Une tribune pour les luttes

"Ne pas s’habituer..."

Appel à l’aide des retenus de Vincennes

+ Communiqué de presse de l’ASSFAM

Article mis en ligne le mercredi 24 novembre 2010

COMMUNIQUÉ DE PRESSE de l’ ASSFAM

Paris, le 24 novembre 2010

Il est prévu par les textes (arrêtés des 21 mai et 22 octobre 2010) l’existence de trois centres de
rétention administrative (1, 2 et 3) à Paris 12e (communément appelés Vincennes). Selon le cahier
des charges auquel a répondu l’ASSFAM, un centre provisoire 1 bis devait fermer à l’ouverture des
nouveaux centres 2 et 3, chaque centre ayant une capacité de 60 places, soit 180 places au total.

Les CRA 2 et 3 ont ouvert respectivement les 4 et 15 novembre 2010. Toutefois, le centre provisoire
1 bis fonctionne toujours.

A la date du 23 novembre 2010, les effectifs étaient de 179 retenus sur quatre centres pour 180
places prévues sur trois centres. L’ASSFAM s’interroge sur la légalité du maintien à ce jour du centre
provisoire dont la fermeture définitive ne serait prévue que pour la fin du premier trimestre 2011.

L’occupation du CRA 3 a été réalisée très rapidement, ce qui n’a pas été sans entrainer des difficultés
pour assurer l’aide à l’exercice effectif des droits des personnes retenues.

Ces derniers jours, la tension est montée au sein des centres jusqu’au moment où des retenus,
n’ayant pas pu accéder au service médical, ont dégradé les sanitaires et cassé une fenêtre avant de
s’échapper.

L’ASSFAM a alerté la préfecture lors d’une rencontre le 17 novembre 2010 ainsi que le Contrôleur
général des lieux privatifs de liberté le 19 novembre 2010. Ces deux dernières semaines, l’ASSFAM a
été amenée à transmettre au procureur de la République cinq plaintes de retenus.

L’ASSFAM souhaite vivement un retour à la normal au sein des trois centres 1, 2 et 3 ainsi que la
fermeture du centre provisoire 1 bis, comme cela est prévu par les textes.

Contact : Christian LARUELLE 06 69 21 81 75

ASSFAM 5, rue Saulnier 75009 Paris

www.assfam.org


Jeudi 25 novembre

Samedi, 15h, Vincennes, balade au bois

Le week end du 20 et 21 novembre, plusieurs sans-papiers enfermés au
centre de rétention de Vincennes se sont révoltés 2 nuits d’affilée.

Lors de ces mouvements de protestation au cours desquels des policiers
auraient été blessés et du mobilier endommagé, 7 personnes qui devaient
être expulsées le lendemain se sont évadées. Une partie d’entre elles a
malheureusement été rattrapée et certaines tabassées. D’autres ont
réussi à se faire la belle, souhaitons leur bonne route.

En juin 2008, après plusieurs mois de révoltes, le centre de rétention
de Vincennes avait entièrement brûlé lors d’une émeute. A chaque fois
qu’un centre de rétention est détruit par les prisonniers, il est
reconstruit. Toulouse, Bordeaux, Nantes... Les exemples ne manquent pas.

C’est logique, les centres de rétention comme les frontières, sont
indispensables à la mise en oeuvre des politiques de contrôle des flux
migratoires.

A Vincennes, les 280 places d’enfermement parties en fumée en juin 2008
avaient porté un coup à la machine à expulser : moins de places en
rétention c’est tout de suite moins de rafles et moins d’expulsions.

L’Etat ne s’y trompe pas et seulement 5 mois après l’incendie, un
premier bâtiment de 60 places se dressait au même endroit. Très vite, un
deuxième bâtiment a ouvert et la semaine dernière la troisième partie de
la prison a été inaugurée, portant la capacité d’enfermement du centre à
180 places. Avant d’être effectif, l’agrandissement de Vincennes était
visible dans la rue puisque la semaine dernière les rafles se sont
multipliées que ce soit à Montreuil, à Barbès, gare du nord, la
chapelle, Belleville, BNF dans le 13ème.... Du coup le centre de
rétention est déjà plein.

