Une tribune pour les luttes

Les "dangereux trafiquants " de tours Eiffel !

Opération « commando » dans un foyer de travailleurs migrants,

___

Article mis en ligne le vendredi 2 juillet 2010

• 12 heures : trente voitures de polices stationnent sur l’avenue de France.

• 18 heures : plus de cent policiers investissent le foyer de travailleurs migrants, 63 rue du Chevaleret. La rue est bloquée, les résidents qui arrivent du travail ne peuvent entrer chez eux. La police refuse de donner d’explication aux résidents et à leurs délégués. Le gestionnaire Adoma est curieusement invisible.

Deux heures plus tard, la rue est toujours bloquée mais l’arrivée de militants du Copaf, du Resf, de Jeudi-Noir, du NPA …, force les policiers à donner une explication : ils ont arrêté des petits revendeurs de « Tours Eiffel » et autres petits objets vendus dans les lieux touristiques en flagrant délit et procèdent à des perquisitions pour retrouver les stocks, à l’aide d’un bélier. Le commissaire du 13ème arrondissement reconnaît avoir interpellé des revendeurs en situation irrégulière, mais assure que les contrôles d’identité n’ont lieu que dans les parties communes du foyer et dans les quelques chambres des « trafiquants ». Il affirme que dans le cadre d’une enquête de flagrance il n’a pas besoin de commission rogatoire pour procéder aux perquisitions.

Pourtant, les résidents qui peuvent sortir du foyer assurent que les policiers pénètrent dans tous les logements et contrôlent l’identité de toutes les personnes présentes. Devant cette contradiction, le commissaire met fin à la discussion. Les policiers pénètrent dans les logements, contrôlent tout le monde, mais n’arrêtent que les marchands. Nous apprenons qu’une dizaine de personnes ont été amenées au dépôt du palais de justice.

Au bout de cinq heures, les résidents ne peuvent toujours pas rentrer chez eux. Les policiers laissent passer les habitants (blancs) de l’immeuble d’à côté mais aucun résident du foyer, même ceux qui ont la jambe plâtrée, ceux qui commencent le travail à 5h ou ceux qui doivent prendre d’urgence des médicaments. 200 résidents attendront près de 6 h sur les marches en face du foyer. A minuit, après l’intervention de Me Winter, avocat des résidents, la situation se débloque et les policiers partent sous les huées et les jets de bouteilles en plastique.

Traiter le foyer en territoire ennemi : un contrôle de petits revendeurs et la perquisition de quelques logements ne justifient pas de bloquer pendant six heures l’accès à un foyer où vivent près de 700 personnes, de pénétrer dans tous les logements et d’y faire des contrôles d’identité.

Même s’il est démontré que la police devait procéder à une enquête sur de dangereux marchands de « Tours Eiffel », même si elle pouvait se prévaloir de cette enquête de flagrance, assortie d’une procédure incidente pour vérifier les titres de séjour, cette façon d’intervenir, de tout bloquer, d’outrepasser le droit, de traiter tous les résidents du foyer comme de dangereux trafiquants, "c’est une logique rasciste, une quasi logique de guerre civile"

En interdisant l’accès de tous les résidents à leur logement, pendant qu’elle autorise l’accès à l’immeuble voisin, la police commet une discrimination manifeste.

En empêchant les travailleurs de manger et de se reposer, et les malades de se soigner, elle montre clairement qu’elle se moque des droits élémentaires de ces travailleurs.

Ces contrôles dans le domicile privé sont illégaux, cette entrave à la circulation est illégale, et le commissaire a enfreint volontairement la loi, afin de stigmatiser encore une fois les travailleurs immigrés, de répondre aux grèves et luttes des sans-papiers, de faire passer ces derniers non pas pour des travailleurs surexploités en lutte pour le droit et la dignité mais pour de dangereux trafiquants.

Nous n’acceptons pas de telles provocations stigmatisant une nouvelle fois les habitants des foyers et les sans-papiers.

Nous considérons la police responsable des violences qui ont fait suite à sa venue car aucune disposition n’a été prise pour dialoguer avec les résidents en colère et fatigués.

Nous demandons une rencontre rapide entre le commissaire, les délégués de résidents, les associations et les élus afin de clarifier la situation.

Associations Copaf (Collectif pour l’Avenir des Foyers), Jeudi Noir, Droit au logement, ...

Collectif Pour l’Avenir des Foyers copaf chez copaf.ouvaton.org
8 rue Gustave Rouannet 75018 Paris 06 87 61 29 77


Ci-dessous, extraits de l’article du Parisien sur l’opération de mardi soir. On y apprend que grâce à un nouvel amendement la vente à la sauvette de cartes postales, tours Eiffels et autres peut conduire à de l’emprisonnement ferme.... genre en période de crise, comment rajouter de la misère à la misère. On voit aussi les stratégies pour dresser les gens les uns contre les autres en parlant de salaires de 20000 € par semaine pour les vendeurs à la sauvette (et je passe le chapitre sur leur agressivité...)

