Une tribune pour les luttes

Sortie du rapport annuel 2010 d’Amnesty International qui rend compte de la situation des droits humains en 2009 dans 159 pays et territoires.

Article mis en ligne le jeudi 3 juin 2010

Ce rapport retrace une année où l’obligation de rendre des comptes et l’instauration d’une véritable justice ont pu faire figure d’idéal lointain, des vies continuant d’être détruites par la répression, la violence, la discrimination, les coups de force et les impasses politiques. Mais il salue également de réelles avancées et montre qu’il est aujourd’hui plus difficile pour les auteurs des pires crimes d’espérer échapper à la justice.

Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, les gouvernements de pays comme l’Arabie saoudite, la Syrie et la Tunisie n’acceptaient toujours pas la critique. En Iran, une répression de plus en plus forte a fait suite aux protestations soulevées par les résultats électoraux du mois de juin. En Asie-Pacifique, le gouvernement chinois a accru les pressions sur ceux qui remettaient en cause son autorité, arrêtant et persécutant les défenseurs des droits humains et réprimant les manifestations de travailleurs migrants dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang. Au Myanmar, les autorités ont continué de juguler la dissidence politique et le pays comptait 2 100 prisonniers politiques. Parmi ceux-ci, Aung San Suu Kyi a été condamnée à 18 mois supplémentaires de résidence surveillée, à l’issue d’un procès inéquitable.

Les violences contre les populations civiles se sont poursuivies dans le monde entier. Des centaines d’homicides illégaux commis par les forces de sécurité ont été recensés dans la région Amériques, en particulier au Brésil, à la Jamaïque, en Colombie et au Mexique ; aux États-Unis, les violations des droits humains perpétrées au nom de la lutte contre le terrorisme persistaient. Certains États africains, par exemple la Guinée et Madagascar, ont répondu aux critiques en usant d’une force excessive et en commettant des homicides illégaux.

Les communautés roms d’Europe étaient victimes de discrimination lorsqu’elles tentaient d’accéder à toute une série de droits, notamment aux droits à un logement convenable et à l’éducation. En mai, les autorités italiennes ont mis en péril la vie de migrants et de demandeurs d’asile nord-africains qui se trouvaient à bord d’embarcations. Elles n’ont pas évalué les besoins de ces personnes en matière de protection et ont reconduit les bateaux vers la Libye, un pays qui ne dispose pas de réelle procédure d’asile.

De nombreux pays n’ont insisté sur l’obligation de rendre des comptes que lorsque cela les arrangeait politiquement et ont privilégié la solidarité régionale au détriment des droits des victimes de violations. Les États-Unis et des pays d’Europe ont ainsi fait usage de leur position au sein du Conseil de sécurité des Nations unies pour protéger Israël contre des mesures énergiques visant à lui faire répondre de crimes de guerre présumés et de possibles crimes contre l’humanité qui auraient été commis dans la bande de Gaza.

Certains signes de progrès ont toutefois été enregistrés au cours de l’année. L’arrestation en novembre sur le territoire allemand, par les autorités de ce pays, d’Ignace Murwanashyaka, président des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), a prouvé que la compétence universelle avait son utilité dans la lutte contre l’impunité.

En Amérique du Sud, plusieurs anciens chefs d’État ont comparu en justice en application de la législation nationale pour des violations des droits humains. Au Pérou, l’ancien président Alberto Fujimori a été condamné à 25 ans de réclusion pour de graves violations des droits humains perpétrées en 1991.

Des institutions nationales et régionales se sont penchées sur des questions en rapport avec des crimes au regard du droit international. En novembre, le Mexique a été condamné par la Cour interaméricaine des droits de l’homme pour n’avoir pas dûment enquêté sur la disparition forcée de Rosendo Radilla en 1974.

Le Rapport 2010 d’Amnesty International souligne que l’obligation de rendre des comptes ne concerne pas uniquement les homicides et la torture, mais aussi tous les cas où sont niés les droits qui nous permettent de vivre dans la dignité.

Le respect des droits humains doit faire partie intégrante de toute action, nationale ou internationale, de réponse aux multiples crises actuelles – alimentaire, énergétique, financière. Des milliards de personnes vivant dans la pauvreté ne voient toutefois pas reconnus leurs droits à la santé, à l’éducation et au logement.

Chaque année, plus de 500 000 femmes meurent des suites de complications liées à la grossesse. L’importance des taux de mortalité féminine en Sierra Leone, au Pérou, au Burkina Faso ou au Nicaragua est directement liée à certaines atteintes aux droits fondamentaux de la personne.

En 2009, les expulsions forcées ont encore aggravé la situation de nombreuses personnes vivant dans la pauvreté à travers le monde. Au Cambodge, des familles à bas revenus qui vivaient dans une zone en cours de réaménagement au centre de Phnom Penh ont été expulsées de force, après que les autorités eurent usé auprès d’elles de harcèlement et d’intimidation pendant des années. En Inde, un site considéré comme sacré par des milliers d’autochtones dans l’État d’Orissa (dans l’est du pays) était menacé par un projet d’extraction de bauxite et de production d’alumine.

Ce n’est pas uniquement entre les gouvernements et les personnes que se situe la faille en matière de justice. On assiste à une montée en puissance et en influence des acteurs économiques mondiaux, mais ces derniers ont rarement à répondre de leurs actes. Le droit international a évolué de manière à protéger des intérêts économiques planétaires, par le biais de toute une série d’accords sur le commerce et les investissements internationaux, appuyés par des mécanismes garantissant leur application. Alors que ces intérêts économiques ont su mettre la loi à leur service, les hommes et les femmes lésés par leurs activités voient souvent la sauvegarde assurée par le droit céder face à la puissance des grandes entreprises. La déréglementation, la nécessité d’attirer les investissements étrangers et les dispositions des accords sur le commerce et les investissements ont tous contribué à diminuer la protection offerte par la loi aux personnes pénalisées par ces activités économiques, en particulier dans les pays en développement.

Les grandes entreprises internationales opèrent dans une économie mondialisée, mais dans un cadre législatif qui, lui, ne l’est pas.

Le Rapport 2010 témoigne du courage du mouvement de défense des droits humains dans son ensemble, qu’il s’agisse des organisations ou des personnes : il mène une action constante pour obtenir des lois internationales et nationales fortes, en affirmant hautement qu’elles doivent servir à assurer une justice digne de ce nom. Le Rapport relate l’action menée par Amnesty International pour dénoncer les atteintes aux droits fondamentaux et faire valoir l’obligation pour tous de rendre des comptes.

> Voir le site consacré au rapport : http://thereport.amnesty.org/fr

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