Contre les rafles, l’enfermement et les expulsions, en solidarité avec
les prisonniers du centre de rétention de Vincennes, retrouvons nous
nombreux samedi à 15h pour une casserolade devant le centre de rétention.

(Source : indymedia Paris)


Mardi 23 novembre

Nous, les sans-papiers du centre de rétention de Vincennes appelons à l’aide car en plus de l’expulsion injuste qui nous attend, les policiers nous maltraitent. En effet, toutes les nuits et même pas à heures fixes, il y a un appel de nos noms par le haut-parleur qui nous oblige à nous réveiller en plein sommeil (ça fait bien rire les policiers). Certains d’entre nous ont des blessures ou des maladies et on nous refuse tout accès aux soins médicaux. Qu’on ait des problèmes rénaux, intestinaux ou des maux de tête, c’est Dafalgan et « Va dormir ! » pour tout le monde.

Nous n’avons ni écoute, ni négociation par rapport à des gens qui ne devraient pas être ici. Par exemple, l’un d’entre nous est depuis 24 ans en France. On veut parler avec des responsables de nos situations et savoir pourquoi nous sommes emmenés directement de la garde à vue du commissariat au centre de rétention sans voir un juge.

Nous appelons les Français à se rassembler devant le centre de rétention ou à faire des actes de solidarité demain mercredi à 20 heures et tous les soirs qui suivront pour nous donner du courage à l’intérieur. Nous sommes en lutte et observons presque tous une grève de la faim.

Pour nous joindre :

01 45 18 12 40,

01 45 18 02 50

L’association SôS soutien ô sans-papiers entend être un outil au service des sans-papiers enfermés afin qu’ils puissent faire entendre leur voix. SôS appelle à la poursuite de la mobilisation au centre de Vincennes et dans tous les autres centres de rétention en France et en Europe. Fermeture immédiate des centres de rétention Des papiers pour tous Libre-circulation, libre-installation

SôS


Centre de Rétention de Vincennes,

Lundi 22 novembre 2010

Témoignage d’une personne retenue au centre 1 (par téléphone) :

« Ce week-end, il y a trois personnes qui ont essayé de s’évader. Y’en a un qui s’est fait attrapé. Et les flics, ils l’ont massacré. Ils se sont échappés parce qu’ils avaient un vol le lendemain et c’est des gens qui n’ont personne dans leur pays. Ils ont perdu le contact avec leurs familles. Ils n’ont vraiment pas envie de rentrer, surement. C’est pourquoi ils ont fait ça. En plus, la bouffe, ici, c’est de la merde, c’est sale, c’est vraiment la merde. Franchement c’est galère !

Ils ont refusé de voir le médecin parce qu’ils n’ont pas de problèmes de santé, je pense. On en a rien à foutre des médecins. On, ils veulent la liberté. Voilà c’est tout ! Quand on va voir le médecin, ils nous posent des questions, si on a des problèmes, si on est suivi par des médecins dehors, quels médicaments on prend, par exemple. Moi par exemple, je fume beaucoup de shit, pas beaucoup d’alcool et j’utilise des cachetons. Le médecin a dit « ok ,on va vous donner des traitements » et la j’attends, je commence à être stressé. C’est pas bien...

Ici, y’a des médicaments qui calment, qui endorment, et un médicament qui rend fou. Y’a des gens ici qui n’ont pas l’habitude et dès qu’ils le prennent, ils deviennent fou, ils sont plus les mêmes. Les médicaments qu’ils donnent le plus, c’est du valium, et rivotril, des trucs comme ça quoi ! Des trucs qui te mettent en dehors de toi. T’es plus le même après, t’as plus de tension, t’es déprimé. Pour les gens qui n’ont pas l’habitude, c’est dangereux quand même. Ils peuvent faire n’importe quoi. C’est grave quoi !

Ils ont posé des questions au groupe (les évadés), « pourquoi vous ne voulez pas voir le médecin ? » ; Normalement, c’est pas obligé de voir le médecin. À l’arrivée, c’est obligé. Peut-être qu’ils l’ont déjà vu. Qu’ils ont pris des trucs. Ça les a rendu malade. Peut-être que c’est pour ça. Ils ont refusé de faire la même chose.

