Une tribune pour les luttes

Au pays basque...

Il était une fois... un sac de noeuds.

Après sept ans de procédure, la sentence de l’affaire Udalbiltza a été rendue publique hier et elle prononce l’acquittement pour les 20 inculpés.
+ Lettre d’Aurore Martin dans la clandestiné.

Article mis en ligne le vendredi 21 janvier 2011


Il était une fois... un sac de noeuds.


Xarlo Etxezaharreta :

Vu l’effervescence créée par ma convocation à une gendarmerie du
voisinage, je suis obligé d’éclairer un peu cette histoire.

L’histoire a commencé en 1999 quand 1900 élus (seulement les présents) des
sept provinces basques réparties entre les Etats espagnol et français, ont
décidé de monter une structure transfrontalière regroupant tous les élus
et municipalités, sur le seul critère d’être volontaire pour y adhérer.
Le financement fut prévu par les subventions des institutions ; donc
strictement contrôlé par les instances officielles et le ministère des
Finances.

L’association nommée Udalbiltza fut déclarée à Madrid et Paris.
L’objectif principal était la coopération et l’entraide technique,
financière… entre les communes, les associations, etc., les domaines
d’action étaient la langue basque, la culture, le sport, l’économie, etc.
En fait, d’unir nos forces et de nous retrousser les manches sans plus
avoir à tout attendre des états centralisateurs.

Il est évident que cette politique ne pouvait plaire longtemps à nos
maîtres des deux capitales. L’esclave voulant se libérer de sa dépendance
envers son maître, mais où va-t-on, n’est-ce pas ?

En avril 2003, un juge fameux pour ses chasses aux sorcières, Baltazar
Garzon, décrète qu’Udalbiltza fait partie d’ETA. Mis hors-la-loi, son
comité exécutif - et les salariés ! - sont arrêtés, et emprisonnés puisque
"tout est ETA", selon la maxime de certains juges. Le seul à traîner
encore en liberté, c’était moi puisque je n’étais pas au bureau ce
jour-là, de l’autre côté de la frontière. Ils ne m’arrêteront qu’en
septembre, alors que j’étais en délégation pour Cubako Etxea aux journées
internationalistes, près de Bilbo.

Incarcéré à Madrid, je suis sorti en fin de préventive en même temps que
les autres qui y étaient depuis un an, en avril 2004. Caution de 60000
euros et contrôle bimensuel à Irun au commissariat.

Lorsque la date du procès fut fixée à mi-juillet 2010, tous les autres ont
reçu leur "invitation" personnelle en main propre ; moi, non…

J’ai donc manqué à l’appel du premier jour du procès et un MAE, mandat
d’arrêt européen, fut lancé à mon encontre.

Le procès s’est achevé fin septembre. Le verdict est annoncé pour le 20
janvier, dans quelques jours.

Mardi dernier, 4 janvier, deux casquettes se sont présentées chez moi pour
me donner un numéro de téléphone que je devais appeler et demander
l’adjudant B. ; ils n’avaient rien d’autre à me dire. J’ai donc appelé ce
monsieur qui m’a proposé un rendez-vous le plus rapidement possible pour
signer un papier : "Ça ne prendra que cinq minutes et Madrid a l’air
pressé"…

Je lui ai dit que je devais consulter, il a admis volontiers ; lui, n’étant
pas libre le mercredi et le jeudi, nous avons remis ma présentation au
vendredi.

Évidemment, la machinerie des militants, des journalistes, etc., avec le
précédent d’Aurore Martin en mémoire, s’est mise en route. Tout le monde a
pensé, bien évidemment, au fameux MAE contre moi. Interviews diverses ce
matin, rassemblement coordonné pour le lendemain à l’heure de mon entrée à
la gendarmerie…

A 11.55, très précisément, coup de téléphone :
-  "Gendarmerie de La Bastide-Clairence… Monsieur Etchezaharreta ?...
Inutile de vous présenter demain, la procédure est annulée".
- Pardon, c’est quoi cette plaisanterie ? Qu’est-ce qui me prouve que vous
êtes gendarme ?
- C’est moi qui vous ai porté le numéro de téléphone l’autre jour,
gendarme G. Vous n’avez qu’à appeler.
- Admettons… Je peux au moins savoir de quoi il est question dans le papier ?
- Je n’ai pas d’autre élément à vous communiquer…

Bon, j’appelle, je contrôle, tout est bien qui finit bien. Nous prévenons
les amis, les journalistes qui ont fait leur boulot… Et nous cherchons à
comprendre ce qui se passe ; pourquoi font-ils machine arrière ? La peur du
scandale et des manifestations ? Peu vraisemblable.

