Une tribune pour les luttes

Re-belles

Les féministes et la fête des mères.

" Fêtée un jour, exploitée toute l’année "

Article mis en ligne le dimanche 30 mai 2010

Le torchon brûle spécial Fête des Mères

http://re-belles.over-blog.com/page...


Avec les liens et les illustrations :
http://pelenop.fr/?p=369

La fête des mères et la politique nataliste française.

29 mai 2010

«  Fêter les mamans » est, aujourd’hui, un acte institué et banalisé. Ce sont les enfants qui offrent des cadeaux à leur mère : vestige de la politique de Pétain.

Mais la fête des mères est une journée dédiée, à l’origine, aux mères de familles nombreuses, honorées parce qu’elles repeuplaient la France. Les hommes, les politiques célébraient la femme parce qu’elle avait engendré pour « la patrie » ! On cantonnait les femmes à un rôle de mères, comme les franquistes l’ont fait en Italie et les nazis en Allemagne.

Sous la III ème république, la France a connu un déclin des naissances. En 1896, le docteur Jacques Bertillon (propagandiste nataliste, fonde l’Alliance nationale pour l’Accroissement de la population française.

Parmi les actions et les manifestations de cette organisation, la fête des enfants est instituée. Mais bien plus que les enfants, c’était le « fruit des mères » qui est célébré.

En 1906, l’ Union fraternelle des Pères de Famille Méritants d’Artas (fondée en 1904 par Prosper Roche) instaure une médaille destinée aux mères de famille nombreuses : « La récompense du haut mérite maternel«  .

En dépit des initiatives, la fête des mères ne devient pas un événement national.

En 1918, la fête des mères prend son essor, dans la ville de Lyon. Le 16 juin de cette même année, les lyonnais promeuvent la fête des mères comme une adaptation française du Mother’s Day. Mais ce n’est qu’un argument publicitaire car lorsqu’on voit l’affiche, il est évident que le but nataliste est la véritable raison de cette fête des mères. Lors de cette journée, n’étaient récompensées que les femmes fécondes en raison de » L’intelligence et le dévouement dans les soins donnés à leurs enfants« . Le Colonel Lacroix-Laval et Mr Auguste Isaac, tous deux fondateurs de l’Association La plus Grande Famille, étaient les investigateurs de cette journée lyonnaise.

Le projet fut ensuite confié à l’Alliance Nationale, à la ligue « pour la vie » et la Ligue des Pères et Mères de Famille Nombreuse, afin d’être généralisé à tout le territoire français. Une première date a été arrêtée : le 15 août 1919, jour de l’Assomption de la vierge Marie.

Mais, en 1920, la date est décalée au 9 mai, jour où est remise la médaille de la famille française.

En 1941, Pétain fait prendre à la fête des mères, un côté enfantin. Désormais, ce sont les enfants qui doivent célébrer leur mère en préparant des cadeaux, dans les écoles. Dans toutes les écoles françaises, les enseignants doivent faire apprendre un poème aux enfants et leur proposer un cadeau à offrir.

Ta maman a tout fait pour toi, le Maréchal te demande de l’en remercier gentiment.

Invente la surprise la plus belle que tu pourras, celle qui lui fera le plus grand plaisir.

Offre-lui des fleurs que tu auras cueillies…
ou un cadeau que tu auras fabriqué exprès pour elle…
Fais-lui un dessin aussi beau que tu pourras…
Fais un effort en classe pour rapporter de bonnes notes…
Ne te dispute pas avec tes frères et sœurs…
Va faire les commissions sans qu’elle te le demande…
Aide au ménage en souriant…

Apprends une jolie récitation…

Travail-Famille-Patrie.

Avec la généralisation de la fête des mères, c’est la vision des femmes qui changent sous Vichy. Un Commissariat général de la famille est créé. Il anime des émissions de radio appelées » France-famille « .

En parallèle, une législation familiale est mise en place. On ne fête plus alors que les mères de famille nombreuse mais toutes les mères.

Les journaux féminins emboîtent le pas au gouvernement en incitant leurs lectrices à ne pas oublier leurs devoirs vis-à-vis de la Patrie. Le journal la Mode du jour écrit en juin 1941 : «  Les temps sont révolus où la femme pouvait n’être qu’une poupée maquillée. La débâcle est venue, entraînant la souffrance, et la souffrance nous a appris à nous connaître. « 

En plus des affiches, des émissions de radios, des fascicules sont vendus pour «  restaurer la famille française ». On peut y lire, concernant la mère française :

 » Mères françaises, mères chrétiennes, mères héroïques et douces, ô nos saintes mères ! Vous étiez autrefois oubliées par un peuple insouciant qui ne songeait pas à vous rendre un hommage public. Il vous dédommage maintenant. Vous nous avez comblés de gâteries lorsque nous étions enfants : laissez-nous, à notre tour, vous gâter un peu en vous prodiguant les témoignages de notre ardente gratitude. Par la voix joyeuse de vos fils et de vos filles, c’est la France entière qui vous dira merci. » Abbé Thellier de Poncheville, l’ Amour maternel, 1941.

Aujourd’hui encore, les enfants fabriquent des cadeaux à l’école, apprennent des poésies pour leur mère. La société patriarcale française s’illustre dans son incapacité à considérer les destins de chacun, de son peuple. C’est mépriser les femmes, les familles de continuer de fêter les mères. C’est mépriser , continuer à les célébrer parce qu’elles sont mères.


Une femme n’est pas qu’un utérus !

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3 Messages

  • Le 30 mai 2010 à 02:05, par

    Et la fête des pères ... On sanctfie la virilité masculine ? ptdr !

  • Le 30 mai 2010 à 04:00, par Magikomix

    Maintenant, on est d’accord que si on offre un cadeau à sa maman le jour de la fête des mères, c’est par ce qu’on l’aime et qu’on a envie de lui faire plaisir.
    Mais l’article est carrément intéressant, j’ignorais tout ça..!

  • Le 30 mai 2010 à 04:00, par

    2eme paragraphe : "comme les franquistes l’ont fait en Italie" ?
    J’aurais dit ’en Espagne", mais bon...

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