Les gens qui se sont échappés en avaient marre d’être ici. Ça faisait trente jours, d’autres vingt-cinq jours qu’ils étaient ici. Toujours la même bouffe. Il y en a qui ont maigri. Ils ont perdu des kilos avec le stress, et tout ça. Les gens n’ont pas l’habitude, en plus avec la bouffe de merde ! Y’en a qui ont vu que le lendemain ils avaient un vol. Y’en a qui sont devenus fou. Y’en a qui sont suicidaires aussi. Ils préfèrent mourir que rentrer chez eux. Parce que là bas, ils n’ont personne. Ils n’ont pas de famille. Ils vont crever de faim là-bas. Je te dis franchement, ici on mange. Même si t’as faim, tu vas n’importe où, à l’armée du salut, n’importe où, tu manges. Là-bas, il y a rien.

Même rentrer comme ça, sans rien, même pas d’affaires, même pas de sous. Franchement, ça fait mal au cœur. Si le mec il rentre tout seul avec son propre argent, avec sa femme et tout ; ou tout seul avec son argent, ça va. Mais rentrer comme ça, pas un euro en poche, pas de sape, rien du tout, les gens vont se foutre de sa gueule. Ça va mal se passer là-bas. Il va être obligé de péter un plomb, même tuer quelqu’un ! Et finir sa vie en prison, ça c’est sûr. Et c’est déjà arrivé. Rentrer comme ça, pas un sou, c’est la misère. Y’a des gens, ça fait quinze ans qu’ils sont ici et rentrer comme ça du jour au lendemain, c’est impossible !

Lors de l’évasion, y’a eut plein de renforts de police. Y’en a qui se sont fait attraper sur l’autoroute. Y’en a qui ont réussi a s’échapper. Les flics, ils courraient partout. Mais c’est les policiers d’ici, des frontières (police aux frontières), qui étaient dans le centre. Y’en a pas d’autres qui sont rentrés.

Pour s’évader, ils ont réussi à casser une vitre. Les vitres, ici, elles sont incassables, je sais pas comment ils ont fait. Ils ont réussi à forcer le grillage petit à petit ; et voilà, ils se sont échappés. Ils ont grimpé aux grillages. Ils se sont fait du mal parce qu’y a des trucs qui piquent au grillage mais ils en avaient rien à foutre. Ils voulaient s’échapper et ils ont réussi. Par la vitre, il y a trois personnes qui ont réussi à s’échapper vendredi soir. Et samedi aussi, il s’est passé des choses, mais dans l’autre centre. C’est des bâtiments séparés. C’est cinq personnes qui ont essayé de s’échapper et deux ont réussi. Vendredi ça s’est passé dans le bâtiment un et, samedi dans le deux.

Moi, là, je suis passé en jugement ce matin. Ils m’ont donné quinze jours. Ce sont mes premiers. Après, ils vont me donner encore quinze jours. Ça va faire quatre jours que je suis ici. Ils m’ont arrêté comme ça. Contrôle dans la rue, dans le 19ème à paris. Je rentrais du travail. On était en train de discuter avec des potes et là ils sont venus : « Bonsoir monsieur, Contrôle d’identité... ». Mes potes avaient leurs papiers, pas moi. Ils m’ont embarqué. Vingt-quatre heures de garde-à-vue. Et voilà !

Moi ça va faire dix ans que je suis ici. j’ai toutes les preuves. J’ai tout ce qu’il faut. J’allais poser mon dossier à la préfecture. J’étais en train de faire des démarches. Mais là pas de chance. C’est la deuxième fois que je vais au centre de rétention. La première fois, c’était au mois de septembre. À Palaiseau. J’ai passé quatorze jours là-bas et ils m’ont laissé sortir. Ils m’ont donné une feuille comme quoi j’étais obligé de quitter le territoire français dans les meilleurs délais, mais j’ai pas eu le temps d’économiser pour me payer un billet. Je travail comme ça, au noir. Je me disais partir quelques mois, comme ça. J’ai un peu de famille en Belgique. Passer quelques mois là-bas, juste histoire d’oublier et me faire oublier et ensuite revenir, faire les démarches, tranquille. Je me suis dit que peut-être pour le nouvel an et la nouvelle année, ça va changer. Mon OQTF, elle va plus fonctionner. Mais bon, de toute façon, voilà, là je suis ici. Malheureusement j’ai pas eu assez de temps.

