Une tribune pour les luttes

MAYOTTE

En mémoire aux milliers de victimes en mer

Compte-rendu de la manifestation du 23 février 2011 par Eric Trannois
Malgré les condamnations internationales répétées pour occupation illégale de la France, le 1er mars 2011 Mayotte deviendra le cent-unième département français.
Un territoire français où règnent des situations d’exception et la peur .

Article mis en ligne le vendredi 25 février 2011

Une manifestation sous haute surveillance

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A lire avec les nombreuses photos :
http://www.malango-actualite.fr/art...

Mayotte – Une manifestation pour un ’’rappel à la loi’’

Par Eric Trannois

Vendredi 25 Février 2011

Tout comme ces opérations de police où l’on pratique le ’’rappel à la loi’’, les 400 manifestants qui ont parcouru les rues de Mamoudzou hier, se sont arrêtés devant chaque administration concernée, conseil général, préfecture, vice-rectorat, commissariat de police, centre hospitalier, pour énoncer les lois en vigueur dans les différents domaines, notamment le droit applicable aux étrangers, qui ne sont pas toujours respectées à Mayotte.

Ils sont entre 300 et 400 personnes, selon le moment de la manifestation, à scander des slogans hostiles aux pratiques illégales constatées à Mayotte en matière d’expulsions d’étrangers en situation irrégulière, de scolarisation ou de prise en charge médicale des enfants de parents étrangers.

Il faut d’ailleurs être motivé pour participer à cette manifestation puisque les routes étaient bloquées par les forces de l’ordre dès l’entrée de la ville. Les participants devaient donc marcher entre un et deux kilomètres pour rejoindre le point de rassemblement et refaire le chemin en sens inverse au retour, une pratique inhabituelle. Les gardes mobiles chargés de surveiller la manifestation sont, eux, arrivés dans des véhicules de la PAF. « Pas très sport ! » commentera en souriant le représentant de la Cimade, sous-entendant que les personnes sans papiers ne prendraient pas le risque de se jeter dans la gueule du loup en participant à la manifestation.

Le concept du mouvement était donc simple : se présenter devant chaque administration concernée et rappeler la législation applicable à Mayotte par chaque service. Ainsi, devant le vice-rectorat, un orateur a lu la règlementation en terme d’accueil des enfants dans les écoles, obligatoire, insistant sur le fait qu’un enfant ne peut pas être considéré comme étranger, comme le veut la législation internationale, ratifiée par la France.

Pour démontrer le bien-fondé de leur mouvement, les personnes qui se sont succédées au mégaphone ont lu des témoignages que les associations organisatrices ont pu recueillir auprès de personnes ayant eu à subir de telles pratiques.

Alors que les manifestants scandaient « nous sommes tous des enfants d’immigrés », un homme s’avance et commente : «  qu’est-ce que ça veut dire, Mahorais de souche ? Nous sommes tous mélangés ! anjouanais, grand comorien, bantou et même français ! ». Par français, il entend français de métropole.


« Construisons des ponts, pas des murs »

Ne manquant pas d’humour, les manifestants font également une halte devant le commissariat de police pour rafraîchir la mémoire des policiers présents. Thibault, de la Cimade, s’est particulièrement arrêté sur l’article 15 qui autorise un policier à refuser d’exécuter un ordre si celui-ci va au-delà de ce que la législation permet. «  La France est un des rares pays à donner cette possibilité ». Ce règlement interdit par exemple, entre autres méthodes pratiquées à Mayotte, de pénétrer chez les gens avant six heures du matin. Il semblerait que ce soit une pratique devenue courante depuis que les ’’clandestins’’ s’éparpillent dans la nature en fin de nuit. Difficile dans ces conditions de respecter les quottas imposés par le ministère de l’intérieur.

Un passage devant le centre hospitalier permet de rappeler qu’en matière de soins, les enfants ont également des droits. « Il est scandaleux et contraire à la loi de demander que des enfants payent pour se faire observer par un médecin », s’insurge la membre du collectif qui se consacre plus particulièrement à ce domaine. Depuis l’instauration de la Sécurité Sociale à Mayotte en 2005, les parents qui ne peuvent présenter une attestation de l’organisme de santé (qu’ils n’obtiennent que s’ils sont en règle au niveau des papiers), doivent s’acquitter d’une somme forfaitaire de 10 euros pour que leur enfant soit examiné dans un dispensaire.

Arrivés devant la porte du service de l’immigration de la préfecture, ce sont les conditions d’accueil qui sont vivement critiquées, du manque de personnel pour accueillir les demandeurs à la façon peu respectueuse avec laquelle ils sont reçus, des délai de traitement des dossiers et, plus généralement, des tracasseries destinées à freiner les procédures. C’est à cet endroit que les organisateurs ont demandé qu’une minute de silence soit respectée en mémoire des « milliers de personnes qui ont péri entre Anjouan et Mayotte ». Les participants se sont alors allongés sur la route pour symboliser les corps des victimes reposant sur les plages de Mayotte ou d’Anjouan.

Enfin, la manifestation s’est achevée sur le parvis du Comité du tourisme où un cercueil a été conduit jusqu’au lagon alors que des participants entonnent les chants religieux traditionnels qui accompagnent les défunts à leur dernière demeure. Les participants se sont alors séparés sur cette image forte en émotion.


