Une tribune pour les luttes

Témoignage

Vacances tunisiennes.

L’accueil des réfugiés.

Article mis en ligne le mardi 17 mai 2011

Par mail

"Un Tunisien disait que les Lybiens réfugiés en Tunisie sont bien
mieux traités, et c’est vrai, alors même qu’ils sont 200 000 et que la
Tunisie est plus pauvre que la France."

Je tiens à vous faire partager ce mail que j’ai reçu :
Voici un récit poignant d’amis revenus de Tunisie il y a 15 jours

Objet : Vacances tunisiennes

Bonjour à tous,

Nous voilà rentrés de Tunisie où nous pensions passer une
semaine de repos total à ne rien faire et à ne penser à rien ? mais
l’actualité en a décidé autrement !
Suite à la révolution tunisienne, les langues se sont
déliées et les tunisiens sont ravis de pouvoir enfin dire aux
touristes intéressés tout ce qu’ils ne pouvaient pas exprimer
auparavant, et ils ont de quoi parler des heures et des heures !
Discussions passionnantes et interminables donc, mais ce n’est pas
tout.

Dès le début de la semaine, nous avons vu débarquer 350
réfugiés à l’hôtel, venant tous de Lybie et n’ayant pas mangé depuis 5
jours ? sacré choc pour nous autres ! J’ai réalisé en les regardant que
je ne connaissais pas dutout la vraie faim.
En tentant de communiquer avec eux dans un anglais très
accentué thaïlandais, nous avons compris qu’ils n’avaient eu le temps
de rien récupérer avant de partir et qu’ils n’avaient même plus de
papiers. Ils travaillaient en Lybie pour une grosse boîte allemande de
BTP, qui a gardé tous leurs papiers et n’a pas pris en charge leur
rapatriement vers la Thaîlande.

Nous avons ensuite compris que la ville de Zarzis vers
laquelle nous nous trouvions était remplie de réfugiés également,
dormant dans tous les lieux publics, les mosquées et même chez
l’habitant.
Les tunisiens ont conscience d’être à l’origine de ces
révolutions et prennent à cœur leur responsabilité en accueillant les
bras ouverts tous ces réfugiés. Ils étaient tous étrangers, employés
en Lybie comme main d’œuvre à très bas prix, la plupart par des
entreprises européennes.

Mardi 1er mars, les ONG n’étaient pas encore sur place, mais tout
était pris en charge par l’armée et le peuple tunisien. Nous avons vu
des familles entières dans Zarzis apporter leurs tapis et leurs
matelas pour donner un lit aux réfugiés, les hommes distribuer les
quelques médicaments qu’ils avaient, les femmes cuisiner des énormes
couscous et distribuer des parts dans les rues, les hôtels organiser
des distributions de sandwichs et ouvrir grand leurs portes(sauf le
Club Med ?).
Une belle leçon de solidarité ?

Le mercredi sont arrivés à l’hôtel les représentants et
coordinateurs de toutes les ONG présentes sur le terrain. 92 000
réfugiés avaient déjà passé la frontière, des campements de fortune
installés tout le long des routes, et toujours pas d’eau. Deux enfants
sont morts de froid dans la nuit du mardi au mercredi. Les premiers
campements de l’UNHCR ont été montés et des listes circulaient pour
toutes les denrées alimentaires manquantes.
Spontanément, chacun s’est mobilisé pour charger des
voitures, des charrettes, des taxis et aller remplir les entrepôts des
ONG.
C’était tout simplement incroyable.

A l’hôtel, les touristes aussi ont donné beaucoup d’argent.
Jeudi, nous voilà donc partis, 4 touristes et 3 taxis, faire les
courses avec cet argent, remplir les coffres pour aller déposer tout
cela sur le campement de l’armée tunisienne à la frontière lybienne.
Mais nouvelle surprise : après les thaïlandais, les chinois
et les égyptiens, les nouveaux arrivants venaient du Bengladesh. Ils
étaient apparemment les plus exploités, les plus démunis et avaient
fait la route à pied depuis Tripoli. Lorsque nous sommes arrivés sur
place, une procession de 10 km d’hommes à la queue leu leu avait déjà
passé la frontière dans un calme impressionnant. Ils nous
rencontraient avec le sourire, tout étonnés d’être accueillis, prenant
en s’excusant et en nous bénissant les bouteilles d’eau que nous leur
tendions.

Samedi soir, plus de 100 000 réfugiés avaient déjà quitté
l’aéroport de Djerba à destination principalement de leur pays
d’origine, mais aussi quelques uns vers l’Europe. A Zarzis et Djerba,
tout s’est passé dans le calme et la spontanéité. Personne n’avait
peur de personne (sauf au Club Med ?) et chacun s’est senti avant tout
concerné et responsable de ce qui est en train de se passer.

J’espère que nous entendrons parler dans les médias où par
internet de la réaction du peuple tunisien, et pas seulement des
sondages qui annoncent que 67% des français ont déjà peur d’être
envahis. Nous allons bientôt ouvrir un blog avec Nicolas, pour y
déposer quelques photos et témoignages de touristes et de tunisiens
qui ont tenu à parler et nous ont demandé de diffuser ce qu’ils
avaient à dire. Nous vous donnerons l’adresse dès qu’il sera créé.
Ce mail est un peu long mais l’émotion a été très forte
pendant toute cette semaine et j’avais besoin de la partager !

Merci et à bientôt.

Les photos de tout ça, ici :
https://picasaweb.google.com/hernic...

>>

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