Mais dès le premier jour, la validité de ces témoignages a été mise en cause par les avocats de la défense. L’un d’entre eux, Me Michel Konitz, a rappelé que des appels à témoignage avaient été distribués dans les boîtes à lettres du quartier, promettant anonymat et rémunération. Appelé à témoigner, un officier de police judiciaire a indiqué qu’aucun des témoins anonymes n’avait été rémunéré. "On leur a dit quand qu’ils ne seraient pas payés ?", demandait Me Konitz. "Pas avant qu’ils aient témoigné." "Vous n’êtes pas très honnêtes, dans la police !", lançait alors l’avocat.

  • Le 22 juin 2010 à 21:49, par Christiane

    http://info.france2.fr/france/coup-...

    Extaits de AFP - Thomas Samson

    "Un témoin s’est présenté hier dans un commissariat de police. Il a rapporté des propos entendus lors de sa détention avec l’un des prévenus", a annoncé l’avocate générale, Marie-Thérèse de Givry à la reprise des débats mardi après-midi.

    Un peu plus de deux heures plus tard, le témoin s’est présenté à la barre pour des débats qui s’avéreront mouvementés. David Ruelle, 40 ans, est "entendu à titre de renseignement", précise la présidente.

    L’homme, âgé de 40 ans, explique avoir été incarcéré à Fleury-Merogis avec Adama Kamara, l’un des quatre accusés tireurs présumés sur les forces de l’ordre.

    "En promenade, il m’a dit qu’il avait tiré sur un fonctionnaire de police", raconte cet homme d’un mètre 95, 146 kilos. "Il m’a expliqué qu’il était éducateur à Villiers-le-Bel, que deux jeunes avaient été percutés par une voiture de police (...) qu’il s’était procuré une arme (...) qu’il avait fumé un flic", précise le témoin.

    "Cette personne me dit bien quelque chose", reconnaît Adama Kamara. "Aucunement je ne lui ai parlé de mon affaire", ajoute-t-il. Le jeune homme enlève ses lunettes et regarde le témoin en lui disant calmement : "Moi, je vous dis, Monsieur vous mentez".

    Le ton monte et la séance s’achève dans la confusion

    Michel Konitz, avocat de M. Adama souligne que le témoin a été condamné à 11 mois de prison pour agression sexuelle sur mineure de moins de 15 ans. "De la pédophilie", assène l’avocat qui soupçonne le témoin de vouloir obtenir une révision de son casier judiciaire.

    La présidente rappelle l’avocat à l’ordre : "je souhaiterais que le témoin ne soit pas insulté". Le ton monte.
    "Il ne fait que mentir !", s’insurge l’avocat qui accuse la présidente de la cour de "suggestivité".

  • Le 23 juin 2010 à 23:57, par

    Le Bondy Blog a interviewé Samia, l’épouse d’A. C., 30 ans, qui risque la plus grosse peine et dont l’un des frères comparaît à ses côtés.

    (...)

    Assisterez-vous aux audiences ?

    Je dois témoigner lors du procès en tant qu’épouse. Mais comme je travaille et que j’ai trois enfants, il sera difficile pour moi d’être présente quotidiennement.

    Que faites-vous dans la vie ?

    Je suis secrétaire administrative au sein d’une collectivité locale.

    Comment les enfants vivent cette situation ?

    A. est très proche de ses enfants. J’essaie de protéger mes trois garçons. Ils ont respectivement 9 ans, 7 ans et 4 ans. Cette séparation est douloureuse pour toute la famille, mais le plus dur, c’est pour les enfants. Je fais en sorte de rendre visite à mon mari une fois par semaine. Malheureusement, les conditions ne sont pas propices. Nous nous voyons durant 30 minutes dans une petite pièce glauque. Les enfants n’en peuvent plus mais c’est le cadet qui craque. D’ailleurs, il est suivi par une psychologue.

    (...)

    Que faisait-il avant d’être incarcéré ?

    Il était en train de monter un société de sécurité, et puis, il s’était engagé en politique. Il faisait partie la liste UMP de Sylvie Noachovitch lors des élections municipales de mars 2008. Il appelait les jeunes de Villiers-le-Bel au civisme et surtout il leur disait de prendre leur carte d’électeur. Depuis son passage en prison en 2003, il a vraiment décidé de mettre un trait sur sa vie de petit délinquant.

    Une prison qui l’a rattrapé ?

    Hélas oui, je sais mon mari est innocent. A. est victime de son passé judiciaire. Depuis 2003, son seul objectif était d’inculquer à ses enfants, la droiture et le respect du sens civique. Il voulait que ses garçons voient en lui un modèle.

    Il subit une injustice, à vous entendre. Comment vit-il cette situation ?

    Il est très serein. Il a confiance en la justice de son pays. Il a hâte que le procès commence pour pouvoir enfin s’expliquer.

    Etes-vous confiante dans l’issue du procès ?

    Jamais de ma vie, je ne suis entrée dans un palais de justice. J’ai peur de ne pas être à la hauteur. Mais pour mes enfants et mon mari. Je me dois d’être forte. Et de faire confiance aux juges.

    Propos recueillis par Chaker Nouri

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