Bref, toutes ces raisons font sans doute que ces gens qui pour la plupart ne font qu’essayer de vivre/survivre (et aident d’autres à vivre en leur envoyant de l’argent) sont en plus inculpés d’association de malfaiteurs, bandes organisées et autres joyeuseté qui peuvent permettre à la justice d’aggraver les peines, de justifier contrôles judiciaires et détention préventives.

F.

La police fait main basse sur les tours Eiffel

Opération coup de poing chez les vendeurs à la sauvette d’objets souvenirs. Trente-neuf personnes ont été interpellées et des milliers de tours Eiffel saisies.

Cécile Beaulieu

01.07.2010

Des milliers de tours Eiffel, dorées, clignotantes, en verre, petites ou grandes. Des sacs entiers de montres clinquantes, de foulards colorés et de cartes postales à la gloire des monuments parisiens. Ce butin «  made in China » de plusieurs dizaines de mètres cubes, qui aurait dû être proposé sur les trottoirs des quartiers touristiques par des vendeurs à la sauvette, est désormais entreposé dans une vaste salle du commissariat du XIIIe arrondissement.
Et cela depuis le démantèlement spectaculaire d’un réseau de trafiquants, mardi soir. Trente-neuf personnes, fournisseurs, intermédiaires et vendeurs, étaient toujours en garde à vue hier soir.
Sous la direction du parquet de Paris, deux cents policiers, notamment des VIIe et XIIIe arrondissements, accompagnés des douanes, du groupement d’intervention régional de Paris (GIR 75) et des services de renseignement de la préfecture, ont frappé mardi le centre névralgique du réseau, sur lequel ils enquêtaient depuis cinq mois : un foyer Adoma de la rue du Chevaleret (XIIIe). C’est là, au beau milieu de la cour intérieure, que douze gérants de sociétés des IIIe et XVIIIe arrondissements, d’Aubervilliers et de Noisy-le-Sec (93), tous ressortissants chinois, fournissaient en tours Eiffel et autres objets souvenirs des vendeurs à la sauvette sénégalais. Les transactions s’opéraient au foyer, où le sac de cinquante minitours était cédé à 5 €. L’unité était ensuite vendue 1 € ou 2 € aux touristes en visite à la butte Montmartre, à la tour Eiffel ou à Notre-Dame. Et jusqu’aux abords du château de
Versailles.
Avec cette vaste opération, Alain Gardère, directeur de la DSPAP, espère avoir « porté un coup déterminant à l’approvisionnement des vendeurs, qui se montrent extrêmement agressifs, à l’égard des touristes notamment ». Chaque année, entre 10000 et 12000 contraventions avec saisie de marchandise sont dressées à Paris, mais le business demeure florissant dans la capitale. Les vendeurs, dont certains gagnent jusqu’à 2000 € par semaine, sont désormais des centaines à arpenter les trottoirs parisiens, peu dissuadés, semble-t-il, par la sanction encourue : une simple contravention. Toutefois, un amendement récemment déposé par le député UMP Philippe Goujon et adopté par la commission des Lois devrait faire de la vente à la sauvette un délit passible de six mois d’emprisonnement et de 3 750 € d’amende.
Les personnes interpellées, quant à elles, devraient également être poursuivies pour infraction à la
législation sur les étrangers, aide au séjour irrégulier en bande organisée et association de malfaiteurs.


Extraits de L’Humanité 2 Juillet, 2010

http://www.humanite.fr/01_07_2010-q...

Questions sur l’opération policière dans un foyer du 13e

Un foyer de quatre cents travailleurs migrants et une rue bloqués durant six heures, plus de cent CRS mobilisés, le tout pour… un trafic de tours Eiffel miniatures  : habitants et militants s’interrogent sur les vraies motivations de cette «  descente  ».

« On ne comprend pas, ils ont dû venir pour autre chose que des tours Eiffel, mais on ne sait pas quoi.  » Deux jours après l’opération «  coup de poing  » de la police dans un foyer Adoma de travailleurs immigrés du 13e arrondissement de Paris pour démanteler un «  trafic de vente à la sauvette  », Lassana Kone, du comité des résidents de ce foyer d’un peu plus de 400 personnes venues du Sénégal pour leur majorité, reste perplexe. À ses côtés, résidents, associations et élus de l’arrondissement continuent de s’interroger. Ils devaient se réunir, hier, en fin de journée, pour rassembler leurs informations sur cette opération du groupement d’intervention régional (GIR 75).

(...)

