Une tribune pour les luttes

A Lyon comme à Marseille

Contre la traque des Rroms

Marche à LYON samedi 1er octobre à 14 h Place Bellecour
+ Témoignage

Article mis en ligne le samedi 1er octobre 2011

http://rebellyon.info/Marche-en-solidarite-aux-personnes.html

Marche en solidarité aux personnes Rroms contre les persécutions de ces dernières semaines

En une semaine, la préfecture a expulsé 650 Rroms des lieux de vie qu’ils avaient construits. Familles avec femmes enceintes, enfants et bébés ont été pourchassés dans toute l’agglomération jour et nuit pendant deux jours. _ Empêchés de s’asseoir, de se reposer, dans l’impossibilité de manger ou de boire, ils ont erré à la recherche d’un endroit où s’installer.

Cette traque sys­té­ma­ti­que a été orga­ni­sée sous la direc­tion de la pré­fec­ture avec la par­ti­ci­pa­tion de toutes les poli­ces, gen­dar­me­rie, police natio­nale, police muni­ci­pale et même des socié­tés de sécu­rité pri­vées. C’est l’appli­ca­tion zélée de la poli­ti­que gou­ver­ne­men­tale et des nou­vel­les lois. Les popu­la­tions Rroms sont per­sé­cu­tées, dis­cri­mi­nées en Roumanie, en Bulgarie et ailleurs. Ici, elles sont écrasées, les lois leur inter­di­sent de tra­vailler, de séjour­ner plus de trois mois. Les ter­rains où ils cons­trui­sent des habi­tats pré­cai­res sont volon­tai­re­ment rendus insa­lu­bres par le refus de ramas­sage des ordu­res, par le refus d’accès à l’eau pota­ble, par exem­ple. Le har­cè­le­ment, l’expul­sion et la des­truc­tion pério­di­que de leurs lieux de vie, empê­chent de fait la sco­la­ri­sa­tion des enfants, l’accès aux soins et bien sûr d’avoir un toit, même pré­caire. Tout cela est insup­por­ta­ble, ne lais­sons pas faire.

MARCHE contre la traque des Rroms
Samedi 1er octo­bre à 14 h
Place Bellecour

Merci de venir avec un balu­chon sur le dos ou au bout d’un bâton, Il suffit d’un fou­lard, un tissu noué aux quatre coins autour d’un oreiller.

Enfants rroms, tra­qués, dés­co­la­ri­sés, Réagissons

P.-S.

Premiers signataires : AEDH ; AILOJ ; ARAC ; ASET69 ; attac69 ; A.V.D.L. ; C.L.A.S.S.E.S. ; Cdafal69 ; CGT Education ; Cimade ; CSF69 ; Ecologie, Solidarité, Citoyenneté Tassin la Demi-Lune ; EELV69 ; FASE 69 ; Fondation Abbé Pierre ; FSU ; Gauche Unitaire ; Les Alternatifs 69 ; LICRA ; Ligue des Droits de l’Homme 69 ; Lutte Ouvrière ; MJS ; Mouvement de la Paix ; MRAP69 ; NPA ; Parti Communiste ; Planning Familial 69 ; RESF ; RESOVIGI ; Solidaires Rhône ; SOS RACISME 69 ; UJFP ; UNEF

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LYON

Témoignage

Gilberte Renard de l’association C.L.A.S.S.E.S. (Collectif Lyonnais pour l’Accès à la Scolarisation et au Soutien des Enfants des Squats)

Ce jeudi 15 septembre 2011 à 5h45

Je m’arrêtais au delà du terrain de la Chimie. Quelques policiers de la police municipale installaient des barrières tout autour du grand pré, sur l’avenue Jean Jaurés et la rue Solomon.
Deux médecins de MDM étaient arrivés, s’étaient garés dans la rue longeant le pré, rejoints peu après par deux autres personnes de MDM, présences très importantes car sur le terrain des bébés, des femmes enceintes, des personnes âgées nécessitent une protection médicale dans ces moments de stress.

Vers 6h15 une meute d’une centaine de policiers ont envahi le terrain, prêts à dévorer sur ordre du préfet tous ces "êtres dangereux" qui se cachaient le long de la voie de chemin de fer. Ils devaient encore dormir à cette heure ! ils pourraient donc les surprendre et plus facilement les embarquer avec leurs enfants encore endormis dans les camionnettes stationnées le long de l’avenue et des rues proches.

Un petit exercice pour franchir le pré et dégringoler sur les cabanes ... toutes vides !

Et oui ! en tant qu’adultes responsables, ils ont choisi de protéger leurs enfants, de leur éviter les traumatismes d’une expulsion qui, si l’on juge par le nombre de policiers "encarcassés", ne se présentaient pas comme une promenade de santé sous les meilleurs augures.