Mayotte. En mémoire aux milliers de victimes en mer

Depuis 1995 plusieurs milliers de personnes ont perdu la vie en tentant de rejoindre les côtes mahoraises.

Se souvenir d’eux c’est aussi revendiquer la fin d’une hécatombe :

Parce que la Charte des droits de l’Homme affirme que « Tout Homme a le droit de circuler librement » (article 13) ;

Parce que l’accès aux droits n’est pas respecté (justice, santé, éducation…) ;

Parce que la répression aveugle n’épargne personne ;

Parce que les pratiques des forces de l’ordre sont de plus en plus inhumaines ;

Parce que 26 405 reconduites c’est plus d’une personne sur dix à Mayotte ;

Parce que derrière les chiffres, il y a des vies brisées ;

Parce que la machine à expulser tue, nous avons le devoir de nous indigner :

MOBILISONS NOUS !!

MANIFESTATION LE 23 FEVRIER 2011 


RASSEMBLEMENT A 16H A LA POINTE MAHABOU. 
DÉPART A 16H30 DE LA MANIFESTATION

Signataires à Mayotte 
RESFIM (Réseau Éducation Sans Frontière Ile de Mayotte), 
La Cimade Mayotte, 
FSU Mayotte (Fédération Syndicale Unitaire), 
SUD Éducation Mayotte.

Autres signataires
- six associations membres de Mom : ADDE (avocats pour la défense des droits des étrangers), La Cimade, Elena (les avocats pour le droit d’asile), Gisti (Groupe d’information et de soutien des étrangers), LDH (Ligue des droits de l’homme), MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples).


- autres associations
 : ACDH (Association Comorienne des Droits de l’Homme), AMDH. (Association Marocaine des Droits Humains), AFAD. ( Association des Femmes Algériennes pour le Développement), FASTI ( Fédération des Associations de Solidarité avec les Travailleurs-ses Immigré-e-s), FSE (Fédération syndicale étudiante), GAC (Guilde des Artistes Comoriens), GRDC (Groupe de Réflexion sur le Devenir des Comores), GRITAC (Groupe de Réflexion pour l’Intégrité Territoriale de l’Archipel des Comores), La Marmite aux Idées, SOS Démocratie Comores,

Retrouver cet appel (avec l’affiche et le tract bilingue) de la manifestation) sur internet

http://www.migrantsoutremer....

* "Mayotte, paroles de sans-papiers" -
Un web-documentaire en 7 épisodes de Renaud Eletufe pour Médecins du Monde -
Voir les vidéos
http://www.medecinsdumonde.org/fr/P...

Expulsions massives de sans papiers, climat de peur et de tension qui les poussent à se cacher et à renoncer aux soins, politique répressive qui laissent des enfants orphelins ou isolés après l’expulsion de leurs parents... 7 courts documentaires qui dressent le portrait d’un territoire français où règnent des situations d’exception et qui donnent la parole aux sans papiers


On peut lire de nombreux articles sur l’histoire et la situation aux Comores et à Mayotte sur le site de Mille Bâbords (Voir moteur de recherche en page d’accueil.)


Pour info :

Manifestation Mayotte le 23 février 2011

Les organisations et citoyens organisateurs de la manifestation du 23 février 2011 à Mayotte «  En mémoire aux victimes en mer » souhaite inviter les associations qui souhaitent soutenir ou même signer
l’appel à mobilisation lancé par notre collectif sur les politiques migratoires criminelles et assassines menées à Mayotte et à travers le monde. Ces politiques outre la criminalisation des migrants sont devenues meurtrières.

La création en 1995 à Mayotte du « visa Balladur » a coûté la vie à plus de 10 000 personnes dans ce bras de mer de 70km, faisant de cette partie du monde le plus grand cimetière marin du monde ! Sur cette quatrième île de l’archipel des Comores (dont l’occupation française reste toujours contestée par l’ONU et l’OUA) où vivent près de 200 000 âmes, ce ne sont pas moins de 26405 personnes dont 6405 enfants qui ont été expulsés cette année, soit près de 13% de la population de l’île ! L’île compterait également plus de 45 000 sans papiers vivant dans la crainte des rafles quotidiennes, des reconduites éclaires (le temps de rétention est en moyenne de 0,94 jours selon la préfecture) et autres actes de répression qui font vivre dans la peur plus d’un tiers de la population de l’île !

Dans ce climat de guerre aux migrants et devant ce constat accablant des politiques migratoires, les militants tentent au quotidien d’enrayer la machine implacable par tous les moyens. C’est dans cet
état d’esprit de résistance que les associations, les syndicats et des citoyens ont décidé d’organiser cette manifestation le 23 février prochain, la première depuis trois ans. Nous avons décidé de
relayer cette initiative dans tous les réseaux possibles car si cette machine semble si efficace, c’est sans nul doute du fait de l’isolement et de l’éloignement de ce territoire perdu au milieu du canal du Mozambique dans l’Océan indien.

Premiers signataires :

RESFIM (Réseau Education Sans Frontière Ile de Mayotte), La Cimade Mayotte, FSU Mayotte (Fédération Syndicale Unitaire), SUD Education Mayotte, GISTI (Groupe d’Information et de Soutiens des Immigrés) , MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples)

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