Une tribune pour les luttes

Le blog de Gérard Filoche + BASTA !

La plus grande insécurité, c’est au travail.

"700 accidents mortels, 400 suicides par an, 4500 handicapés, ... Plusieurs millions de salariés sont exposés à des produits cancérogènes, mutagènes ou toxiques."

Article mis en ligne le samedi 18 décembre 2010

Basta !

Cancers professionnels : quand le travail tue

Par Nolwenn Weiler (14 décembre 2010)

http://www.bastamag.net/article1348.html

« On a mis la médecine du travail sous la tutelle du patronat »

Par Nolwenn Weiler (8 décembre 2010)

http://www.bastamag.net/article1337.html


http://www.filoche.net/2010/12/13/a-15-ans-broye-dans-un-petrin/

À 15 ans, broyé dans un pétrin

Que ne nous dit-on pas chaque jour sur TF1 à propos de « l’insécurité » et des « victimes » ?

Prenons les victimes d’accidents du travail : elles sont, du point de vue de la réparation, moins bien protégées que les victimes d’accidents de droit commun. Ce fut le cas en 2001 lors de l’explosion d’AZF à Toulouse : les familles des salariés tués et blessés ont reçu moins d’argent «  réparateur » que les automobilistes touchés à côté par la conflagration. Les dispositions de l’indemnisation des victimes du travail sont moins fortes que celles des «  victimes » en général. Une maigre compensation existait, à savoir que les indemnités journalières des accidentés pendant leur arrêt de travail forcé n’étaient pas imposées : elle a été scandaleusement qualifiée de « niche fiscale » et supprimée, on s’en souvient, en 2009, par la majorité UMP.

Pourtant, c’est au travail que l’insécurité est la plus forte : 700 accidents mortels, 400 suicides par an, 4500 handicapés, 650 000 arrêts de travail. Le nombre officiel des maladies professionnelles reconnues a explosé : 13 658 en 1996, 52 979 en 2005. Plusieurs millions de salariés sont exposés, sans protection, à des produits cancérogènes, mutagènes ou toxiques.

C’est le résultat de politiques d’entreprise, pour lesquelles les coûts sociaux doivent être compressé en privilégiant la sous-traitance et en intensifiant le travail comme jamais. Face à cela, ni l’inspection du travail ni la médecine du travail n’ont les moyens d’assurer leurs missions.

Alors que le simple voleur de sac à main est condamné à 6 mois de prison ferme devant le moindre tribunal correctionnel en comparution immédiate, l’employeur accusé d’homicide dit involontaire à l’égard de son salarié, après des années d’instruction, est condamné – quand il est déclaré coupable – à quelques mois de prison avec sursis. La mise en danger délibérée d’autrui par des choix économiques bénéficie d’une incroyable mansuétude. Les employeurs qui fraudent le Code du travail ne sont pas sanctionnés comme de véritables délinquants.

Ce fut le cas pour Jérôme Bianco, 32 ans, victime le 2 août 2006, d’une chute mortelle de 6 mètres faute de garde-corps installés : c’était une faute « inexcusable » de l’employeur, mais le procureur, 4 ans après, ne requerrait encore que 6 mois de prison avec sursis et 3 750 euros d’amende.

Dans ces conditions, qui réparera jamais la mort de cet adolescent de 15 ans le 15 novembre 2010 à Mulhouse, broyé dans le pétrin d’une boulangerie où il effectuait un « stage d’observation », le collégien, laissé seul, ayant eu le bras happé par la machine au moment où il se penchait au fond du pétrin pour le nettoyer ? Sinon en condamnant MM Chirac, de Villepin, Sarkozy et l’UMP, qui, en août 2005, sous pression du Medef, rétablirent l’apprentissage à 14 ans au lieu de 16 et la possibilité, comme au XIXe siècle, pour des enfants de 15 ans, de travailler de nuit et de dimanche ?

