Une tribune pour les luttes

Égypte : les autorités doivent enquêter sur les violences commises lors des récentes manifestations

Commentaires sur les dernières manifestations début juillet au Maroc et en Syrie.

Article mis en ligne le lundi 4 juillet 2011

[29/06/2011]

La réaction brutale des forces de sécurité aux manifestations du Caire rappelle les violences commises à la suite de la « Révolution du 25 janvier ». Les autorités égyptiennes doivent immédiatement diligenter une enquête indépendante et impartiale sur la conduite des forces de sécurité lors de manifestations, a déclaré Amnesty International alors que les rassemblements se poursuivent dans le centre du Caire.

Des représentants de l’organisation se trouvant sur place ont vu des policiers antiémeutes donner l’assaut contre des manifestants sur la place Tahrir, lancer du gaz lacrymogène de manière aveugle, frapper des manifestants au moyen de matraques et tirer des coups de feu. Des manifestants ont jeté des cailloux et quelques cocktails Molotov.

Le ministère de la Santé et de la Population a indiqué que plus d’un millier de personnes avaient été blessées, dont 40 agents des forces de sécurité.

« Ces méthodes brutales rappellent les violences du mois de janvier et mettent en évidence l’incapacité [des forces de sécurité] à gérer les manifestations, ce qui est inquiétant à la veille des appels à des rassemblements de grande ampleur le 8 juillet. Ces derniers événements mettent en lumière la nécessité pressante d’une réforme des forces de sécurité qui permettrait à celles-ci de gagner progressivement la confiance des Égyptiens, a expliqué Amnesty International. De nombreuses personnes souhaitent que l’état de droit soit respecté, mais cela ne peut être fait en réprimant les manifestants ou en ignorant les victimes qui réclament justice pour les violences qu’elles ont subies lors des grands rassemblements du début de l’année. »

Mardi 28 juin, près du théâtre Al Balloon, les forces de sécurité ont violemment dispersé des proches des personnes tuées lors de la « Révolution du 25 janvier » qui avaient prévu une cérémonie en hommage aux victimes. Cet événement semble avoir été l’élément déclencheur des récentes manifestations. Les familles présentes voulaient en encourager d’autres à se joindre à elles pour un sit-in qui se déroulait devant les locaux de la télévision d’État, au Caire, depuis le 24 juin.

La mère d’Ahmed Zein Al Abidin, une victime qui habitait le quartier d’Al Amiria, aurait été arrêtée au moment de la dispersion.

Amal Shaker Mohamed Seliman a déclaré à Amnesty International qu’elle avait été insultée et rouée de coups de poing par un agent au poste de police d’Al Agouza.

Son fils Mohamed Zein Al Abdini, âgé de 22 ans, risque d’être poursuivi devant un tribunal militaire. Ce jeune homme a également été arrêté lors de la dispersion. Sa mère a indiqué à Amnesty International qu’il avait été battu en pleine rue par des agents des forces de sécurité et des hommes en civil.

Les familles des victimes et les personnes qui les soutiennent n’ont pas été satisfaites du déroulement des procès d’anciens officiers supérieurs et ont été frustrées de constater que des policiers moins gradés, soupçonnés d’avoir tué des manifestants, avaient conservé leur poste.

Dans la soirée du mardi 28 juin, des affrontements ont éclaté entre les forces de sécurité et des manifestants sur la place Tahrir et dans les rues menant au ministère de l’Intérieur. Ils se sont poursuivis toute la journée du mercredi 29 juin.

Des représentants d’Amnesty International ont pu s’entretenir avec des professionnels de la santé, ainsi qu’avec des manifestants et des agents des forces de sécurité blessés.

Les manifestants souffraient notamment de blessures par balle au dos, aux bras et aux yeux, ainsi que de brûlures et de plaies provoquées par les grenades lacrymogènes.

Les agents des forces de sécurité présentaient, quant à eux, des brûlures et des ecchymoses, ainsi que des blessures à la tête et aux jambes causées par les jets de pierre.

