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On va enfermer les enfants, même s’ils n’ont commis aucun délit ?

Elèves perdus, élèves punis : le ministre de l’Education nationale rouvre des colonies pénitentiaires

Article mis en ligne le mercredi 4 août 2010

http://journaldecole.canalblog.com/...

http://www.education.gouv.fr/cid524...

Sans aucune concertation, par une simple circulaire parue au Bulletin
Officiel (29/06/2010), le ministre de l’Education nationale décide
l’ouverture d’un nouveau type d’établissements qui devraient voir le
jour durant l’année 2010-2011. Ces établissements dits de « réinsertion
scolaire
 » (ou ERS, c’est leur dénomination officielle) s’appuient en
réalité sur des principes qui n’ont plus rien à voir avec l’école ou la
scolarité.

Il s’agit de recevoir dans le cadre d’un internat des élèves qualifiés
de «  particulièrement perturbateurs » mais dont il est bien précisé
qu’ils ne relèvent pas « d’un placement dans le cadre pénal ».
_ Cependant, s’ils ne sont pas délinquants, ils sont traités comme tels,
comme le montrent en particulier les modalités d’inscription qui vont
jusqu’à déposséder les parents de leurs droits éducatifs les plus
élémentaires : quoique l’accord de la famille soit sollicité, il n’est
plus obligatoire, en cas de refus, « une saisine du procureur peut être
engagée par l’inspecteur d’académie (…), afin que puisse être étudiée
l’opportunité de prononcer un placement. »
, un placement dont il est par
ailleurs précisé qu’il « durera aussi longtemps que nécessaire ».

Autrement dit, il ne s’agit donc pas d’inscription dans un
établissement scolaire mais d’enfermement privatif de liberté, sur
simple décision administrative, pour des élèves âgés de 13 à 16 ans qui
ne sont pas délinquants. Un arbitraire proprement ahurissant qui ne se
donne même pas la peine de respecter les règles du droit.

L’encadrement devrait être assuré par des enseignants «  sur la base du
volontariat
 », qui n’auront de fait reçu aucune formation particulière
mais aussi avec des « partenaires locaux », parmi lesquels … le
ministère de la Défense, dont on se demande bien quelles peuvent être
les compétences éducatives.

L’emploi du temps regroupe les activités purement scolaires sur la seule
matinée, le reste étant consacré à diverses occupations, qualifiées d’ « 
ateliers citoyens
 », menées en collaboration avec des partenaires
choisis notamment dans les ministères de la Justice, de la Défense et de
l’Intérieur.
Avec ce que le directeur général de l’enseignement
scolaire, auteur de la circulaire, appelle sans rire « une organisation
du temps innovante
 », on ne voit pas comment des élèves déjà en
difficulté pourraient suivre une scolarité digne de ce nom et réintégrer
le cursus scolaire normal. Ce n’est d’ailleurs pas l’objectif : il est
bien précisé que le DNB (diplôme national du brevet) ou les ASSR
(attestation scolaire de sécurité routière), exigibles de tout
collégien, ne devront ici faire l’objet de certification que « chaque
fois que cela est possible
 ». C’est donc bien d’une mise à l’écart
définitive qu’il s’agit, prélude à une «  orientation » expéditive vers
le monde du travail : si le statut scolaire est envisagé pour respecter
les formes, il est bien précisé que les plus âgés n’auront guère le
choix qu’entre le lycée professionnel et l’apprentissage.

Avec cette circulaire, on se trouve en face de quelque chose qui ne
respecte aucune des règles traditionnellement en vigueur en matière
éducative : des élèves, souvent très jeunes (13 ans…), qui n’ont commis
aucun délit, se voient ainsi enfermés d’autorité, pour un temps
indéfini, dans quelque chose qui ressemble plus à la prison ou à la
caserne qu’à un établissement scolaire. Une initiative pas entièrement
nouvelle, qui remet au goût du jour les sinistres colonies
pénitentiaires – Mettray, Aniane, Belle-Ile-en Mer – de la fin du 19e
siècle, où des générations de pauvres gosses, issus de milieux
défavorisés, passaient leur jeunesse avant d’être remis entre les mains
du patronat, soumis aux caprices d’un encadrement brutal et incompétent.

L’ouverture de ces établissements est à mettre en regard de la politique
éducative menée par le gouvernement : augmentation des effectifs,
fermeture des petits établissements, suppression des enseignants
spécialisés, remise en cause de l’éducation prioritaire, disparition de
la formation des enseignants, économies budgétaires en tout genre
ciblées sur les mouvements pédagogiques, les psychologues scolaires, la
santé scolaire. Autrement dit, une politique qui touche les élèves les
plus en difficulté et favorise l’échec scolaire, que l’on prétend en
retour combattre par des mesures aussi brutales qu’inefficaces.

Une vingtaine de ces établissements regroupant chacun 15 à 30 élèves
seraient prévus : ainsi, parce qu’on aura enfermé quelque 3 à 400
élèves, c’en sera fini des élèves qui perturbent à eux seuls le bon
fonctionnement du système éducatif. Cette initiative, annoncée sans
aucune concertation, élaborée dans le secret du cabinet par le
porte-parole du gouvernement et accessoirement ministre de l’Education
nationale, est évidemment hautement politique. Elle est le fruit du
caprice d’un président de la république et d’une partie de la classe
politique qui, avec ténacité, depuis des années, considèrent les
difficultés scolaires comme une marque de délinquance. La création de
ces écoles-prisons doit être replacée dans un contexte qui fait de
l’éducation l’otage, le jouet de considérations purement électoralistes
et de la nécessité de prendre des voix à l’extrême-droite : pendant deux
ans encore, l’Ecole doit s’attendre à voir d’autres initiatives du même
acabit, qui l’éloignent toujours plus des obligations et des principes
du service public d’éducation.

Voir aussi sur Journal d’école (05/05/2010) : « C’est Sarkozy qui fait
peur » (http://journaldecole.canalblog.com/...


Liste de travail du Collectif national de résistance à Base élèves (CNRBE).

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