Une tribune pour les luttes

QUE FAIT LA POLICE ? – numéro 46 – janvier 2011

Editorial : Police de quelle République ? Maurice Rajsfus

Article mis en ligne le jeudi 23 décembre 2010

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Editorial : Police de quelle République ?

Il y a beau temps que les brutalités policières ne sont plus à démontrer.
Sans qu’il soit possible de le contester, la force a remplacé le droit. Ce
qui ne semble pas émouvoir vraiment les bons citoyens à qui l’on explique
qu’ils sont ainsi mieux protégés. En clair, que leur sécurité est assurée.
Peu importent les droits de l’homme, fréquemment foulés aux pieds.
Particulièrement dans les cités où nombreux sont les policiers qui se
comportent tels les affidés d’une bande légale. Cela face à des jeunes qui
peuvent avoir le sentiment de s’affronter à une bande d’un quartier
voisin. Bien évidemment, les chocs ne manquent pas d’êtres rudes car les
policiers de la République ne connaissent pas, ou ont oublié l’article 9
de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, du 26 août 1789,
qui stipule :
«  Tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré
coupable, s’il est jugé indispensable pour l’arrêter, toute rigueur
qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer de sa personne doit être
sévèrement réprimé par la loi.
 »

Comment ne pas regretter que ce texte soit tombé en désuétude. Au point
que, le 18 mars 1986, il avait été jugé nécessaire d’établir, par décret,
un Code de déontologie de la police. Dans ce petit manuel, que chaque
policier devrait avoir dans une poche de sa veste, étaient indiquées les
limites de l’intervention policière, et la force dont « le fonctionnaire
de police ne peut faire qu’un usage strictement nécessaire et
proportionnée au but à atteindre.
« La lecture de ce Code avait dû
provoquer bien des ricanements dans les commissariats. Particulièrement
son article 10 :
« Toute personne appréhendée est placée sous la responsabilité et la
protection de la police ; elle ne doit subir de la part des fonctionnaires
de police ou de tiers, aucune violence ni aucun traitement inhumain ou
dégradant ».

Il est vrai que le langage injurieux utilisé par trop de policiers et même
parfois au sommet de cette institution, « racaille » par exemple, ne peut
qu’exacerber les conflits permettant d’établir une frontière hermétique
entre une population considérée comme convenable et une jeunesse traitée
tel un ennemi héréditaire. La dégradation du comportement de certains
policiers, avait même conduit le ministère de l’Intérieur à réagir
fermement, en 1991 :
« Les agissements violents, au cours de l’interrogatoire, de la part de
certains policiers, dans un illusoire souci d’efficacité, sont
inadmissibles et dégradants de la part de celui qui les commettraient »

N’insistons même pas sur les abus de droit classiques : menottage illégal,
palpations corporelles, fouilles à corps exécutées de façon humiliante,
basses injures, etc… Qu’est devenue la police républicaine, si elle a
jamais existé au plein sens du terme ?

Maurice Rajsfus

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Informations nécessaires

Depuis notre passage du bulletin papier à Internet, l’audience de Que fait
la police ? s’est considérablement développée mais, dans le même temps,
votre courrier n’a fait que se tarir. N’oubliez pas que les coupures de la
presse régionale sur les bavures et les dérives de la police et de la
gendarmerie nous sont précieuses car nombre de ces « faits divers » ne
sont pas relatés dans la pesse nationale. Nous vous rappelons notre
adresse : Observatoire des libertés publiques, C/O NSP-Agora, 20, rue
Courat. 75020 Paris.

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