« Nous sommes également préoccupés par les informations selon lesquelles les manifestants arrêtés au cours des affrontements pourraient être jugés par des tribunaux militaires, a ajouté Amnesty International. Des civils ne doivent en aucun cas être traduits devant des juridictions militaires, et tous les manifestants détenus doivent bénéficier d’un procès équitable et conforme aux normes internationales ou être libérés. »


Amnesty International a soumis un ensemble de recommandations à l’attention des nouvelles autorités égyptiennes, dont le but est d’introduire des réformes fondamentales et durables dans le pays pour rompre avec des années de violations des droits humains. Les violations commises avant et après le renversement de Hosni Moubarak ne doivent pas rester impunies.

Signez le message [12/04/2011] :
http://www.amnesty.fr/AI-en-action/...


A voir aussi :

LA REVOLTE DES FAMILLES DES MARTYRS EN EGYPTE
juillet 1, 2011

http://egyptesolidarite.wordpress.c...

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5 Messages

  • Le 4 juillet 2011 à 10:49, par

    « Le ministre de l’Intérieur est un menteur ! », ont scandé les manifestants tangérois hostiles au référendum. Ils brandissaient d’autre part des boîtes vides et criaient « Vides, vides, les urnes étaient vides ! »

    http://www.facebook.com/video/video...

  • Le 4 juillet 2011 à 11:01, par

    Le régime syrien au pied du mur

    03.07.11

    http://www.elwatan.com/une/le-regim...

    Malgré les protestations internationales, les sanctions et son isolement, le régime syrien continue de réprimer dans le sang le mouvement de contestation dont il refuse encore de reconnaître l’ampleur.

    La preuve : au lieu d’aller dans le sens des revendications des Syriens qui réclament depuis le 15 mars dernier davantage de démocratie, le président Bachar Al Assad a répondu en tuant plusieurs d’entre eux et en mettant fin, hier, aux fonctions d’Ahmad Khaled Abdoulaziz, le gouverneur de la province de Hama, ville située à 200 km de Damas. Bref, pour le chef de l’Etat syrien, il n’y a pas de crise politique mais plutôt un problème de gouvernance au niveau local. Un problème qui se règle simplement en renvoyant les responsables « incompétents » chez eux.

    Le limogeage du gouverneur de Hama intervient au lendemain d’une importante manifestation qui a réuni dans cette même localité – où des répressions sanglantes ont déjà eu lieu en 1982 – près de 500 000 opposants au régime d’Al Assad. Comme pour les précédents mouvements de contestation organisés partout en Syrie, les manifestations pacifiques de vendredi dernier ont été sauvagement réprimées par les forces syriennes de sécurité. Celles-ci n’ont pas hésité à faire usage de leurs armes à feu et à tuer 28 civils dans les villes où les Syriens sont sortis manifester. Les manifestants ont défilé dans au moins 268 régions en Syrie, contre 202 la semaine dernière. L’imposante mobilisation citoyenne de vendredi montre en tout cas que les Syriens sont déterminés à arracher leurs droits et à mettre le pouvoir au pied du mur, quel que soit le prix à payer.
    (...)

    Au cours de la journée de mobilisation de vendredi, baptisée « Dégage ! » par les militants pour la démocratie, à l’intention du président Al Assad, Hama a été, selon plusieurs témoignages, le lieu de la plus grande manifestation contre le régime depuis le début du mouvement de contestation, le 15 mars. Depuis cette date, la répression a déjà coûté la vie à plus de 1300 civils et poussé à la fuite des milliers de personnes.

    (...)

    Par la voix de l’opposant Hassan Abdel Azim, l’opposition syrienne vient d’annoncer la création d’un comité national pour le changement démocratique en Syrie. Cette annonce faite suite à une réunion d’opposants au régime qui s’est tenue à Damas lundi dernier. Considérée comme historique, cette réunion avait rassemblé de nombreux intellectuels dans un hôtel de la capitale, pour envisager une alternative à la crise politique actuelle en Syrie et appeler à « la poursuite du soulèvement pacifique ».

    Zine Cherfaoui

    • Le 4 juillet 2011 à 11:24, par

      La plus grande manifestation à Hama depuis le déclenchement de la Révolution en Syrie le 15 mars.

      Vidéo
      http://www.youtube.com/watch?v=3CBJ...

