Une tribune pour les luttes

Charonne, 8 février 1962 : un crime d’Etat

1961-1962. En hommage à toutes les victimes de l’OAS en Algérie et en France.

Les victimes de l’OAS auront leur stèle au Père-Lachaise

Article mis en ligne le jeudi 10 février 2011

Le Conseil de Paris a décidé mardi soir à la faveur d’un vote unanime la pose d’une stèle en hommage aux victimes de l’OAS au cimetière du Père Lachaise à Paris (20e).

Symboliquement, le vote des élus a eu lieu le jour anniversaire de la manifestation du 8 février 1962, à Paris, pour dénoncer les agissements de l’OAS et la guerre d’Algérie.
Le 8 février, le préfet de l’époque, Maurice Papon, avait donné l’ordre de réprimer la manifestation et 9 manifestants, tous membres de la CGT dont huit communistes, avaient trouvé la mort en tentant de se réfugier dans la station de métro Charonne.

Le texte sera le suivant : « 1961-1962. En hommage à toutes les victimes de l’OAS en Algérie et en France. Civils, militaires, magistrats, fonctionnaires, élus, défenseurs des institutions et des valeurs de la République ».


Sur la manifestation du 8 février 62
http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article1326


Intervention de Madame Catherine Vieu-Charier, Adjointe au Maire de Paris, chargée de la mémoire et du monde combattant

Apposition d’une stèle en hommage aux victimes de l’OAS dans le cimetière du Père Lachaise

Je voudrais d’abord remercier les collègues qui, de droite ou de gauche, sont restés dans l’hémicycle. Et puis je voudrais aussi saluer les enfants des victimes de l’OAS qui ont patienté cet après-midi pour voir cette délibération passer en Conseil de Paris.

La décision de la municipalité et du Maire d’apposer une stèle en hommage aux victimes de l’OAS est un événement : c’est le premier monument en France qui va rendre hommage aux victimes de l’OAS.

Nulle part un tel monument n’existe, même pas à Évian, où pourtant le maire, Camille Blanc, fut assassiné par l’OAS le 31 mars 1961.

Et, comme l’indique la délibération, il a fallu attendre 1999 pour qu’une loi reconnaisse enfin la guerre d’Algérie et le 19 mars.

Il est temps aujourd’hui de travailler à entendre et à confronter les mémoires : les soldats du contingent, les harkis, les rapatriés, les Algériens luttant pour leur indépendance et toutes les victimes de cette guerre.

La Ville de Paris a déjà commencé un travail avec le Mémorial au Père Lachaise en hommage aux 747 parisiens morts pour la France en Afrique du Nord, avec la plaque du pont Saint Michel en souvenir des victimes du 17 octobre 1961, avec le monument en mémoire des harkis et des victimes civiles dans le jardin de la Butte du chapeau rouge, avec la place Maurice Audin, la place du 8 février 1962 au métro Charonne et la place du 19 mars 1962, date officielle du cessez le feu.

Il est important aujourd’hui de rendre hommage aux 2.200 victimes de l’OAS, qu’elles soient civiles ou militaires. Et il nous appartient de les sortir de l’oubli, de rappeler qu’elles ont été assassinées parce qu’elles avaient fait le choix de la loyauté, du respect des institutions républicaines, alors qu’elles étaient menacées par un terrorisme de grande ampleur, que ce soit en Algérie ou en métropole.

L’OAS visait des militaires, des fonctionnaires, des civils, des politiques, parce qu’ils respectaient les choix du gouvernement légitime.

Nous n’oublions pas que, lors de cette période dramatique pour la France et l’Algérie, un attentat a eu lieu contre le général de Gaulle, Président de la République, ce qui représente pour moi un double outrage, parce que le général de Gaulle était un grand Résistant et qu’il représentait les plus hautes fonctions de la République puisqu’il était Président de la République.

Je ne citerai pas de nom, car comment choisir entre les victimes ? Mais l’idée de cet hommage a été portée par une association, l’ANPROMEVO, à l’origine, il faut bien le dire, de la demande - et je rappelle aussi qu’elle a été reçue pour la première fois en 2007 par Odette Christienne, ma collègue -, dont le président est Jean François Gavoury, fils du commissaire Gavoury, chargé de la lutte contre l’OAS, assassiné à Alger le 31 mai 1961, et le secrétaire le Docteur Jean Philippe Ould Aoudia, fils de Salah Ould Aoudia, assassiné par l’OAS lors du massacre des Centres sociaux le 15 mars 1962 : ils sont présents dans la tribune, et je tiens à les saluer particulièrement, avec émotion et avec amitié.

Je rappelle aussi, parce que c’est une image qui était très forte - certains s’en souviennent -, l’image de cette petite fille, Delphine Renard, frappée au visage, qui est restée aveugle après l’attentat qui visait André Malraux.

Je voudrais répéter que les fils et filles de victimes de l’OAS poursuivent inlassablement leur combat pour la vérité, pour la justice, la dignité et pour que cessent, au cœur de la République, ces hommages rendus aux assassins de leurs pères, et l’apposition de cette stèle est un apport à leur juste cause.

Le Conseil de Paris va s’honorer, dans les secondes qui viennent, en votant cette délibération, je l’espère, à l’unanimité.

Je vous remercie.

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