Une tribune pour les luttes

AFEV

Appel pour la suppression des notes à l’école élémentaire

Lettre de décembre 2010

Article mis en ligne le jeudi 23 décembre 2010

Dessin réalisé par Claudine Desmarteaux à l’occasion de la parution de l’appel dans le Nouvel Observateur

http://www.afev.fr/


Edito – Merci pour votre engagement

Avec l’appel du 18 novembre dernier, nous avons atteint le premier objectif que nous nous étions fixé, mettre en débat la question de l’évaluation dans notre système éducatif. Vous êtes déjà près de 8000 à avoir rejoint cet appel, soyez-en sincèrement remerciés. Cette forte mobilisation, démontre l’urgence d’agir contre le phénomène de la souffrance à l’école, et l’importance de créer dès l’école élémentaire un rapport plus positif aux apprentissages.

L’extraordinaire écho médiatique qui a suivi l’appel a permis à cette question de dépasser la réflexion entre courants pédagogiques pour devenir le centre d’un débat national et d’une discussion plus fondamentale sur l’école.

C’est en soi déjà un succès tant nous sommes convaincus que les questions éducatives et plus précisément la lutte contre l’échec scolaire, dont l’une des conséquences est la sortie chaque année du système sans diplôme de près de 20% d’une classe d’age, est au centre des principaux enjeux de l’école. A l’heure de la société de la connaissance, nous défendons une évaluation différente qui permette à chacun de se situer en fonction des compétences acquises et où l’accompagnement des publics les plus fragiles deviendrait la priorité absolue.

Pour signer et faire signer : http://www.suppressiondesnoteselementaire.org/

L’appel et l’étude Pisa

Comme tout débat sur les questions éducatives dans notre pays, cet appel a suscité de vives réactions. S’il a fait débat, c’est aussi qu’il interroge plus largement la question de la sélection dans notre système éducatif.

A ce titre, la publication récente des résultats de l’enquête PISA 2009 menée par l’OCDE a mis en exergue les limites de notre système encore trop élitiste au sein duquel on ne peut que constater une inquiétante prégnance des inégalités. Notre école forme ainsi de brillants élèves, peu nombreux et généralement issus de milieux favorisés, alors qu’elle peine à faire progresser tout un groupe d’élèves en grandes difficultés, majoritairement issus de milieux populaires. A titre d’exemple, le pourcentage des élèves les moins performants à l’écrit est passé de 15% en 2000 à 20% neuf ans plus tard.
Nos élèves sont aussi parmi les plus stressés et les plus inhibés (notamment face aux épreuves de mathématiques).

Ces éléments ne font que conforter l’importance et l’urgence d’une nécessaire évolution de notre système si nous souhaitons élever le niveau d’acquisition de tous les élèves. A ce titre, il nous faudra, entre autres, réfléchir à nos techniques d’évaluation afin de les rendre moins stressantes et d’en faire des outils au service de l’enfant. Il nous faudra avant tout prioriser l’accompagnement des enfants les plus fragiles.

Lire l’ensemble du rapport
http://www.pisa.oecd.org/document/2...

La suite : le débat est ouvert

Le débat sur les notes qui ouvre, on le voit, un débat plus global sur l’école pose aussi avec insistance d’autres questions qui nous paraissent essentielles : la formation des enseignants, le lien famille école, l’accompagnement nécessaire des familles, leur place dans le système et plus précisément pour celles les plus éloignées de l’école, l’accompagnement des élèves, la place des associations complémentaires de l’école…

Faire vivre ce débat, c’est aujourd’hui alimenter la réflexion et favoriser la mutualisation des expériences innovantes. Nous avons créé une adresse mail spécifique pour recevoir vos contributions, réactions… :
suppressionnoteselementaires chez afev.org

Voir les premières contributions :
« retour sur un débat » tribune de Christophe Paris directeur de l’Afev
« Evaluer un élève pour lui-même, pour l’aider à progresser » tribune de
Sébastien Sihr, Secrétaire général du Snuipp-Fsu

Signataires – Ils nous ont rejoint

Immédiatement après la sortie de l’appel à la suppression des notes à l’école élémentaire, d’importants acteurs de la question éducative nous ont rejoints, parmi lesquels :
Jean-Jacques Hazan, Président de la FCPE
Jack Lang, ancien ministre de l’Education Nationale
Thierry Cadart, Secrétaire général du Sgen-CFDT,
Luc Bentz, Secrétaire national d’UNSA Education
Eric de Saint Denis, Coordinateur du micro-lycée de Vitry (Val de Marne) et Secrétaire de la Fédération des Etablissements Scolaires Publics Innovants (FESPI).