18.10 : un journaliste du Journal du Pays Basque (www.lejpb.com) m’appelle
et me donne la clé du mystère : la convocation qui m’était destinée au
procès de mi-juillet 2010 à Madrid s’est égarée entre Paris et Pau ou
Bayonne, je ne sais trop. Il avait passé l’après-midi à interroger les uns
et les autres, gendarmes ou procureurs de Pau et de Bayonne…

Entre mardi et aujourd’hui, certainement alarmé par les appels des
journalistes et des avocats, ils se sont rendus compte (Qui ? Le procureur ?
Les flics ?) que la convocation avait dépassé "la date de péremption" et,
du coup, "arrière toute".

Du coup, logiquement (!!??), le MAE devrait être invalidé… Un nouveau
procès contre moi devrait être programmé à Madrid - qui dépendra
certainement du verdict du 20 janvier -, nouvelle convocation, je n’irai
pas, nouveau MAE…

Voilà les faits ; chacun en tire les conclusions qu’il veut. En ce qui me
concerne, si je peux les emm…itoufler autant qu’ils se foutent de nos
gueules et qu’ils nous méprisent du haut de leur arrogance et de leur
impunité, je ne m’en priverai pas…

PS. Ma caution a été réunie en quelques heures, grâce aux dons de gens de
tous horizons. Le comité de soutien local a déjà remboursé une partie à
ceux qui en avaient, à notre avis, un besoin plus urgent, à condition
qu’ils aient laissé leurs coordonnées car beaucoup l’ont fait "sans
laisser de trace". Et, dans notre milieu de patriotes basques, les riches
on en connaît très, très, très peu.

Les cautions, les frais du procès, l’hébergement sur Madrid pendant
plusieurs semaines… Les frais sont énormes ; Si vous connaissez une Liliane
Bettencourt ou un Bill Gates dans votre entourage, nous vous pouvons la
présenter au Comité de soutien aux prisonniers politiques basques du coin.
Autrefois, ces chancres achetaient bien des indulgences en arrosant les
curés...

Xarlo Etchezaharreta


"Udalbiltza est un projet nationaliste mais pas terroriste" estime
l’Audience nationale

Après sept ans de procédure, la sentence de l’affaire Udalbiltza a été
rendue publique hier et elle prononce l’acquittement pour les 20 inculpés.

Les magistrats de la plus haute juridiction pénale espagnole, l’Audience
nationale, ont rendu une sentence peu commune dans ce genre d’affaire liée
au conflit basque et désavoué le parquet, les parties civiles et, en
creux, ceux de leurs collègues qui appliquent la doctrine du « tout est
ETA ».

La sentence considère que la thèse de l’accusation se réduit à l’adhésion
idéologique des accusés avec « certains des objectifs politiques que les
terroristes proclament comme justification de leur action criminelle, ce
qui, en soi, ne constitue aucun délit
 ». Les magistrats vont plus loin
estimant que dans « un Etat démocratique, l’action politique et les
opinions et manifestations idéologiques, qu’elles plaisent ou pas,
qu’elles soient majoritaires ou minoritaires, qu’elles soient partagées ou
pas, doivent rester en dehors de la sphère pénale.
 » Et les magistrats
ajoutent : « Et ce, même lorsqu’elles répugnent à l’immense majorité, comme
cela se passe avec le silence ou la non condamnation d’attentats
terroristes »
. Un des magistrats pense même que la cour aurait dû aller
plus loin en condamnant l’association Dignidad y Justicia, partie civile,
à payer des dommages pour procédure abusive.

Après la sentence du cas Egunkaria, c’est la deuxième fois en moins d’un
an que l’Audience nationale remet en cause les « macro-procédures » ouvertes
à tout va contre tout ce qui ressemble de près ou de loin à de
l’indépendantisme basque. Cette doctrine du « tout est ETA » a été lancée à
l’époque du gouvernement Aznar et fut étrennée par le juge Baltazar Garzon
avec la fermeture du quotidien Egin en 1998 et la procédure 18/98. Depuis,
des dizaines de procédures de ce genre ont été lancées, des centaines de
personnes inculpées, pour une partie incarcérées voire torturées (ce fut
notamment le cas pour Egunkaria et des procédures devant la Cour
européenne des droits de l’homme sont en cours à ce sujet).

