Une tribune pour les luttes

Les expulsions de la honte.

Samedi 15 janvier Vallaya a été expulsée, témoignage de l’intervention à l’aéroport.

Vallaya C, est une dame thaïlandaise d’une cinquantaine d’années qui vit (ou plutôt qui vivait), en France avec son mari depuis 18 ans !

Article mis en ligne le lundi 17 janvier 2011

Mi-décembre, avec d’autres ouvrières thaïlandaises, Vallaya a été arrêtée dans un atelier de confection situé à Aubervilliers où elle travaillait 6 jours sur 7, 10 heures par jours pour moins de 6 € de l’heure. Emprisonnée au centre de rétention de Cité à Paris, un avion était réservé pour elle le samedi 15 janvier, avant dernier jour de ses 32 jours de rétention.

Ce jour là, nous sommes donc 4 à nous rendre à l’embarquement du vol Air France Paris Bangkok par lequel son expulsion était prévue. Nous informons passagers et passagères de la présence contrainte et forcée de Vallaya à bord de leur avion.

Plusieurs personnes sont réceptives, regrettent la participation d’Air France aux expulsions et disent qu’elles feront savoir au commandant de bord que Vallaya doit être débarquée puisque telle est sa volonté.

Au bout d’un petit moment, des agents d’Air France s’inquiètent de notre présence et vont chercher une responsable qui nous dit qu’il est interdit de « démarcher les clients ». Après 10 minutes d’une conversation infructueuse où elle nous accuse d’inciter les passagers à l’émeute et où elle nous explique que la compagnie n’a pas d’autre choix que de participer aux expulsions, arrive une élégante chef d’escale qui reprend les mêmes arguments et devient assez vite menaçante. Face aux passagers elle insiste sur le fait que la procédure d’Air France pour les expulsions serait de présenter systématiquement les personnes expulsées au commandant de bord qui leur demanderait si elles souhaitent partir et aviserait ensuite ensuite. Bref, la compagnie serait avec cette procédure garante du droit des personnes à refuser leur expulsion. Tiens donc, on croit rêver ! Ricardo Barrientos et Mariame Getu Hagos, morts respectivement au cours de leur expulsion sur des vols Air France en décembre 2002 et janvier 2003, les personnes saucissonnées et bâillonnées, les nombreux témoignages de violence à bord des avions, tout cela doit être l’oeuvre d’un commandant de bord sourd muet ou irrespectueux des procédures....

La responsable Air France et la chef d’escale s’adressent aux passagers présents, leur disant que si ils nous écoutent l’avion ne partira pas, qu’il y aura des gros problèmes. Un passager a les larmes aux yeux, il dit qu’il savait qu’il n’aurait pas du voyager sur Air France. Très vite des policiers arrivent et demandent leurs papiers à 2 d’entre nous., nous intimant l’ordre de les suivre pour une audition. Les 2 autres sont obligés de s’éloigner, la police part à leur recherche dans le terminal.

Nous arrivons dans des locaux de police dans les sous-sols du terminal 2F. Nous restons là un long moment, des gens sont régulièrement emmenés dans la même salle que nous : une jeune femme hispanophone, un jeune homme qui passe à la fouille, une très très vieille dame en provenance d’Arabie Saoudite, un jeune couple originaire d’un pays d’Asie.Nous essayons de parler avec la dame agée mais elle s’excuse en nous souriant : elle ne parle pas français. Ces personnes sont là car elles sont considérées comme inadmises, INAD en langage policier, ce qui signifie qu’on leur refuse l’entrée sur le territoire français. Dans cette salle de tri elles attendent ce que la police et l’administration décident : garde-à-vue, emprisonnement en zone d’attente, réadmission, c’est à dire expulsion, entrée sur le territoire français...

Il y a un ballet incessant d’uniformes, les enveloppes krafts avec des billets d’avions vont et viennent. Des gens, à priori un traducteur et une personne d’une association, viennent voir la vieille dame. Elle a besoin d’un sucre, ils le lui donnent puis l’emmènent dans un petit bureau. A leur retour, un policier demande si son état de santé est compatible avec la rétention, « oui, oui, ne vous inquiétez pas » répond le traducteur.

Une policière vient chercher le jeune couple qui vient d’Asie. « Have you got money on you ? » leur demande t’elle. Ils sortent des billets, beaucoup de billets... « Many ! Many money » dit la policière. Sans doute vont ils pouvoir accéder à la case « entrée sur le territoire français ».

