Une tribune pour les luttes

Témoignage du jeune lycéen Oussama après son expulsion vers la Tunisie.

Article mis en ligne le dimanche 12 décembre 2010

Pétition :

http://www.educationsansfrontieres.org/?page=article&id_article=32963


Oussama doit pouvoir revenir en France auprès de sa famille et continuer ses études

Oussama BENBRAHIM, habitant à Meaux (77) et élève en 1ère au lycée professionnel Auguste Perdonnet de Thorigny (77240) a été violemment expulsé de France le samedi 4 décembre 2010. Ce garçon de 18 ans vit avec son père qui est en situation régulière et travaille en France depuis des années. Le ministre de l’immigration et le préfet de Seine-et-Marne ont fait preuve d’un véritable acharnement à l’expulsion d’Oussama.

Nous militants d’associations, de partis politiques, citoyens, demandons :

- Qu’Oussama puisse revenir en France, que sa sécurité et celle de sa famille soient garanties, au nom du droit de vivre en famille (regroupement familial) et du droit à la scolarité, dans le cadre de l’aide sociale à l’enfance (à laquelle il est éligible jusqu’à 21 ans), et des valeurs de la République.

- Qu’une enquête et des sanctions soient prises contre les auteurs des violences exercées contre Oussama Ben Brahim.


http://www.educationsansfrontieres.org/article32983.html

10 décembre 2010

Témoignage de Oussama :

Bonjour tout le monde,

Je suis Oussama Ben Brahim,

Là je vous parle en ce moment, après que je me suis reposé dans ma famille, je vais vous raconter tous les détails de la période de mon arrestation le 22/11/2010 à 19 heures à la gare de Meaux, là où je suis en train d’attendre le bus pour retourner chez moi. Cinq agents de police crs sont venus vers moi, ils ont demandé la pièce d’identité, je leur fais voir ma carte Navigo, et le certificat de présence scolaire. Ils m’ont demandé de monter avec eux, j’ai répondu que j’avais des cours demain, alors ils m’ont emmené en garde à vue, à Meaux. Le lendemain, vers 16h30, ils m’ ont pris vers le centre de rétention du Mesnil- amelot, jusqu’au 24/11/2010, jeté au tribunal.

j’ai vu l avocat d office, il ma annoncé que puisque je n’ai pas mon passeport, j’ai le droit de rester au centre que 15 jours, après, je lui dis que je suis élève au lycée, et je veux continuer mes études, à côté de mon père, il ma demandé des justifications, j’ai répondu qu’ils sont avec ma tante, il l’a appelé et ma tante lui a donné tout ce qu’ il faut.
après le juge a vu le dossier, elle m’a annoncé 15 jours d arrêt au centre, pour attendre la réponse du consulat tunisien et que je peux faire appel, et après elle a donné la parole à l’avocat d office, et j’ai rien compris de ce qu’ il a dit, il parle vite, en plus, il n’a pas fait voir les documents nécessaires, que je suis élève, après elle ma donné la parole, puisque c’est ma 1ère fois au tribunal, alors je n’ai pas pu parler. Les policiers m’ont ramené et à mon arrivée au centre, j’ai senti des douleurs à mon estomac. J’ai prévenu l’infirmière du centre que je suis vraiment malade, mais ils m’ont rien donné comme médicaments ou calmants, le soir du 26/11/2010, j’ai vraiment eu mal et l’un des mes collègues m’a trouvé sur le sol aux toilettes.

Vers 21h, mon collègue du centre m’a ramené vers mon lit, après il est parti pour prévenir les agents , ils sont venus après 1 demi heure, ils m ont demandé au début où j’ai mal et ils m’ont dit qu’ ils vont appeler l’ambulance. Vers 23h30, ils m ont emmené aux urgences, j’ai fait 1 radio, le médecin m’a donné 2 bouteilles de médicaments pour m’aider à aller aux toilettes et ce dernier a demandé aux agents si j’ai le droit de prendre ces médicaments là-bas au centre, ils ont répondu par oui. Le traitement du médecin, c’est d’utiliser 1 bouteille le soir même, et l’autre pour le lendemain. Après l’arrivée au centre, le chef du groupe des agents m’a donné 1 seule bouteille. Le lendemain j’ai demandé à l’infirmière si je peux avoir mes médicaments, elle m’a donné les cachets, mais elle a refusé de me donner la bouteille, c est-à-dire le reste du traitement, alors la douleur de l’estomac existe toujours. Le 28/11 vers 22h, j’ai eu des douleurs vraiment horribles, à cause de ne pas avoir terminé le traitement, puisqu’ils ont refusé de me donner le reste du médicament. Comme d’habitude 1 de mes collègues les a appelés, pour leur dire que Oussama est dans 1 état grave et vous savez, Monsieur ou Madame, ça a été quoi la réponse ? On va pas te ramener tous les soirs, on n’a pas que toi à s’occuper. Après 20 mn, j’ai vomi du sang et pour la 2ème fois, mon collègue les a appelés. Quand ils ont vu mon état, ils m’ont ramené avec leur voiture du travail vers l hôpital, j’avais mal c’est vrai, mais vous savez que le conducteur n’a pas son permis de conduire, c’est son collègue qui l’a annoncé. A l’hôpital, le médecin d’urgence m’a dit que j’avais toujours la même maladie, il ma donné le même médicament, 2 bouteilles, je lui ai annoncé que les agents ont refusé de me les donner, le chef m’a agressé, comme quoi j’ai gâché leur temps et il m’a insulté. J’ai dormi sur sol je n’ai pas trouvé mon matelas et ma couverture, alors j’ai pris une bouteille à ma rentrée au centre et le lendemain on m’a donné la 2ème, qui a été refusé la 1ère fois.

