Une tribune pour les luttes

"Je conchie l’armée française", Louis Aragon

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Article mis en ligne le lundi 31 octobre 2011

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08/10/2011

« Je conchie l’armée française ». Ce verdict vengeur - prononcé par Louis Aragon en 1928 - semble s’imposer comme une réplique à la récente proposition de l’UMP d’instaurer un «  serment d’allégeance aux armes ». [1]

Copiée du serment d’allégeance au drapeau (Pledge of Allegiance), en vigueur aux Etats-Unis depuis 1942, cette pratique serait imposée aux jeunes arrivant à l’âge de la majorité et aux Français naturalisés. [2]

Après l’instauration des délits d’outrage au drapeau et à l’hymne national - et quel que soit son avenir - cette idée incarne un nouveau repli de la droite sur ses valeurs chauvines traditionnelles. Celles que l’on retrouve tout au long de l’Histoire de la République.

En cette période pré-électorale, il s’agit aussi de rallier autour du futur candidat Sarkozy tous ceux qui ont tendance à penser qu’il n’y a pas d’« honneur de la France » sans gloire militaire, sans trompettes, tambours, drapeaux et défilés. « Ces patriotes professionnels qui ne comprennent la patrie que comme une force exclusive et barbare », disait d’eux Jean Jaurès.

Si la République bourgeoise – représentante d’une classe minoritaire mais dominante – a pu conserver le pouvoir depuis deux siècles c’est qu’elle a réussi à inculquer à nombre de nos concitoyens ce type d’idéologie qu’elle a sciemment confondu avec le patriotisme.

Troupes coloniales.PNGL’identification de la population avec « son » armée a été indispensable hier pour faire accepter les guerres coloniales.

Elle l’est encore aujourd’hui alors que la République est engagée, seule ou avec ses alliés occidentaux, dans d’interminables aventures sanglantes en Afghanistan, en Côte d’Ivoire ou en Libye.

D’où cette obsession de « renforcer la relation entre l’armée et la nation » comme le demande l’UMP.

Selon ses auteurs, ce « serment d’allégeance aux armes » signifierait pour les intéressés l’engagement à « servir le pays sous les armes françaises » si les circonstances l’exigeaient. [3]

Comme si les 1.315.000 Français tués durant la Première guerre mondiale avaient eu le choix – sans qu’il soit besoin d’un serment d’allégeance. Déserter c’était être pourchassé par les gendarmes et conduit au peloton d’exécution.

Le patriotisme n’est pas une valeur en soi. Tout dépend des circonstances.

Autant on le conçoit et on l’admire quand il est le fait d’un peuple opprimé qui lutte courageusement pour son indépendance et sa liberté.

Autant il est suspect, et même franchement détestable, quand il est instrumentalisé et destiné à couvrir des guerres de rapine et de conquêtes.

Malheureusement notre République s’est située trop souvent dans le passé - et continue de se situer - dans cette dernière catégorie.

Dans ces conditions, personne n’est en droit d’imposer une allégeance inconditionnelle à l’armée d’un tel Etat.

JPD

[1] Louis Aragon, Traité du style, 1928. Aragon a été médecin auxiliaire sur le front des Ardennes durant la Première guerre mondiale. Nommé adjudant et décoré de la Croix de guerre pour son courage, il a été un des témoins de l’horreur du conflit.

Conchier est un mot de l’ancien français qui signifie « souiller d’excréments ».

[2] Selon un sondage, 62% des Français y seraient favorables.

[3] Projet de serment concocté par l’UMP : « Je jure allégeance au drapeau français et à la République qu’il incarne : une nation une et indivisible. En présence de Marianne et devant le peuple français, je jure de rester fidèle à mon pays, de respecter ses valeurs républicaines, et de remplir tous les devoirs que m’impose sa Constitution ».

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