Pour leurs enfants ils ont quitté leur maison anticipant cette expulsion, laissant derrière eux tout ce qu’ils avaient construits au jour le jour, tout ce qui était une vie difficile certes, mais ils avaient un toit et ils s’étaient retrouvés en famille, en voisins de village ...

Une seule famille est restée dormir dans sa cabane, car les 3 enfants allaient à l’école et ils avaient deux autres jeunes enfants dont un enfant d’ 1 an.

Ce matin les 3 enfants sont partis à l’école, accompagnés par un référent de CLASSES qui est retourné les chercher à la sortie de l’école. (1)

Mais pour aller où ? nombreux appels téléphoniques au 115, pas de place. Comment se fait-il que le Préfet de Région qui organise ces expulsions de terrains, n’organise pas un accueil d’urgence pour ces personnes dont il a un devoir de protection ayant autorité sur celles-ci ...

Des enfants, des touts petits, des bébés, des femmes enceintes, des personnes âgées ont dormi et vont dormir encore cette nuit dans la rue, sur des trottoirs, dans des jardins publics ... mettant en danger les plus fragiles, provoquant une rupture dans le protocole de santé, rupture aussi dans la scolarisation pour certains ...

Terrain de Saint Gobain ; vide aussi, aucun signe de vie. Toutefois, pour m’en assurer, j’ai fait le tour de toutes les cabanes, maisons et j’ai eu le blues ... Je savais qui était dans chaque maison, je revoyais des visages, des sourires, des moments de peine partagés avec certains ... connus depuis plusieurs années.
Des familles avec qui CLASSES avait fait scolariser leurs enfants, les avait accompagnées dans leurs démarches, dans le quotidien ...

Plus rien ... que quelques morceaux de vie : des couvertures, des cuisinières, des bouteilles de butane et aussi quelques objets qui personnalisaient leur maison :une glace, des peluches, des rideaux ...

Des journalistes étaient présents pour essayer d’informer et de faire connaître ces moments difficiles d’une population sacrifiée par une volonté politique qui exclut, qui rejette l’autre qui est différent, population qui a du mal à s’intégrer car elle est pauvre. La France a mis des mesures restrictives à ces populations qui viennent de Roumanie, de Bulgarie qui les empêchent de travailler, donc d’avoir un toit, d’avoir accès à la santé, à une scolarisation pour tout enfant de 6 à 16 ans ... et pourtant ils sont citoyens européens comme nous.

A 8 heures, alors que les policiers ont rejoints leurs abris pour la plupart, les bulldozers sont entrés en action, fracassant, cassant tout sur leur passage, détruisant ces lieux de vie ... avec tout ce qui était dedans. Certes, ils auraient pu revenir prendre des affaires, comme certaines fois cela a été possible.
Mais là il fallait faire un exemple, plaire à une autorité suprême qui ordonne et à qui on obéit !!!

Ce soir, je suis retournée voir ces terrains, ce n’était qu’un amas de carcasses, de bois, de cabanes décortiquées toutes les unes sur les autres comme si un ouragan était passé sur le terrain de la chimie. Je revoyais les images d’Haïti lorsque l’ouragan s’est abattu sur toute la population pauvre, qui avait perdu le peu de ce qui était leur richesse à savoir leurs cabanes. Le monde entier s’est apitoyé à juste raison sur le malheur qui touchait les plus pauvres ...

Et là, à côté de chez nous, les populations rroms qui font partie des pauvres financièrement comme des français avec en + la difficulté de la langue, connaissent aussi un grand malheur, ils ont encore une fois tout perdu, un toit, un espoir !!! et cela dans une indifférence presque totale ...

Quelques chiffres pour "faire du chiffre" :

mardi 13 septembre :
expulsion terrain Balsassari/Marcel Mérieux dans le 7ème : 150 personnes.

jeudi 15 septembre :
expulsion terrain de la Chimie à St Fons : 70 personnes
_ expulsion terrain St Gobain : 100 personnes
Total 320 à ce jour.

J’en connais un qui va être content .... comment s’appelle t-il ? Monsieur Guéant ! il aura un beau cadeau dans ses sabots pour Noël.

Gilberte Renard de l’association C.L.A.S.S.E.S. (Collectif Lyonnais pour l’Accès à la Scolarisation et au Soutien des Enfants des Squats)

(1) Où est cette famille avec leurs enfants au 30 septembre ?

Après avoir dormi dans des jardins publics, sous des porches d’église, ils ont rejoint un terrain où se trouvaient déjà agglutinés d’autres Rroms qu’ils connaissaient près de Vaulx en Velin qui est à l’opposé de St Fons où l’école est très loin.

