Une tribune pour les luttes

Le départ de Baudelique

Juliette Speranza

Article mis en ligne le lundi 9 août 2010

Dans un contexte où les ambitions du gouvernement inquiètent les citoyens les plus sagaces, les travailleurs sans papiers de la CSP 75 ont quitté de leur propre initiative la rue Baudélique, pour se rassembler toute la journée place de la République.

Éreintés par une lutte pacifique trop peu médiatisée, les quelques 3000 occupants de l’immeuble de la rue Baudélique ont quitté les lieux, Samedi 7 Août à neuf heures trente. Ceux que l’on appelle depuis le périple Paris-Nice « les marcheurs », sont, à part quelques soutiens régularisés, des sans papiers, majoritairement travailleurs (80%). Des salariés qui, à l’instar du citoyen lambda, payent leurs impôts, respectent des horaires réguliers depuis plusieurs années, voire depuis des dizaines d’années. La subtilité, c’est qu’ils ne protestent pas contre les abus du patronat, ne cèdent jamais à la tentation de l’arrêt maladie, ou ne réclameront pas d’augmentations incongrues.

Si ils n’entendent pas baisser les armes, l’évacuation de la rue Baudélique se révèle une pause nécessaire dans un combat qui semble plus dur encore à l’heure où les propos de l’« élite » dénotent un racisme évident. Les raisons de ce départ ? Un accord, ou, selon les dires du Ministère de la régularisation de tous les sans papiers un « marchandage habituel » : « partez, et en échange l’on vous promet la possibilité d’octroi d’un certain nombre de régularisation ». Cette fois, ce sont quelques 300 convocations aux fins de régularisations qui ont été promises pour samedi, et un millier d’autres d’ici fin décembre. Un premier engagement tenu. Ce soir, plus de 300 "camarades" sont rentrés chez eux (pour ceux qui ont un « chez eux ») une convocation en poche.

Cependant, la politique actuelle, consistant à sans cesse repousser les échéances de régularisation et de chiffrer en « objectifs » des expulsions bien souvent dramatiques, divise les français, mais aussi les collectifs qui militent dans le même but. Les « oubliés » étaient samedi de l’autre côté de la place de la République, déplorant le départ de Baudélique. « Comme ils tranchent la chair vive, ils connaissent d’avance ce qu’ils vont obtenir : la division, et l’affaiblissement de la lutte. Ces sans papiers dans une attente de tous les jours depuis des longues années, humainement, ne sont pas à même de résister au mirage de la régularisation », explique Sissoko dans le « Journal de Baudélique occupé ».

Hormis une cinquantaine de militants, rares sont les Parisiens qui ont jugé utile de venir soutenir leur cause. Une incompréhension à laquelle il serait, selon Sissoko, assez simple de remédier. Le coordinateur de la CSP 75 voit le dialogue avec les « gens du cru » seul moyen d’évincer les préjugés et les craintes qui émanent davantage de la nouvelle folie xénophobe à laquelle notre pays est en proie, que de faits avérés.

Juliette Speranza

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