Une tribune pour les luttes

Mamadou Gassama, 31 ans, est mort subitement vendredi

Après 8 mois de grève, il aurait dû en principe obtenir enfin une carte de séjour.

Article mis en ligne le samedi 21 août 2010

Blog Fini de rire

http://www.mediapart.fr/club/blog/f...

19 Août 2010

Après dix ans de vie et de travail en France, plusieurs refus de titre de séjour, huit mois d’une grève historique avec les autres, ayant échappé à l’expulsion malgré un passage par la rétention, au moment où il allait sans doute être régularisé, le corps de ce courageux jeune malien l’a lâché.

Mamadou Gassama était arrivé en France à l’âge de 21 ans, le 20 juin 2000 - les migrants connaissent leur date d’entrée en France aussi précisément que celle de leur naissance...

Il était l’un des 6769 grévistes qui ont obtenu en juin 2010 un (léger) assouplissement des conditions de régularisation pour les travailleurs salariés mais sans papiers. Vivant en France depuis 10 ans et y travaillant, la loi devait, en principe, lui permettre d’obtenir une carte de séjour.

Deux de ses frères vivent en région parisienne : à Cergy (95), Makan est français, marié, trois enfants de 3 à 14 ans scolarisés ; à Paris (20ème), Moussa, son autre frère, est titulaire d’un titre de séjour de résident valable 10 ans.

En 2004 il avait tenté d’obtenir un titre de séjour pour raison de santé. En attendant que la préfecture instruise le dossier, il avait bénéficié d’autorisations provisoires de séjour. Réponse de la préfecture : refus, avec injonction de quitter le pays. Il conteste la décision devant le tribunal administratif, sans succès.

En 2005-2006, il a travaillé de nuit sur les chantiers de la RATP.

En 2008, suite à une nouvelle demande de régularisation, nouveau refus et nouvelle obligation de quitter le territoire. .

Quand il s’est joint à la grève en 2009, il travaillait dans le nettoyage. Il pointait le matin au piquet de grève de son entreprise, et puis il allait passer la journée avec ses collègues du piquet de la RATP.

Puis il a été convoqué par la police. C’était la première fois depuis son arrivée en France.

Dès lors, les citoyennes qui soutiennent la grève et les grévistes suivent de près la suite des évènements.

5 juin 2010 : "Gassama était convoqué ce matin à 11 heures au commissariat parce qu’un autre gars avait fait un faux document avec son nom pour travailler chez A... Interim en juin 2009. Les policiers lui ont montré la copie du titre de séjour falsifié où figurent son nom et son adresse, mais pas sa photo.
Gassama a dit qu’il n’a jamais travaillé chez A... car à cette date il travaillait chez S... Il a dit qu’il n’a jamais travaillé chez S... avec de faux documents mais avec la carte d’un de ses frères et que S... depuis lui avait fait en avril 2010 un "cerfa" [imprimé administratif de promesse d’embauche, ndlr] à son nom.
Ils l’ont néanmoins placé en garde à vue et à 19 h lui ont annoncé qu’il partait en rétention au Mesnil-Amelot"
.

Avec un Arrêté Préfectoral de Reconduite à la Frontière (APRF) pour viatique.

Dès le lendemain il est présenté devant le Juge des Libertés et de la Détention (JLD), qui doit statuer sur la régularité de la procédure d’arrestation. Cette dernière semble peu loyale, puisqu’il a été arrêté sur convocation pour un autre motif que le séjour irrégulier.

6 juin 2010, 20h57 : "Très longue journée pour Gassama, convoqué au JLD à Meaux à 10h.
A 13h30, SMS de son avocate Maître D. : le jugement est mis en délibéré.

Depuis j’appelais toutes les heures Gassama, qui attendait, qui attendait.

A 19h50 il me dit enfin : le juge m’a libéré !!!

Et hop !...

Mon précédent mail tout juste parti, Gassama m’appelle pour dire qu’il est en train de rentrer à la maison !

Les nullités soulevés par Maître D. ont du être très pertinentes, la préfecture n’a même pas attendu les quatre heures pour se désister de l’appel"

Depuis sa libération, il était tous les jours à la Bastille, sur le parvis de l’opéra occupé par les grévistes.

Après cet "incident" qui, somme toute, s’est à peu près bien terminé, son dossier de régularisation bientôt à la préfecture, il pouvait enfin espérer un répit.

Mais l’exil peut aussi tuer.

" Mamadou aura été un homme libre , sans papiers, mais libre car refusant la soumission à laquelle il était assigné ...

Lui et tant d’autres , d’une patience infinie , qui vivent une situation quotidienne impossible, sont un exemple de courage et de dignité ".


Martine et Jean-Claude Vernier

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