Gérard Filoche

La Fondation Copernic a lancé l’appel «  travailler tue en toute impunité, pour combien de temps encore ? » avec Michel Bianco père de Jérôme Bianco
http://www.fondation-copernic.org/spip.php?article246



Pour signer la pétition

http://www.fondation-copernic.org/petition/index.php?petition=3

Le constat est sans appel : le travail rend malade et tue tous secteurs et toutes catégories professionnelles confondues. Le nombre officiel des maladies professionnelles reconnues a explosé : 13 658 en 1996, 52979 en 2005. Le nombre d’accidents du travail graves et mortels reste très élevé : 537 décès en 2006, soit 13% de plus en un an. Ces chiffres officiels sont – on le sait – grandement sous-estimés en raison notamment d’une importante sous-déclaration. Les suicides directement liés au travail sont estimés à 400 par an, pour la plupart non reconnus comme accidents du travail. Plusieurs millions de salariés sont exposés, sans aucune protection, à des produits connus pour être cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction, contribuant ainsi grandement aux inégalités sociales face au cancer : un ouvrier a dix fois plus de risque de mourir du cancer avant 65 ans qu’un cadre supérieur.

Cette situation ne tombe pas du ciel : elle est le résultat de politiques d’entreprises, tant privées que publiques, pour lesquelles les coûts sociaux doivent être toujours plus compressés. Ces politiques ont privilégié et généralisé la sous-traitance, et intensifié le travail comme jamais depuis de nombreuses décennies. Et l’inspection du travail comme la médecine du travail n’ont toujours pas les moyens d’assurer leurs missions.

La lutte opiniâtre des victimes, de leurs associations et syndicats a permis des avancées, mais la course au profit sans entrave sème toujours la maladie et la mort.

Alors que le simple voleur de sac à main est condamné à 6 mois de prison ferme devant le moindre tribunal correctionnel en comparution immédiate, l’employeur coupable d’homicide dit involontaire à l’égard de son salarié, après des années d’instruction, est condamné - quand il est déclaré coupable - à quelques mois de prison avec sursis.

La mise en danger délibéré d’autrui par des choix de politique économique bénéficie dans ce pays d’une incroyable mansuétude. Les employeurs ne sont pas considérés comme de véritables délinquants. Trop souvent les procédures relatives à des accidents mortels du travail sont classées sans suite. Trop souvent les condamnations – lorsqu’elles interviennent - ne touchent que les employeurs en bout de chaîne de sous-traitance et sont symboliques. Les grands donneurs d’ordre y compris l’Etat, dont la responsabilité dans l’organisation du travail est pourtant essentielle, ne sont qu’exceptionnellement concernés et les indemnisations largement insuffisantes.

L’amiante est emblématique de ce que nous dénonçons : alors que le risque est connu depuis des décennies, que des milliers de personnes ont perdu leur vie et vont la perdre dans les prochaines années du fait de l’incurie manifeste des entreprises concernées, voire de leurs choix délibérés, Justice n’est toujours pas faite.

L’inégalité des armes entre le salarié et son employeur est patente et scandaleusement disproportionnée : l’égalité devant la loi est devenue une pure fiction.

Cette injustice se nourrit du silence collectif.

Les soussigné-e-s entendent dénoncer ici et maintenant cette situation inadmissible et intolérable.

Ils et elles exigent que la délinquance patronale soit enfin sanctionnée : la loi pénale doit être pleinement appliquée aux employeurs.

Ils et elles exigent que des moyens humains et financiers soient dégagés pour que la justice puisse réellement faire son travail.

Aucune amélioration de la santé et de la sécurité au travail n’est possible tant que la justice fonctionne à deux vitesses.

Aucune avancée n’est possible tant que les donneurs d’ordre pourront s’abriter derrière les règles du droit commercial pour s’exonérer de leurs responsabilités.

Tous et toutes ensemble nous disons : ça suffit ! Et nous agirons pour que cela cesse.


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