Retrouver les témoignages et les signataires :
http://www.suppressiondesnoteselementaire.org/

Pour ceux qui souhaitent être informés tous les mois de l’actualité de l’Afev nous vous invitons à vous inscrire à notre newsletter afev news www.afev.fr



A l’issue de sa troisième "Journée du refus de l’échec scolaire", l’Afev a lancé en septembre "un appel national à la suppression des notes à l’école élémentaire, comme premier pas vers une refonte globale du système d’évaluation et de notation"


http://www.suppressiondesnoteselementaire.org/

Appel pour la suppression des notes à l’école primaire

La culture de la note est encore très présente dans l’école française, historiquement tournée vers la sélection.

Si ce modèle répondait aux exigences d’un système élitiste avant la massification scolaire, il apparaît aujourd’hui en total décalage avec l’objectif d’élévation globale du niveau d’étude.

L’obsession du classement à laquelle il répond crée, dès l’école élémentaire, une très forte pression scolaire et stigmatise des élèves qu’il enferme progressivement dans une spirale d’échec. Démotivantes, les mauvaises notes sont vécues comme une sanction et n’apportent en rien les clés d’une possible progression.

Alors que la confiance en soi est indispensable à la réussite scolaire, les conséquences de ce système sur les élèves en difficulté sont désastreuses : fissuration de l’estime de soi, absence de valorisation de leurs compétences, détérioration des relations familiales et, à terme, souffrance scolaire.

La pression scolaire précoce ne fait que nuire à l’efficacité de notre système éducatif : aujourd’hui, quatre écoliers sur dix sortent du CM2 avec de graves lacunes.

L’école gagnerait à s’appuyer sur une autre logique que celle de la compétition. Il faut qu’elle devienne pour tous les enfants une étape positive de leur construction, de leur épanouissement, du développement de l’estime de soi et de l’élaboration d’un rapport sain aux apprentissages.

D’autres modèles éducatifs ont prouvé leur efficacité. En Finlande – pays en tête des classements internationaux en matière d’éducation –, les élèves sont évalués pour la première fois à 9 ans de façon non chiffrée et commencent à être notés seulement à partir de 11 ans.

En France, les textes de loi ont déjà beaucoup évolué et ne font plus référence explicitement à la note comme système d’évaluation. Mais devant l’urgence d’apporter des réponses concrètes à la souffrance scolaire, nous devons franchir un palier supplémentaire.

Nous appelons à supprimer la notation à l’école élémentaire, qui doit devenir l’école de la coopération et non de la compétition.

Les 20 premiers signataires

Pascal Bavoux, Directeur de Trajectoires-Reflex ;
Eric Debarbieux, Chercheur ; François Dubet, Chercheur ; Jacques Donzelot, Chercheur ;
Daniel Pennac, Ecrivain ;
Marcel Rufo, Pédopsychiatre ;
Michel Rocard, Ancien Premier ministre ;
Louis Morin, Directeur de l’Observatoire des inégalités ;
Agnès Florin, Chercheuse ;
Jean-Marie Petitclerc, Directeur du Valdocco ;
Nicole Catheline, Pédopsychiatre ;
Thomas Sauvadet, Chercheur ;
Paul Robert, Principal de collège ;
Aziz Jellab, Chercheur ;
Axel Kahn, Généticien ;
Eric Maurin, Chercheur ;
Pierre Merle, Chercheur ;
Patrice Bride, Secrétaire général de Cahiers Pédagogiques ;
Boris Cyrulnik, Psychiatre ;
_Richard Descoings, Directeur de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris ;

A signer sur :
http://www.suppressiondesnoteselementaire.org/


La souffrance à l’école, à l’instar de la souffrance au travail il y a quelques années, est de ces souffrances dont on avait jusqu’ici peu parlé. La troisième édition de la Journée du refus de l’échec scolaire organisée ce 22 septembre a été l’occasion d’une mobilisation sans précédent sur cette question.

L’AFEV rejoint ainsi le combat du chercheur André Antibi qui dénonce depuis 2003 le poids excessif de la note au sein d’un système qui sélectionne par l’échec. Il a reçu en mai le soutien des parents d’élèves de trois fédérations du public et du privé (FCPE, Peep et Apel).