Mais ... le mercredi 21 septembre sans information récente (décision du Tribunal de mai 2011 pour une expulsion immédiate ...) à 6 heures du matin, toutes les personnes ont été expulsées. Il y avait une centaine de personnes dont une cinquantaine d’enfants, des tts petits, des nourrissons, des femmes enceintes ...

Et à ce jour, nous n’avons pas retrouvé la famille.

De + en + dans l’agglomération lyonnaise, des familles se cachent soit dans des buissons, sous les ponts, sous les porches des églises où elles peuvent s’abriter un peu en arrivant tard le soir pour ne pas être repérée par le voisinage et dans l’attente de la "maraude" de la Croix Rouge qui leur apportera quelques colis de nourriture, mais parfois il n’y en a pas pour tout le monde.

Où sont les valeurs de la République française : LIBERTE - EGALITE - FRATERNITE, ceux qui nous gouvernent actuellement les bafouent sans vergogne.

Cet après midi 16 septembre

70 personnes rroms dont 35 enfants expulsés du terrain St Gobain avaient trouvées un terrain route de Chassieu "Les ROBERDIERES" où il y avait déjà eu des occupants en 2009.. Vers 14h130/15 h. elles ont été chassées de cet endroit. Elles sont restées sur le trottoir de la petite route qui mène à Chassieu avec le ballet incessant des voitures de police. J’ai informé MDM, ALPIL et CIMADE car plusieurs personnes avaient eu des OQTF. Puis branle- bas de combat (pacifique) après avoir utilisé mon téléphone pour chercher des voitures afin d’aller dans des terrains "convoités".

J’ai été invitée à me joindre au convoi accompagnée de 2 adultes et 3 enfants. Direction Décines : un lieu où des familles nous attendaient ..... et la police aussi.

Bien sûr, nous continuions notre route sans nous retourner ... pour atteindre l’autre lieu où enfin ils pourraient s’installer ... les femmes ne s’étaient pas installées car la police était encore là ...

Nous avons poursuivi notre périple vers Jonage, j’étais sur la réserve (d’essence), le téléphone sonnait tout le temps et ce n’était pas évident de répondre alors qu’ils partaient à droite ou à gauche au dernier moment ... J’étais la dernière de 5 voitures. A un rond point, ils se sont arrêtés, sont descendus de voiture, ont discuté, ont crié ... ils n’avaient pas l’air d’accord, dans les gestes certains voulaient continuer la recherche et je crois que l’autre groupe l’a emporté et ils m’ont fait comprendre que l’on retournait ... ouf. Je dis "ils" car il n’y avait que des hommes. Les femmes avaient eu une autre mission : celle de réserver le lieu .

Sur le retour, nous voyions des groupes de femmes avec leurs gros baluchons accompagnés par une voiture de police, et plus loin un autre groupe de femmes suivies par un policier !!! Ils sont vraiment traqués de manière ignoble, lorsque je dis que c’est de la torture morale, je le soutiens en les voyant faire ... et les enfants ... dans la voiture je sentais qu’ils étaient mal, Denis le plus grand qui allait à Parmentier voulait que je le ramène sur le terrain pour rechercher ses affaires. Je crois vraiment qu’ils leur mènent cette vie de poursuite pour qu’ils repartent dans leur pays, un car est prévu ... ce sera 2 ou + certainement un charter,

une fois là bas la France signera des accords avec la Roumanie pour qu’ils ne puissent plus revenir. Je crois que la "libre circulation" pour tout européen même si elle existe, risque d’être occultée par des pressions tellement fortes que les populations ne pourront résister longtemps.

Puis après bien m’être perdue dans ces quartiers que je ne connaissais pas, en plus c’était un peu crispant de les suivre sans qu’ils m’attendent après un feu rouge. Surtout qu’ils se trompaient de route et me faisait signe de faire demi-tour ou de refaire un tour de rond-point pour prendre une bonne route éventuelle ...

Retour à la case départ où ils se sont tous retrouvés.

A. est venue nous rejoindre en sortant de son école.

La police est à nouveau passée. Une autre voiture de police était restée garée vers le petit bois, les attendant certainement.

3 personnes avaient reçues une OQTF. avec le délai de 30 jours. J’ai relevé leurs noms et dates et lieu de naissance, pour les transmettre à la Cimade pour les recours.

J’avais dans ma voiture des boissons, des verres, restes d’un stand sur le marché de ce matin par le club de retraités dont je suis secrétaire.

Avec A., nous avons fait la distribution afin que les enfants et les adultes en aient tous.

Je suis partie vers 19 heures.

Je viens d’avoir un sms de Jean Philippe qui dit qu’il est à Chassieu à 22h 20 et que 20 policiers sont venus chasser les Rroms.