Au bout de trois quarts d’heure, une OPJ (officier de police judiciaire) vient nous chercher pour nous auditionner. Chacune de ces auditions est ponctuée de menaces d’inculpation pour incitation à l’émeute et de coups de téléphone pour demander à faire venir des témoins pour confrontation : passagers et personnel Air France. J’entends que la chef d’escale va avoir du mal à se libérer. Sniff... On entend également que ce soir ils ont de la chance car c’est le juge Machintruc qui est de permanence et qu’il est bien.

Dans un interrogatoire les policiers demandent si l’on a conscience que d’appeller comme ça à l’émeute dans les avions fait qu’à l’arrivée les escortes sont parfois attendu avec des kalachnikovs et qu’il y a déjà eu des interpellations de policiers escorteurs dans les pays destinataires ainsi que des morts.

Sur un des bureaux il y a des papiers qui traînent. L’une de nous voit son nom, c’est une espèce de fiche de signalement. Il y a plein de trucs écrits et notamment « Individu proche de la mouvance anarcho-autonome. Est susceptible de se livrer à des actions violentes. » On fait remarquer à l’OPJ qu’elle devrait ranger ses papiers, que les personnes ainsi fichées ne sont pas sensées voir ce type de fiche les concernant et dont l’existence n’est sans doute pas même pas officielle. Petit moment de gêne.

Nous retournons dans la salle de tri. Un passager avec lequel nous avions parlé arrive, nous sourit et nous salue. Il est auditionné en dehors de notre présence. Nous entendons qu’un élue de Montreuil téléphone pour avoir des nouvelles de Vallaya. Un policier dit qu’elle veut parler à un responsable, l’un des responsables hausse les épaules et rétorque qu’elle n’a qu’à s’adresser au ministère.

Le passager venu témoigner repart.

Il est 19h10, cela fait 1 heure et demi que nous sommes là.

L’OPJ qui a mené les auditions revient nous voir et nous tend nos papiers l’air déçue que nous la quittions si vite en nous signalant que « pour cette fois on a de la chance mais que ça ne se passera pas toujours comme ça, que de toute façon on raconte n’importe quoi car la dame n’a même pas été présentée à l’avion. » Cette nouvelle nous réchauffe le coeur.

Quand nous sortons il est 19h30, 3 personnes nous ont rejoints, l’avion a 10 minutes de retard. Un passager nous a laissé un message téléphonique : « On n’a pas bougé » on se dit qu’évidemment avec les avertissements (menaces) d’Air France et de la PAF à l’embarquement...

On se dit aussi que Mme l’OPJ nous a menti. Au guichet d’Air France où 3 personnes vont se renseigner, on annonce que « la passagère n°27 est bien partie »

N°27 pour Air France, N°XXXX sur 27 000 expulsions, n° avec plein de zéro sur les bénéfices de son employeur, Vallaya C a été expulsée en Thaïlande le samedi 15 janvier, grippée et en larmes, loin de sa famille, après 18 années passées en France à être exploitée par des patrons qui aujourd’hui réclament 600 €uros à son mari, le salaire de décembre. Sans doute de quoi se payer un aller-retour pour de belles petites vacances au soleil en Thaïlande ou ailleurs....

Vincent et Fred


AEROPORT DE ROISSY - Les passagers d’un vol Air France à destination du Cameroun se sont rebellés jeudi contre l’expulsion d’un homme, retardant le décollage à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, a-t-on appris vendredi de sources aéroportuaires.
Quatre passagers ont été interpellés

Le vol AF 946, qui devait décoller à 13H45 jeudi 13 janvier 2011pour Douala (Cameroun), est finalement parti à 16H17.

Quand "une escorte policière est montée à bord avec un migrant qu’elle raccompagnait dans son pays", "les passagers l’ont pris à partie, il y a eu un début d’émeute à bord", a raconté une source aéroportuaire.
Alors que l’avion roulait vers sa piste de décollage, l’appareil a "dû revenir à son emplacement" et les passagers ont été débarqués, a-t-on ajouté.
"Ils ont vérifié les passeports des passagers qui ont pris des photos dans l’avion", a déclaré à l’AFP la nièce d’une des passagères qui souhaite rester anonyme. "Ma tante était très choquée, sa voisine est tombée dans les pommes", a ajouté la jeune femme.

Deux compagnies d’intervention ont été appelées en renfort, selon une autre source aéroportuaire. Les pompiers sont également intervenus pour quelques malaises "pas très graves", selon cette même sourc

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