Une tribune pour les luttes

Internationaliste 13

Projet Yasuni en Equateur : vers un nouveau modèle de développement en Amérique latine ?

Article de Cathy Ferré publié dans la revue de l’Ecole Emancipée.

Article mis en ligne le dimanche 3 octobre 2010

http://www.internationalistes13.org...

Depuis 10 ans, en Amérique Latine la résistance au néolibéralisme et la recherche d’alternatives sont des réalités. Au Venezuela, en Bolivie, en Equateur, des mots tels que « socialisme du 21ème siècle », « révolution citoyenne », « état pluriculturel » sont à l’ordre du jour ainsi que baisse des indices de pauvreté, accès à la santé, à l’éducation, à la culture, au logement, projets sociaux financés par les nationalisations.

Dans la recherche de solutions à la crise climatique également, les seules propositions qui remettent en cause le modèle capitaliste viennent de ces pays, particulièrement des populations indigènes. Après l’échec de Copenhague, le 1er sommet des peuples sur le climat réuni par Evo Morales à Cochabamba a débouché sur un accord qui dénonce la logique de croissance illimitée, engage les pays développés à diminuer de 50% leur émission de gaz à effet de serre, propose la création d’un tribunal mondial pour juger les responsables des désastres écologiques et établit les droits de la «  Terre- Mère ».

Cependant, des contradictions demeurent et l’une des plus criantes est le maintien, par des gouvernements pourtant progressistes dans bien des domaines, du modèle productiviste et extractif comme source essentielle des économies nationales : pétrole en Equateur et au Venezuela, gaz naturel, minerais et lithium en Bolivie. Alberto Acosta, ex ministre de l’énergie en Equateur, explique : «  L’Équateur, le Venezuela et la Bolivie, (….) continuent à croire que via l’extraction des ressources naturelles, nous allons prendre le chemin du développement. Nous savons que ce sera impossible. Il ne s’agit pas seulement d’utiliser de manière adéquate les ressources, mais de changer ce modèle d’exportation primaire qui nous a subordonnés au contexte international ».

Ce choix économique ne permet pas la réduction de la dépendance aux exportations ni l’émergence d’industries et d’agricultures diversifiées. Il est aussi en désaccord avec la volonté de préserver la nature et de lutter contre le réchauffement climatique dû en grande partie à l’utilisation des énergies fossiles.

Mais sur ce terrain aussi, l’Amérique Latine commence à bouger !

L’Equateur, dont l’économie repose surtout sur la rente du pétrole (63,1% des exportations en 2008), lance un appel au monde afin d’entamer la transition vers un modèle de développement plus soutenable.

En effet, le gouvernement de Rafael Correa, poussé par les communautés indigènes et les mouvements sociaux, a décidé de laisser dans le sous-sol amazonien 850 millions de barils de pétrole, situés dans le Parc Yasuní, une réserve naturelle peuplée de communautés indigènes en isolement volontaire et dotée d’une très riche biodiversité. Le but est de lutter contre la déforestation, la pollution des sols, la perte de la biodiversité, la détérioration des conditions de vie des habitants et le réchauffement climatique, en évitant l’émission de 410 millions de tonnes de CO2 (soit le CO2 émis par la France en un an).

L’exploitation de ce pétrole pourrait rapporter au pays entre 5 et 6 milliards de dollars, les réserves de Yasuni représentant 20% de ses réserves totales. Y renoncer entraîne un manque à gagner très important.

L’Equateur demande donc à la communauté internationale de contribuer à hauteur de 50% du budget dont il disposerait s’il exploitait ce pétrole. « Pour la première fois, un pays pétrolier, […] renonce à ses richesses pour le bien-être de l’humanité et invite le monde à se joindre à cet effort », déclarait Rafael Correa en 2007.

« Nous faisons appel à la coresponsabilité des pays riches, qui ont pu se développer en détruisant une grande partie des ressources naturelles. Nous leur demandons de participer à la préservation de la planète », commente Tarcisio Granizo, sous-secrétaire d’Etat au ministère du Patrimoine.