Vendredi 16 septembre à partir de 22h20, 20 policiers sont venus pour chasser les familles rroms qui avaient montées leurs tentes et/ou se protégeaient sous les quelques couvertures qu’elles avaient pu emporter lors de leur départ des terrains de St Fons.

Le 115 - ayant été prévenu du nombre important de familles avec enfants, jeune femme près d’accoucher -... a envoyé la Croix Rouge pour apporter des couvertures et de la nourriture. A cette occasion, les personnes de la Croix Rouge ont pu discuter avec les policiers et obtenir qu’ils ne les expulsent pas de suite. Cela a été accepté à condition qu’au lever du jour ils soient partis. Toutefois, ils ont tout de même, pour se sentir utiles, relevé les identités de toutes les personnes !

La suite nous l’avons appris par les familles. Elles sont parties à 2 h. du matin avec enfants et baluchons, sachant que leurs baluchons maigrissent de lieu en lieu au gré de la fatigue. Elles sont entrées dans le terrain de la Soie à Villeurbanne ... mais la police de Villeurbanne les a expulsées dans la matinée. Et encore une fois elles se sont installées sur le trottoir en face du terrain, qu’elles ont dû quitter pour une autre destination !!!

Le terrain après le Château d’eau à Vaulx en Velin en face de la voie du tram a dû leur paraître tout à fait approprié, car de l’autre côté d’un monticule qui les cachait de la route, quelques arbustes qui faisaient de l’ombre où ils ont pu se reposer que ce soient les adultes et les enfants. Et là, encore, la police de Vaulx en Velin est passée pour leur dire qu’ils ne pouvaient rester sur ce terrain. Alors que c’est un terrain vague sans aucun bâtiment ou habitation alentour. Ils sont revenus à deux vers 3h1/2, et là le chef nous a dit que si dans 3/4 d’heure ils n’étaient pas partis, il était obligé d’appeler les équipages qui les expulseraient.

Comme d’hab. : retour case départ. 1 heure après le chef et son collègue reviennent et regrettent qu’ils ne soient pas partis ... Ils nous informent qu’ils vont appeler les équipages qui les feront partir. Effectivement 1/4 d’heure plus tard, une dizaine de policiers arrivent et rentrent sur le terrain. Les familles se lèvent désespérées pour préparer encore une fois leurs sacs. Ils mettent du temps car ils sont très fatigués, depuis mercredi soir 14 septembre, ils ont erré de lieux et lieux sans dormir que quelques heures peut être, sans manger ... Les policiers sont présents, immobiles mais les laissent faire.

Chargés des baluchons que les hommes ont attachés, des enfants qui traînent de plus en plus, de Iona qui devrait accoucher sous peu et qui porte sa petite fille de 4 ans qui dort, ils franchissent le monticule s’aidant les uns, les autres ... pour redescendre sur la route où ils vont s’installer sur le trottoir en face ... une "brochette " de "misère" sous les yeux des voitures qui passent et regardent ébahis ce "spectacle" inimaginable dans une ville où à quelques mètres un spectacle de musique contemporaine se tenait avec une population urbaine aux antipodes de celle qui était à quelques mètres d’eux.

Le chef de police, certainement conscient de l’image que donnait ces familles anéanties de plus, leur a dit qu’il fallait qu’ils avancent ... Ils ont obéi, se sont levés pour suivre le long de la voie du tram ... tel un peuple en exode, c’était à pleurer. Je restais sur place pour discuter avec des personnes qui se demandaient ce qui se passait.

6 policiers étaient sur le monticule que venaient d’escalader les familles et attendaient d’être certains qu’ils ne revenaient pas. Je me suis approchée d’eux et du bas du monticule je leur ai dit "je vais vous raconter ce que les familles ont vécu depuis mercredi et j’ai raconté très posément ... ils regardaient à droite, à gauche, pas très à l’aise je leur ai demandé de me regarder, un s’est retourné, un a écouté attentivement ... les autres faisaient comme si cela ne les intéressait pas ... qu’importe, ils entendaient.

Ce matin sur le terrain de Chassieu plus personne. ... ils sont ailleurs !!! quelle honte !!!

Les nombreuses et récentes évacuations de familles rroms de la région lyonnaise nous obligent en tant que citoyen/ne à réagir face à cette situation.

Nous refusons le harcèlement dont sont victimes les familles rroms en France.

Une pétition est en ligne depuis le 22 septembre 2011 pour nous permettre d’exprimer notre indignation.

Nous vous remercions de la signer et de la diffuser au maximum auprès de vos contacts.

Chttp://www.mesopinions.com/Non-au-...

Gilberte membre de C.L.A.S.S.E.S qui milite pour la scolarisation des enfants des squatts.

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