Ancien journaliste britannique devenu professeur à Sciences Po Paris, Peter Gumbel, père de deux filles scolarisées en France, a enfoncé le clou dans un livre paru à la rentrée : "On achève bien les écoliers" (Grasset).

Pour lui, la culture de l’école française "peut être résumée en trois mots : +t’es nul+(...) Autrefois, on l’entendait beaucoup dans d’autres pays européens, mais en Angleterre, en Allemagne et surtout dans les pays nordiques, la vieille approche éducative basée sur l’humiliation a depuis longtemps été remplacée par une vision plus positive et généreuse, qui cherche à encourager plutôt qu’à rabaisser".

L’Afev suit en soutien scolaire près de 10 000 écoliers en France cette année. Pour la troisième année consécutive, elle publie un sondage réalisé auprès d’eux par Trajectoires-Reflex, un cabinet d’études des politiques publiques . "A l’école, 43% des élèves ont souvent mal au ventre avant d’aller en classe, 24% ont le sentiment que le maître les dévalorisent et les sanctionnent, 31% pensent qu’il ne s’intéresse pas à eux, et un enfant sur deux pense qu’il ne va pas arriver à faire ce que le maître lui demande, et craint de montrer ses notes à ses parents" .
(Sondage à lire en PDF sur http://www.mediafire.com/?xx0c6sszyl932n9)

"Le système français de notation (...) est une véritable plaie qui exerce des effets nuisibles sur le moral, la confiance en soi et les performances des élèves", estime Gumbel.L’enquête Pisa de comparaison des systèmes éducatifs publiée tous les trois ans par l’OCDE, montre que les élèves français ont plus peur que les autres de se tromper, plus d’angoisse à l’école, ce qui fragilise leurs résultats.

En Finlande, pays qui connaît les meilleurs résultats éducatifs, la valeur d’un élève ne s’établit pas par rapport aux résultats des autres, mais par rapport à sa propre progression.


"L’évaluation y est pour ainsi dire toujours positive, et on y maintient une génération entière ensemble du début à la fin de la scolarité obligatoire : quand un élève a des problèmes, on le prend à part pour l’aider à les régler, mais on ne le sépare pas définitivement de sa classe"
, selon le sociologue Roger Establet, coauteur avec Christian Baudelot de "L’élitisme républicain".


Lire aussi :

Les notes à l’école, pour quoi faire ?

http://tempsreel.nouvelobs.com/actu...

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1 Message

  • Le 18 novembre 2010 à 20:24, par L’Observateur

    On a essayé de supprimer les notes en Suisse. Ça n’a pas bien marché. Ça n’affaiblit pas les bons enseignants, ni la valeur de leurs cours, mais ça n’empêche pas les mauvais de le rester, voire de devenir plus nocifs encore avec des appréciations verbales assassines.

    Depuis quelques années, la tendance en Suisse est de revenir aux notes car, si ce n’est probablement pas le moyen idéal de transmettre l’évaluation, ce n’est pas, et de loin, le plus mauvais non plus. Transmise dans le respect des personnes, la note a cet avantage d’évaluer la prestation, non l’élève. Dans notre pays, du point de vue politique, le climat passionnel et idéologique du débat sur les notes n’est guère entretenu que par la gauche.

    J’ai du respect pour votre démarche intellectuelle, même si je ne la partage pas, mais je le répète : ça ne marche pas bien dans les faits. Le parlement suédois envisage également un retour des notes, éventuellement pour 2011.

    Selon mon expérience, de nombreux professionnels de l’enseignement font une confusion sémantique entre l’évaluation à proprement parler et le moyen de la transmettre (par exemple la note). Ce n’est pas la note qui est plus ou moins subjective, c’est l’évaluation. On se trompe de cible en tirant sur le facteur.

    J’ai aussi cru comprendre qu’en France, l’abus des zéros accompagnés de commentaires assassins étaient monnaie courante. J’associe cette attitude d’enseignant à une faute professionnelle grave. Si votre démarche aboutit à la suppression de ces pratiques, ce serait déjà une grande victoire pour la pédagogie...

    Une solution intéressante consisterait à commencer à quatre jusqu’à vingt en relevant le seuil de suffisance à douze, par exemple. Les finlandais le font de 4 à 10 avec seuil de suffisance à 7. Fini les horribles zéro...

    On en revient toujours à la même conclusion : il y a les les bons profs, avec une vraie vocation, un vrai amour pédagogique et une bonne formation. Plus il y en a, mieux c’est, notes ou pas notes.

    Bon débat !

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