Même les élus présents sur place n’ont pas pu obtenir davantage d’informations sur la nature de l’opération. Emmanuelle Becker, élue communiste au Conseil de Paris, attendait toujours, hier, une réponse de la préfecture sur ce déploiement policier. La direction d’Adoma elle-même déclarait n’avoir pas de détails et relayait «  la surprise  » des résidents  : «  Nous avons été prévenus par les résidents eux-mêmes, vers 20 heures, précise un responsable. La police nous a dit qu’elle nous dirait tout, mais après.  »

En tout, 28 personnes, sénégalaises et pour la plupart sans papiers, auraient été arrêtées au foyer ce soir-là – des vendeurs et cinq intermédiaires, selon la préfecture. Pour Giulia, une militante NPA présente ce soir-là, si les CRS sont restés aussi longtemps alors que les arrestations avaient été effectuées «  au plus tard à 21 heures  », c’est sans doute «  qu’ils en ont profité pour tester la mobilisation sur ce genre d’opération d’envergure, à la veille de l’été, peut-être en prévision d’autres interventions  ».

Militants et résidents ont tenu, dans le calme, jusqu’aux alentours de minuit avant que retentissent les premiers slogans. Des poubelles auraient ensuite été brûlées dans la rue.

Anne Roy

Vendeurs… et sans-papiers
La « vente à la sauvette » n’est pas un délit, mais une simple contravention sanctionnée d’une amende maximale de 750 euros.

source : L’Humanité

Au lendemain de l’opération, un point presse a été organisé par la Direction de sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP). Son directeur, Alain Gardère, évoque le démantèlement d’un trafic de vente à la sauvette (tours Eiffel miniatures, cartes postales) et l’arrestation de 39 personnes, gérants de société, intermédiaires ou vendeurs. Elles pourraient être poursuivies pour infraction à la législation sur les étrangers, aide au séjour irrégulier en bande organisée ou association de malfaiteurs visant l’aide au séjour sur le territoire national. Rien donc sur la «  vente à la sauvette », qui n’est pas un délit, mais une simple contravention sanctionnée d’une amende maximale de 750 euros.

Alain Gardère décrit des vendeurs « de plus en plus agressifs », qui achètent un paquet de 50 tours miniatures pour 5 euros pour les revendre entre 1 euro et 3 euros pièce. Ce qui, d’après les calculs du député UMP Philippe Goujon, pourrait leur rapporter jusqu’à… 2 000 euros par semaine. Un chiffre qui paraît exorbitant  : « Un vendeur de ce genre d’objets peut gagner 50 euros par jour, grand maximum », rapporte un connaisseur du phénomène. Qu’importe, le député a fait adopter en janvier dernier un amendement à la loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi 2, pas encore votée définitivement) qui crée un délit de vente à la sauvette passible de six mois d’emprisonnement et de 3 750 euros d’amende, peines aggravées lorsque le délit est commis « en bande organisée ou de manière agressive ».


http://www.rue89.com/2010/07/04/un-...

Vidéo

Un habitant filme une descente de police sous les huées

Retour en haut de la page

3 Messages

  • Le 2 juillet 2010 à 17:22, par keita

    Le gestionnaire Adoma est curieusement invisible ; ; non,,, elles etaient là les nanas de la direction Adoma , cachées sur le pont et entrain de savourer la descente,,la direction d’Adoma est complice de la police si non comment expliquer la non intervention d’adoma alors qu’il était là comme observateur et cette directrice n’est pas de ça première opération,,, commanderie,, fantaine, la duee,BONNE GRAINE ??ETC mais le COPAF JEUDI NOIR et les autrs sont très figilants à la politique de cette direction.

  • Le 3 juillet 2010 à 10:19, par Christiane

    Ce Guinéen de 28 ans, arrivé en France en 2006, se
    trouvait en situation
    irrégulière et habitait Grigny, selon une source proche
    de l’enquête.

    L’autopsie a fait état d’une mort par asphyxie,
    selon une source judiciaire.
    Une source proche de l’enquête ajoute qu’il
    n’y a pas de traces de violences.

    Selon cette même source, un témoin extérieur a vu
    l’homme courir, avec des
    policiers à sa suite, puis sauter dans la Seine
    où il s’est noyé. Lorsque les
    policiers l’ont sorti de l’eau,
    l’homme était toujours en vie, mais est décédé peu
    de temps après.

  • Le 4 juillet 2010 à 23:07, par slilstin

    bonjour voici une vidéo sur youtube de l’opération de police menée mardi 29 juin 2010 dans le 13e arrondissement de Paris

    http://www.youtube.com/watch?v=L3BJbBpr78M

Retour en haut de la page

Thèmes liés à l'article

France c'est aussi ...

0 | 5 | 10 | 15 | 20 | 25 | 30 | 35 | 40 | ... | 565

fRance / Libertés fondamentales c'est aussi ...

0 | 5 | 10 | 15 | 20 | 25 | 30 | 35 | 40 | ... | 735