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Égypte : justice pour les victimes des violences commises lors des manifestations

Article mis en ligne le dimanche 22 mai 2011

[19/05/2011]

Les manifestations égyptiennes ne sont pas si loin.
Le 19 mai, Amnesty International publie un nouveau rapport sur les violences commises au cours des manifestations antigouvernementales et ayant entrainé la mort d’au moins 840 personnes. L’organisation demande aux autorités égyptiennes de rendre justice à toutes les victimes.

Ce document, intitulé Egypt rises : killings, detentions and torture in the ’25 January Revolution’ (http://www.amnesty.org/en/library/i...), est publié deux jours avant l’ouverture du procès de l’ancien ministre de l’Intérieur Habib El Adly, qui aura à répondre d’accusations liées aux homicides de manifestants.

N’exclure aucune victime des violences et dire la vérité.

Le procès de personnalités haut placées soupçonnées d’être responsables du scandaleux recours à une force excessive contre des manifestants pacifiques est une première étape essentielle. Cependant, la réponse des autorités aux victimes doit aller bien plus loin car de nombreuses victimes de la brutalité des forces de sécurité risquent d’être exclues des initiatives visant à faire suite aux violences commises.

Les familles des personnes qui ont été tuées, ainsi que toutes les personnes qui ont été grièvement blessées ou victimes de détention arbitraire ou de torture, notamment aux mains de l’armée, devraient pouvoir s’attendre à ce que les autorités traitent leurs besoins en priorité, ce qui implique de leur dire la vérité sur ce qui s’est passé, de leur accorder des réparations satisfaisantes et de s’assurer que tous les responsables présumés soient traduits en justice.

Le 16 février, l’ancien Premier ministre Ahmed Shafik a affirmé que les proches des personnes tuées au cours des manifestations recevraient une pension mensuelle de 1 500 livres égyptiennes (environ 180 euros) ou un paiement unique de 50 000 livres égyptiennes (environ 6 000 euros) si la victime n’avait pas de personnes à charge.

Cependant, Amnesty International estime qu’il faut en faire davantage pour les victimes de graves blessures, et notamment payer leurs frais médicaux. Des représentants du gouvernement ont indiqué qu’ils cherchaient comment aider les manifestants blessés mais, à la connaissance de l’organisation, aucune mesure n’a encore été prise.

Amnesty International a également souligné que le niveau d’indemnisation des victimes devrait prendre en compte les circonstances de chaque cas, y compris la gravité de l’atteinte aux droits humains et du préjudice subis.


Preuves accablantes du recours excessif à la force

Le rapport d’Amnesty International fournit des preuves accablantes de recours excessif à la force de la part des forces de sécurité pour tenter de disperser et de réprimer des manifestations. Nombreux sont ceux qui sont morts après avoir été blessés par balle sur le haut du corps, notamment à la tête ou à la poitrine, ce qui suggère des attaques délibérées contre des manifestants ne présentant aucune menace, ou tout du moins un usage inconsidéré des armes à feu.

Plus de 6 000 personnes ont en outre été blessées dans les manifestations, dont certaines garderont des séquelles à vie.

Mission trop restrictive de la commission d’enquête

La commission d’enquête sur les manifestations mise en place par le gouvernement égyptien a rendu publique une synthèse de son rapport le 14 avril. Elle y tient l’ancien ministre de l’Intérieur pour responsable des homicides de manifestants. Si AI a salué les conclusions générales de cette commission et sa coopération avec le ministère public, l’organisation s’inquiète de certaines insuffisances : parmi celles-ci figurent l’absence de publication d’une liste compète des personnes tuées et indiquant les circonstances de leur mort, et l’absence d’enquêtes approfondie sur les cas individuels de détention arbitraire, de torture ou d’autres formes de mauvais traitements imputables notamment à des membres de l’armée.

Or AI a relevé de nombreux cas de torture en détention pendant les manifestations, dans lesquels ont été employées des méthodes telles que les coups de bâton ou de fouet, les décharges électriques (y compris sur des zones sensibles du corps), le maintien dans des positions douloureuses pendant de longues périodes, les injures et les menaces de viol.

L’organisation a par ailleurs demandé des enquêtes supplémentaires sur les circonstances ayant conduit à la mort d’au moins 189 prisonniers au cours d’émeutes dans les prisons.

«  Les autorités égyptiennes ont beaucoup à faire pour rétablir la confiance dans les institutions publiques, qui sont vues comme des instruments de répression et des obstacles à la justice. Elles doivent commencer par réviser les lois qui ont permis que des violations aient lieu et prendre des mesures pour garantir que de telles atteintes ne se reproduiront pas. » a déclaré l’organisation le 19 mai.

Amnesty International a transmis ses conclusions au ministère public pour contribuer aux enquêtes concernant les responsables présumés d’atteintes aux droits humains.
usage abusif de la force, Egypte

Pour un véritable changement en matière de droits humains en Egypte Signez
http://www.amnesty.fr/node/2730/int...

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