Là, on est au moins soixante-dix ou quatre-vingt. On est dans des chambres de deux et quatre personnes. C’est petit. Les toilettes elles sont dehors. C’est la merde. Ça pue. C’est la misère. Y’a pas d’moral. Ça maigrti. Ça mange pas bien. Y’a des gens qui font la grève de la faim. Là, y’a un gars, ça fait quinze jours qu’il n’a pas mangé. Il a maigri. Il a perdu je ne sais pas combien de kilos. Franchement, il ne mange plus rien. Il a maigri. Juste il fume et il boit le café. C’est tout. Il ne fait que ça. Je lui ai dit « arrête ! ». Il m’a dit « je m’en fous. Il faut que je sorte d’ici, j’ai pas envie de rentrer au bled », tout ça... Il se fait du mal juste pour sortir. Il a maigri, truc de ouf, on dirait je sais même pas moi... »

+++++


Centre de rétention de Vincennes, lundi 22 novembre 2010

"Aujourd’hui, il y a eu une bagarre parce qu’un mec voulait aller au
coffre pour rechercher son argent mais on a pas voulu le laisser y aller.
C’est l’argent qu’on dépose au coffre et qui nous permet d’acheter les
cigarettes, tout ça. Normalement vers 15h on nous laisse aller le
chercher.
Au bout de 2 heures le mec s’est énervé parce qu’on ne le laissait pas y
aller, il a tapé sur les vitres. 4 policiers sont sortis. Ils ont coupé la
lumière pour que les caméras filment pas. C’était dans la salle télé. Ils
l’ont tapé. Il y avait la dame qui est engagée par la police pour faire
l’intermédiaire entre nous et la police, elle fait partie d’une société
privée, c’est eux qui nous placent dans les chambres quand on arrive au
centre, elle était en train de regarder.
Ils lui sont tombés dessus à 4. Il a mal au bras mais on veut pas le
laisser voir le docteur. Il a mal au bras et comme il est musicien c’est
embêtant. On ne sait pas si son bras est cassé. Il a porté plainte contre
les flics auprès de l’ASSFAM.
Ce matin les flics sont venus à 5 pour prendre un mec. Ils l’ont
entièrement attaché pour l’emmener dans un avion pour Madrid"

+++++====

VINCENNES/ suites.

CRA1
Une grève de la faim aurait commencé aujourd’hui au CRA 1 ,elle est suivie
par une dizaine des retenus .

* Le CRA 1 : 60 retenus
* Le CRA D : 18 retenus (en voie de fermeture)
* Le CRA 2 : 51 retenus
* Le CRA 3 : 45 retenus.
A ce jour, 174 retenus sont présents sur quatre centres pour un effectif
maximum de 180 retenus sur trois centres.

Violences :
Une plainte a été déposée hier par un détenu, tabassé par un flic.
Mais avant de le taper au visage et au poignet , "précautions " nécessaires
 :éteindre les lumières !
Efficace , les vidéos on plus de mal à enregistrer et rendre les images des
violences de policiers sur un détenu...

Coups au visage et au poignet , le médecin lui a simplement fait un
pansement, et comme à tous : distribution d’un doliprane : ceci quelque
soit la pathologie !

Les retenus, sont révoltés , la colère gronde par leur maintien en
rétention ( pour certains plus de 32 jours) alors qu’ils ont entre 8 et 10
ans de présence pour beaucoup,et dans l’ensemble 5 ans de feuilles de
salaire !
Ils ne supportent plus la violence de leur vie cassée soudainement : la
colère gronde , elle ne se contient plus.

La politique du chiffre explose, et les CRA en implosent.

Fermeture des CRA.

fermeturetention chez yahoo.fr


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