      Les participants scandent des slogans hostiles au régime et appellent à la liberté.

  • Le 4 juillet 2011 à 12:11, par

    lundi 4 juillet 2011

    Ils ont été nombreux, ces dernières années, à expliquer que les dictatures arabes valaient mieux que la démocratie, car celle-ci risquait d’amener les islamistes au pouvoir. Le 27 janvier encore, sur TF1, Frédéric Encel, présenté comme « maître de conférences à Sciences Po » (il est en réalité, comme 2 000 à 3 000 autres, simple chargé de cours), qui parade sur tous les plateaux de télévision, expliquait que « si Moubarak tombe, les islamistes prendront le pouvoir ».

    C’était le même thème que reprenait Caroline Fourest dans une chronique qui a précédé les révolutions arabes de quelques semaines, « Séculariser puis démocratiser » (Le Monde, 29 novembre 2010).

    Cette antienne a servi pendant des décennies à justifier les soutiens officiels aux présidents Ben Ali et Moubarak, mais aussi l’attitude de nombreux responsables politiques. Et on a pu mesurer le degré de collusion entre certains responsables français et la Tunisie – collusion impliquant de solides avantages financiers – avec l’affaire Michèle Alliot-Marie. Mais l’exemple de Bertrand Delanoë montre que les deux grands partis politiques manifestaient la même complaisance. Voici ce que le maire de Paris disait à propos de Ben Ali :

    « Je lui parle beaucoup des opposants. Je dis ce que je pense, et notamment du président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme. En Tunisie, on peut être ami avec des gens qui se combattent. Il n’est pas rare de se retrouver à un dîner ou à une soirée d’amis où il y a les opposants les plus farouches, les légaux, les illégaux, les gens au pouvoir. » Pour justifier son incroyable aveuglement, le maire de Paris poursuit sur cette note pseudo-culturaliste : « Nous, les Tunisiens, nous sommes un peu complexes. C’est un des charmes de la Tunisie. Elle est dirigée de manière autoritaire et je ne méconnais pas la réalité de ce pouvoir. Mais je suis le fils de la Tunisie. Ce qui ne m’empêche pas d’exprimer mes convictions de la même manière avec tous. »

    Les journalistes n’étaient pas en reste, et tous n’étaient pas non plus désintéressés, comme l’a révélé, pour ces derniers, un article du Canard Enchaîné du 29 juin, résumé sur Rue89,« Le Canard épingle des journalistes hôtes de Ben Ali » :

    « Selon l’hebdomadaire, Image 7 organisait les vacances de certains journalistes en Tunisie :

    • du 20 mai au 24 mai 2009, Etienne Mougeotte (Le Figaro), Nicolas de Tavernost (M6), Dominique de Montvalon (Le Parisien) et Alain Weil (patron de RMC-BFM TV) seraient partis à Tunis avec leurs épouses ;
    • du 22 juin au 24 juin 2007, Michel Schifres et Marie-Ange Horlaville (journaliste du Figaro spécialiste du luxe) auraient bénéficié d’un séjour VIP dans la capitale tunisienne ;
    • en juin 2004, Gérard Gachet, ancien de Valeurs actuelles, serait parti cinq jours en vacances avec sa femme à Tozeur ;
    • fin 2004, Image 7 aide Françoise Laborde, alors présentatrice du JT de France 2, à organiser un réveillon à Zarzis avec son compagnon et ses deux enfants. Devenue depuis membre du CSA, elle reviendra en 2010 en vacances et bénéficiera d’une voiture avec chauffeur. »

    Les responsables ont-ils tiré les leçons de ces compromissions ? A lire les commentaires sur le Maroc et sur le référendum concernant la Constitution, on peut en douter. Comme le notait l’envoyée spéciale du Monde Isabelle Mandraud (« Maroc : les réformes du roi plébiscitées », 3-4 juillet 2011), le oui l’a emporté avec plus de 98% et le taux de participation était de près de 73%.

    Le quotidien relativisait toutefois cette « victoire » : sur les 19,5 millions d’électeurs potentiels, seuls 13 millions étaient inscrits et le roi n’a pas hésité à mobiliser les mosquées et les imams, leur faisant lire le 25 juin un prêche dicté par le ministère des affaires islamiques (un imam qui a refusé a immédiatement été démis de ses fonctions).