Après ils ont affiché la date de mon vol, qui sera le 3/12, ils m’ont pris vers 7h du matin pour le vol à 12h35 , j’ai été là-bas en garde à vue, 1 agent policier civil est venu vers moi, c’est un tunisien d origine, il m’a menacé si je refuse ou quoi que ce soit, il va me faire du mal, et toutes ces associations qui me soutiennent c’est que des conneries. Vers 10h30 ils m’ont ramené menotté vers l avion, dès mon arrivée, le pilote n’a rien dit. Alors j’ai commencé à crier que je veux rester en France, alors l’ agent d’ origine tunisienne que je vous ai parlé, il ma pris par mes vêtements, et il m’a tapé contre le côté de l avion avec ma tête (ma tante a la photo du coup de ma tête ) je me suis mis debout, le même agent m’a pris et m’a balancé sur le siège de l’avion, et sur ma tête de nouveau, en m’insultant avec des mots honteux. J’ai perdu la conscience, quand je me suis réveillé, 1 de ces agents m’a serré le cou, je ne me rappelle plus si c’est 1 corde ou 1 ceinture pendant quelques minutes, où j’ai mal respiré, et je croyais que j’allais mourir. Ils ont attaché mes pied avec du scotch, quand le pilote a vu tout ca, il a refusé de me laisser dans l’avion, l’agent d origine tunisienne que je vous ai parlé a voulu pousser le pilote à me laisser dans l’avion dans l’état où j’étais , le pilote a refusé de nouveau, alors cet agent a dit à ses collègues, qu’ il va faire son rapport et il va dire que le pilote est avec les associations.

Je suis retourné de nouveau au centre, j’ai pas trouvé ma place où j ai été, alors c’est moi qui ai cherché tout seul 1 lit pour dormir, puisque mon retour n’était pas organisé. Le lendemain vers 3 heures du matin, ils sont venus pour me prendre à l aéroport pour la 2ème fois, vers 7 heures ils m’ont annoncé qu’il n’y a pas de vol, ils m ont ramené au centre de nouveau. Le chef du centre a refusé de m’accueillir, ils ont appelé l’officier de la préfecture, il a répondu qu’ il va chercher 1 vol tout de suite (avec tout ça j’ai rien mangé). Vers midi, ils m’ont annoncé qu’ils m’ont trouvé 1 vol à 16h10, et q u’ils vont me ramener en garde à vue l’aéroport pour attendre le vol et là-bas, 1 agent de police en civil est venu vers moi pour me dire et me conseiller de rentrer chez moi dans mon pays, que c’est mieux pour moi. Vers 14h ils m’ont mis les menottes très serrées, lorsqu’on est arrivé, ils m’ont dit que l’avion va faire 1 retard, j’étais toujours menotté depuis 14h. Vers 18h ils m’ont embarqué dans l’avion où il n y a aucun passager, j’ai parlé au pilote que je suis malade, et mon souhait c’est de continuer mes études, il m’a répondu qu’ il ne peut rien faire. Quand j’ai été debout, les agents ont commencé à me taper avec les mains et les pieds, je commence à crier, à leur dire que je suis malade, et que j’ai envie de rester en France avec mon père et continuer mes études. L’un de ces agents m’a demandé t’as mal où ? je lui dis au ventre, il m’a donné 1 coup avec son genou qui m’a fait trop mal, je suis tombé et j’arrivais pas à respirer, alors ils m’ont attaché partout, avec les menottes très serrées, ils ont attaché mes pieds aussi, ils ont mis du scotch sur ma bouche, mais le plus grave est que le pilote de l’avion était présent, alors avec toute cette violence, j’ai rien pu faire, même pas crier ou bouger. Quand j’ai pris conscience, l’avion déjà parti au ciel, alors c’était fini pour moi. Après ils ont enlevé les menottes, ça sert à rien après.

Dès mon arrivée mon père m’a emmené aux urgences quand il a vu ma situation.

Cela est mon histoire, Monsieur, Madame ; Mademoiselle, excusez-moi si j’ai mal écrit, il y a des trucs passés que je me rappelle pas pour le moment.

