Une tribune pour les luttes

Solidarité avec les révoltés de l’incendie de la prison pour sans-papiers du Canet à Marseille.

Rendez-vous le jeudi à 18H à la chrysalide (14, rue Benedite, entre la friche et le parc Longchamp)

Article mis en ligne le vendredi 1er avril 2011

Le 9 mars, la prison pour sans-papiers du Canet à Marseille est hors
service suite à un incendie. C’est le lieu, appelé Centre de Rétention
Administrative, où l’Etat enferme des gens (uniquement parce qu’ils n’ont
pas de papiers) raflés lors de contrôle d’identité en attendant de
s’organiser pour les expulser sous trente jours. Des retenus ont mis le
feu à des matelas dans deux bâtiments différents. Les retenus, intoxiqués
par les fumées, ont été emmenés à l’hôpital. L’un d’entre eux en a profité
pour se faire la belle.

« On a été soignés, rapidement, légèrement, ce qui est normal aux yeux de
l’état français parce qu’on est sans papiers. Aucun droit. On a passé
toute une soirée dans une cour, à l’air, jusqu’à 23h, et puis on a été
conduits dans une petite salle de 12m2. On était 36 personnes. Entre 23h30
et minuit, ils nous ont conduits au centre de rétention de Nîmes. Pire que
des animaux, on est restés dans une salle jusqu’au petit matin. »

Très peu ont été libérés contrairement à ce qui se passe d’habitude lors
de transferts collectifs suite à des incidents. Le message est clair : la
volonté du pouvoir d’étouffer tout espoir de libération par des actes de
révoltes qui sont quotidiens. De l’Australie à l’Italie, de la Lybie à la
Belgique : évasions collectives, départs de feu, grèves de la faim,
mutineries... Alors, la vengeance de l’État ne se fait pas attendre : on
pense à ceux de Vincennes (jusqu’à 3 ans ferme), ou de Bordeaux (jusqu’à 5
ans).

Six des retenus du Canet sont actuellement en détention provisoire à la
prison des Baumettes, soupçonnés d’avoir mis le feu. Une instruction est
en cours. D’une prison à une autre, de la « rétention » à la « détention
 », il n’y a qu’un pas, souvent franchi lorsque l’on s’oppose à son
expulsion, que l’on donne une fausse identité, qu’on ne se laisse pas
faire.

Dès le lendemain de l’incendie, un rassemblement spontané devant le
commissariat est venu manifester son soutien avec les sans papiers placés
en garde à vue avant leur inculpation. Un collectif décide alors de
s’organiser pour exprimer sa solidarité avec ce geste de révolte qui n’est
pas un acte de désespoir mais bien au contraire un acte de résistance
contre l’enfermement. Qu’ils soient coupables ou innocents, peu importe,
il s’agit de soutenir ceux que l’État a choisi pour se venger de ce coup
porté à la machine à expulser :
le centre de rétention du Canet est fermé jusqu’à nouvel ordre.

Un centre de rétention en moins, c’est concrètement une diminution des
rafles et des expulsions. Les centres de rétention sont un rouage de la
machine à expulser, outil des politiques migratoires. Par ce dispositif de
gestion des populations, l’État cherche à fragiliser une main-d’œuvre
immigrée forcée de se
cacher dans la peur quotidienne du contrôle et de l’expulsion, et surtout
d’accepter n’importe quel boulot payé des miettes et n’importe quel
logement pourri hors de prix. L’Etat crée ainsi une catégorie de
travailleurs avec droits au rabais ou sans droit pour le plus grand profit
des patrons et ainsi fout la pression sur les autres travailleurs. Par la
mise en concurrence des travailleurs légaux et illégaux, c’est l’ensemble
des salaires et des conditions de travail qui sont précarisés. Cette
stratégie économique est légitimée par une idéologie raciste et
post-coloniale qui construit l’image de l’immigré comme ennemi intérieur
responsable du chômage et de l’insécurité, créant ainsi un climat de
haine, la guerre de tous contre tous : diviser pour mieux régner.

Dans ce monde de soumission et de résignation, où l’État impose sa terreur
à coups de contrôles, de flics, de juges, de prisons, lorsque des
individus, du fond de leur trou, passent à l’offensive en détruisant une
prison, ça nous touche parce que nous aussi nous sommes enfermés,
contrôlés, jugés pour mieux être exploités. La destruction d’une prison,
c’est un peu d’air et d’espoir, comme un écho aux révoltes dans les pays
du maghreb et du moyen-orient. Lorsque le pouvoir approuve du bout des
lèvres ces révoltes, c’est pour ériger nos démocraties comme unique
modèle, en oubliant qu’ici aussi, on exploite, on enferme, on tue, au nom
de la liberté, celle des puissants, qui vivent sur notre dos, qui nous
volent jusque nos vies pour s’enrichir.

Voilà pourquoi nous nous réjouissons quand une prison brûle. Voilà
pourquoi nous nous réjouissons que partout dans les centres de rétention
éclatent des révoltes. Les révoltés de Marseille ont brûlé leur prison de
l’intérieur, poursuivons la lutte à l’extérieur. Organisons nous pour
soutenir les 6 inculpés.

Rendez-vous le jeudi à 18H à la crysalide (14,
rue Benedite, entre la friche et le parc Longchamp)

pour nous contacter : soutien6cra chez riseup.net

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