Les fonds seront investis dans les énergies renouvelables, la conservation de la zone et des territoires indigènes, la reforestation, l’éducation, la santé, l’habitat et la création d’emplois en accord avec les besoins des populations locales.

L’Equateur montre ainsi qu’il ne s’agit plus de faire des discours sur les impacts du réchauffement mais d’aller vers un modèle alternatif d’économie post-pétrolière.

Ce projet a reçu le soutien d’organisations internationales, de mouvements sociaux, et de nombreuses personnalités. La Norvège et la Suisse ont aidé aux études. Mais, seule l’Allemagne s’est engagée à le financer. La Belgique, l’Espagne, la Turquie devraient y participer. La France semble lui accorder de l’intérêt mais sans plus pour le moment.

Il ne sera pas facile pour ce petit pays de résister seul aux pressions des multinationales pétrolières. Nous pouvons l’aider en pesant pour que le gouvernement français s’implique.

C’est seulement si plusieurs Yasuní se développent dans d’autres zones d’Equateur mais aussi dans d’autres pays d’Amérique Latine et du monde que nous pourrons nous diriger vers « l’éco-socialisme ».

Cathy Ferré

Pour en savoir plus et signer l’appel pour que le gouvernement français finance le projet :_ http://projetitt.vacau.com:80/wordpress/?page_id=22

en espagnol et en anglais : http://yasuni-itt.gob.ec/


Communiqué du NPA sur la tentative de coup d’état en Equateur

1er octobre 2010 :

Le NPA dénonce la tentative de coup d’Etat qui a eu lieu ce vendredi 30 septembre en Equateur et qui a échoué dès ce 1er octobre. Une très forte protestation populaire soutenue par de nombreuses organisations du mouvement social équatorien s’est manifestée massivement dans les rues. Cette tentative illustre la volonté des secteurs conservateurs et réactionnaires de l’Equateur et d’Amérique latine, d’essayer de casser tout processus d’émancipation des peuples dans ce continent.

Un secteur important de la police nationale a séquestré le chef de l’Etat Rafael Correa après que celui-ci ait tenté de convaincre les policiers d’accepter la loi sur les services publics qui avait été adoptée en première lecture par l’assemblée nationale le mercredi 29 septembre 2010. Cette loi vise à mettre fin à certaines primes des policiers et des militaires.

Lucio Gutiérrez, président d’Equateur ayant démissionné en 2005 sous la pression de mobilisations sociales et réfugié au Brésil depuis, affirmait à Brasilia que "la fin de la tyrannie de Correa est proche". Il a demandé la dissolution du Parlement. Son avocat s’est emparé de la télévision publique à Quito et a décrété l’état d’urgence qu’il a fait diffuser sur toutes les radios. Un secteur réduit de militaires a soutenu les policiers en occupant et en fermant l’aéroport de Quito. Cependant, le sommet du corps militaire a exprimé son appui au président démocratiquement élu Rafael Correa.

Le NPA condamne toute tentative de coup d’Etat d’où qu’il vienne. Nous ne pouvons pas admettre de nouveaux coups d’Etat et la mise en place de dictatures qui installent des régimes de terreur qui vont à l’encontre des mandats populaires.

Le NPA, manifeste sa solidarité avec le processus démocratique ouvert en Equateur et avec les mobilisations du mouvement social : les luttes indigènes et paysannes contre l’exploitation de leurs territoires par les transnationales, les résistances face à la criminalisation des mouvements sociaux.

La tentative de coup d’Etat ne fait que renforcer la détermination du NPA à soutenir la révolte des peuples d’Equateur et leurs aspirations à une société émancipée. Le NPA participe aux rassemblements de solidarité à Paris et ailleurs.

JAMAIS PLUS DE HONDURAS EN AMERIQUE LATINE !

NON AUX PRETENTIONS DE COUP D’ETAT EN EQUATEUR !


vendredi 1er octobre 2010

Etat d’exception en Equateur

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-10-01-Equateur

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