    D’autre part, le taux de participation est-il réel ? Quelqu’un a-t-il vraiment couvert les bureaux dans les régions éloignées ? Un correspondant marocain a écrit au site Angry Arab (« Covering Morocco », 2 juillet) pour lui faire part du périple de 470 kilomètres qu’il a parcouru dans son pays, ce qui met sérieusement en doute les pourcentages annoncés.

    C’est sans doute pourquoi le Journal du dimanche du 3 juillet titre « Un triomphe en trompe-l’œil » (l’édition électronique publie, en revanche, un article beaucoup moins critique intitulé « Maroc : plébiscite pour le roi »).

    Mais, au-delà de ces polémiques, la question est de savoir si cette Constitution limite les pouvoirs du roi et assure le passage à une monarchie constitutionnelle. La réponse est claire : c’est non. Les pouvoirs du roi restent entiers (y compris celui de faire « approuver », demain, une autre Constitution) et sa fortune immense et la corruption de ses proches resteront sans contrôle aucun.

    Toutes ces limites n’ont pas empêché des responsables et des journalistes français d’expliquer combien le Maroc était un exemple (il faut bien en trouver un puisque la Tunisie et l’Egypte ne le sont plus).

    Rachida Dati, députée européenne, a déclaré le 23 juin : « Le discours révolutionnaire prononcé vendredi dernier par SM le Roi Mohammed VI préfigure d’une réforme constitutionnelle sans précédent qui fait du Maroc un pionnier et un exemple pour tous les pays arabes. » Elle était en visite au Maroc pour le lancement du groupe d’amitié Union européenne-Maroc et elle a appelé le Parlement européen à exprimer un soutien « sans réserve » aux réformes annoncées par le Maroc.

    Ainsi, avant même le vote, un responsable français prend position dans ce qui relève des affaires intérieures marocaines, et cela ne choque personne.

    Quant à Alexandre Adler, dans Le Figaro (« La “révolution de velours” marocaine, un modèle pour le monde arabe ? », 25-26 juin), il écrit :

    « Plutôt que de céder aux intimidations de la rue, le roi a pris les devant, dans la continuité d’une monarchie marocaine que seule une frange minoritaire de l’islamisme conteste réellement. Il propose donc de réaliser en peu de temps la transition vers une monarchie parlementaire où l’instance législative issue du suffrage universel deviendra déterminante dans le vie de la nation. »

    C’est cette contre-vérité qui permet au journaliste de conclure que « les solutions pragmatiques peuvent encore l’emporter à temps ».

    Personne ne peut dire quand la dynastie marocaine tombera. Mais, quand cela arrivera, on sera curieux de mieux connaître les liens avec le roi de tous ces journalistes et intellectuels, de tous ces responsables politiques, de DSK à BHL, qui ont construit leurs splendides résidences secondaires (riyads) à Marrakech ou ailleurs au Maroc.

  • Le 5 juillet 2011 à 08:40, par

    http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=11592

    Invitées à participer à un meeting organisé par la revue La Règle du jeu de Bernard-Henri Lévy, lundi 4 juillet à Paris, plusieurs personnalités représentatives de l’opposition syrienne à l’étranger, ont renoncé publiquement à leur présence à cette manifestation. « Car le message de soutien aurait pu être entendu si l’identité du messager n’était pas si problématique, » selon l’un d’entre eux.

    « Celui qui se fait l’ennemi des droits d’un peuple ne peut prétendre soutenir une révolution fondée sur les mêmes droits », écrit Suhair Atassi, figure emblématique de l’opposition de l’intérieur depuis sa cachette syrienne.

    « Bernard-Henri Lévy a considéré les enfants tués à Gaza comme des “ dommages inévitables de la guerre contre le terrorisme ” et en réponse au massacre dans le camp de réfugiés de Jénine en 2002, il avait visité le camp à bord d’un char israélien et la presse avait publié ses photos et sa déclaration selon laquelle : “ L’armée israélienne est l’armée la plus humaine de l’histoire moderne.”

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