Le 21e accusé, l’ancien élu hazpandar Xarlo Etxezaharreta, absent au
procès n’apparaît pas dans la décision des juges madrilènes. Cependant, on
imagine mal, au vu de cette sentence, qu’il soit arrêté et conduit à
Madrid pour y être jugé seul. Cela explique peut-être le fait qu’après
avoir été convoqué à la gendarmerie de La Bastide-Clairence pour se voir
notifier une procédure venant de Madrid celle-ci ait été annulée deux
jours après.

Giuliano CAVATERRA

Source : Le Journal du Pays Basque, 21 janvier 2010
http://www.lejpb.com/paperezkoa/201...


Pays Basque

Dans une lettre adressée au Journal du Pays Basque, la militante abertzale recherchée par la police française annonce sa candidature aux élections cantonales de mars prochain dans le canton de Tardets.

21/01/2011

Lettre d’Aurore Martin,
militante abertzale

J’ai été sollicitée par les militants du groupe Euskal Herria Bai du
canton de Tardets pour être candidate aux élections cantonales de mars
prochain. C’est avec une certaine fierté, en tant que Xiberotar et
militante abertzale de gauche, que j’ai reçu cette proposition. C’est avec
un grand plaisir que j’ai accepté d’être suppléante dans ce canton et de
défendre le projet d’EH Bai.

Merci aux Xiberotar de m’avoir contactée et proposé cette candidature.
Elle est très importante car elle me permet de continuer à exercer mon
activité politique, et surtout de mettre en exergue le déficit
démocratique que connaît le Pays Basque. Je suis une candidate suppléante
aux élections cantonales qui est obligée de se cacher car il m’est de fait
interdit d’exercer mon activité politique. En dehors du Pays Basque, nulle
part ailleurs en Europe une telle situation n’existe.

Je suis heureuse de voir que la quasi-totalité de la classe politique du
Pays Basque a su réagir face au MAE, face à la volonté de l’Etat français
d’empêcher Batasuna de défendre son projet politique. Jamais une situation
liée au conflit politique basque n’a fédéré autant de monde, nous avons su
réagir en tant que pays, nous avons su montrer une force et une direction
commune. A nous de savoir maintenant le faire sur d’autres sujets, pas
seulement sur une des conséquences de ce conflit mais sur ses origines
politiques. Un conflit que les Etats français et espagnol aimeraient voir
perdurer encore des décennies. Au lendemain du cessez-le-feu d’ETA et face
à l’engagement de plus en plus de forces politiques en faveur d’un
processus démocratique, voilà leur seule réponse : REPRESSION, 12
arrestations cette semaine et 2 la semaine dernière. Face à cela, seul le
peuple basque, dans toute sa diversité, pourra faire en sorte que ce
processus démocratique puisse être mené à terme. Le chemin sera difficile
et parsemé d’embûches que nous devrons surmonter seuls. Le train est en
marche, à nous de le faire aller là où nous le souhaitons, c’est de notre
responsabilité.

Depuis des décennies, les abertzale avons démontré notre engagement en
faveur de ce pays. Nous avons créé des outils qui permettent aujourd’hui
au Pays Basque de continuer à exister en tant que tel ; nous nous sommes
opposés et nous opposons aux projets destructeurs tels que la 2x2 voies ou
encore la LGV ; nous dynamisons et rendons incontournables les grands
débats politiques de ce pays tels que la reconnaissance institutionnelle
ou la question du logement ; nous sommes présents dans les débats locaux,
dans les mairies, dans les diverses associations locales... Nous sommes
l’alternative de ce pays, la seule. Nous voulons avoir les moyens de
vivre, travailler et décider au Pays Basque.

Nous n’avons pas grand-chose à attendre de ce département, quelle que soit
la majorité qui le composera le 27 mars prochain, les miettes que Paris,
Bordeaux et Pau nous donnent ne suffiront pas à calmer la soif de liberté
à laquelle nous aspirons.

C’est pour toutes ces raisons que j’ai accepté cette candidature. De
l’endroit où je me trouve, je vais faire tout mon possible pour participer
à cette campagne électorale, je lance un appel à tous les abertzale de
gauche à s’y impliquer activement. Le Pays Basque a besoin d’un acte
politique fort.

http://www.lejpb.com/paperezkoa/201...

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