Une tribune pour les luttes

ONGs ou Areva, un traitement des otages différencié selon leurs employeurs ?

FRANCE-NIGER : Lettre ouverte au ministre français de la défense

par les amis de Master Professionnel d’Antoine de Léocour (2007-2008).

Article mis en ligne le vendredi 14 janvier 2011

COMMUNIQUE DE PRESSE

Partageant les mêmes valeurs et convictions qu’Antoine, nous souhaitons revenir sur les enjeux sahélo-sahariens, notamment ceux en liens avec la politique de la France dans la région.

Nous sommes indignés que la mort de nos amis serve la propagande politique sécuritaire du gouvernement et plus encore que ce discours soit repris en cœur par la majorité de la classe politique française sous la forme d’un consensus orchestré.

Ce discours ne vise-t-il pas à une dépolitisation du débat ? Pourtant, ce sont bien les enjeux géostratégiques de la France au Sahel, au Sahara et en Afrique d’une manière générale dont il est question. Les organisations, privées comme publiques, qui spolient des ressources naturelles avec l’accord tacite des gouvernements ne sont-elles en partie responsables des risques qu’encourent nos ressortissants dans ces territoires ?

Enfin, il paraît difficile d’affirmer aujourd’hui que tous les citoyens français sont égaux dans la mesure où certains semblent avoir plus de valeur au regard de notre gouvernement que les membres des ONG et des organisations des sociétés civiles.

Au mauvais endroit au mauvais moment ? La fin de la déclaration de Monsieur Juppé dimanche dernier est très claire, cette opération militaire répond à des motifs politiques. Nos amis ont-ils eu la malchance d’avoir été enlevés juste au moment où le pouvoir français a décidé d’agir militairement ?

Nous rappelons que les populations sahélo-sahariennes sont les véritables otages de la situation géopolitique, privées de leurs droits civiques et des ressources qui les entourent. Et le risque est grand pour nous, citoyens français, de nous retrouver otages de nos gouvernements dans l’escalade de la violence et l’acceptation de la désinformation. En vue d’avertir sur ce risque, nous adressons une lettre ouverte au Ministre de la Défense. Veuillez la trouver en pièce jointe.

Dans le souci de respecter la volonté des familles de ne pas médiatiser leur peine et leur deuil durant les prochains jours, nous n’alimenterons aucune demande d’informations personnelles ou d’expression politique.

Les amis de Master 2 d’Antoine de Léocour


FRANCE-NIGER : LETTRE OUVERTE
AU MINISTRE FRANÇAIS DE LA DEFENSE ET DES ANCIENS COMBATTANTS

Poitiers, le 12 janvier 2011

Monsieur le Ministre de la Défense et des Anciens Combattants,

Nous condamnons unanimement l’acte de barbarie qui nous prive aujourd’hui d’un ami cher.

Cependant, votre empressement à justifier l’intervention militaire qui a conduit à la mort d’Antoine de
Léocour et Vincent Delory nous a beaucoup surpris.

Réduire l’analyse de ce drame à un discours sécuritaire ne fait qu’alimenter grossièrement la presse à
sensations. Cela occulte totalement les enjeux globaux de la situation économique et politique que
traverse la zone sahélienne. Les épiphénomènes que nous vivons actuellement participent des
conséquences de politiques étrangères occidentales vis-à-vis de ces régions.
« Ne rien faire, c’est prendre un double risque » ->http://www.defense.gouv.fr/actualites/articles2/sahel-
alain-juppe-au-niger.]
Vos déclarations nous amènent à nous interroger sur la mission de l’armée française : consiste-t-elle à
abréger les souffrances de ses ressortissants (emmenés par les ravisseurs [...] et on sait ensuite
comment ils sont traités
) lorsque vous, M. Le Ministre de la Défense et M. Le Président de la
République, Chef des Armées n’êtes pas en mesure d’envisager une autre solution, plus digne ?
Ou a-t-elle pour objectifs de démontrer - quel qu’en soit le prix - que la France est prête à entrer dans
l’escalade de la violence au nom de son combat pour la démocratie et contre le terrorisme (ne rien
faire, c’est donner un signal que la France finalement ne se bat plus contre le terrorisme
) ?
Sachez qu’à nos yeux la raison d’Etat ne doit jamais l’emporter sur le respect de la vie des citoyens.

Nous sommes particulièrement indignés par le ton de vos propos et de ceux de la majorité de la
classe politique française dans un consensus national sans fausse note. Nous croyons comprendre
que la France, patrie des Droits de l’Homme, sacrifie ses ressortissants sur l’autel d’orientations
stratégiques occultes. Vous avez effectivement pris le parti de vous mettre à l’abri de tous moyens de
pression en excluant l’option des négociations.

Nous nous inquiétons également du traitement différencié réservé aux citoyens et victimes en fonction
de ce que leurs employeurs représentent pour les intérêts de la France.

En conclusion, si vous "assumez" si bien cette mission, sachez dire aux Français qu’elle est un échec
et prenez véritablement vos responsabilités en démissionnant. Si un tel courage vous manque, alors
ayez au moins la décence de laisser reposer en paix les âmes d’Antoine et de Vincent en stoppant
toute récupération politique de cet assassinat sordide.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de nos salutations distinguées.

Les amis de Master 2 d’Antoine de Léocour

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