Mon souhait c’est de rejoindre mes collègues, mes amis, mes copains, à côté de mon père.

Je vous remercie du fond de mon cœur, là je vous écris et les larmes coulent de mes yeux, ce qui m’est arrivé est horrible, je n’ai fait de mal à personne, au contraire j ai aimé tout le monde, pourquoi ça m’arrive à moi ? Je n’ai pas le droit d avoir une vie normale comme tout le monde ? Au moins d’être bien traité comme être humain, même si je pars vivre dans un autre pays.

De nouveau je m’excuse pour la façon que j’écris, j espère que j’arriverai à réaliser mon rêve, mais avec vos soutiens. Merci



Communiqué de presse : "On vole sa jeunesse à Oussama"

Oussama BEN BRAHIM, jeune tunisien de 18 ans, élève du lycée professionnel Auguste Perdonnet à Thorigny (77240) a été arrêté le 21 novembre 2010, puis enfermé au Centre de Rétention Administratif (C.R.A.) pour étrangers du Mesnil-Amelot.

Ce garçon vit avec son père qui est en situation régulière et vit et travaille en France depuis des années. Mr Ben Brahim ne parvient pas à ce que sa famille le rejoigne et il s’était résolu à faire venir au moins l’un de ses enfants pour vivre quelques années avec lui et lui faire suivre des études. Où est le délit ? Qui ne ferait la même chose ?

Mais Mr. Sarkozy, Président de la République, Mr. Hortefeux, Ministre de l’intérieur et de l’immigration
ainsi que Mr. Drevet, Préfet de Seine-et-Marne sont restés insensibles à nos requêtes (demandes d’audience, recours grâcieux,...).

Malgré de nombreuses interventions de militants d’associations, des élus de la Région Île–de- France et du département, auprès du Ministère de l’Intérieur et de l’Immigration et du Préfet de Seine-et-Marne, Mr Drevet, ce dernier a maintenu sa décision : Dehors Oussama !

Cela s’est traduit d’abord par un acharnement à l’expulsion : Cette décision a été appliquée avec zèle par la Police de l’Air et des Frontières (P.A.F.).

Ce garçon de 18 ans a été monté de force dans un avion trois fois en 36 heures mais par deux fois il a refusé d’être expulsé, aidé au moins une fois par le commandant de bord de l’avion. Il voulait rester en France, vivre avec son père, continuer ses études. Il a été frappé violemment (il en porte les marques), insulté et terrorisé. A son arrivée à Tunis, samedi, il a été conduit aux urgences de l’hôpital.

Il n’est pas possible de rester insensible à de telles pratiques, d’autant que ce n’est pas un cas isolé. Il faut que cessent ces violences pratiquées sur des personnes menottées, parfois ligotées et bâillonnées. Il faut que cesse ces expulsions décidées contre toute humanité et contre toute logique.

Nous demandons :
- qu’Oussama puisse revenir en France, que sa sécurité et celle de sa famille soient garanties, au nom du droit de vivre en famille (regroupement familial) et du droit à la scolarité, dans le cadre de l’aide sociale à l’enfance (à laquelle il est éligible jusqu’à 21 ans), des valeurs de la République.
- qu’une enquête et des sanctions soient prises contre les auteurs des violences exercées contre Oussama Ben Brahim.

Nous sommes aux côtés d’Oussama, pour qu’il puisse vivre et étudier avec ses camarades du Lycée Professionnel Auguste Perdonnet de Thorigny, et auprès de son père.

signataires :
Attac 77 Nord, l’ASDHOM (Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc), ATMF (Association des Travailleurs Maghrébins de France), CNT (Confédération Nationale du Travail), CRLDHT (Comité pour le Respect des droits de l’homme en Tunisie), FTCR (Fédération Tunisienne des 2 Rives), FASE (Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique), PCF 77, PG 77, RESF 77, Union des Familles Laïques de Seine-et-Marne.

*Elu-e-s :
Michel Billout, Sénateur de Seine-et-Marne,
Pascale Le Néouannic, président du groupe front de gauche & Alternatifs à la Région Ile-de-France
Jean-François Pellissier, Conseiller régional de Seine-et-Marne,
Corinne Davault, conseillère municipale à Thorigny sur Marne.


Contacts Presse :
RESF 77 : Yves Terrenoire, yvesterrenoire chez wanadoo.fr ; 06 07 40 74 17 ;
Mairie de THORIGNY-sur-Marne : 01 60 07 89 89 ;
Damien Pernet, Professeur au Lycée Professionnel Auguste Perdonnet de Thorigny, représentant des personnels du Lycée,damien.pernet chez aliceadsl.fr ;
Parti de Gauche : Anthony P. Whitney, Com’Inter’ chargé de la Tunisie, anthony.whitney chez free.fr ; 06 73 45 60 56

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