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Article mis en ligne le dimanche 27 novembre 2011
18 Nov 2011
Avec les liens :
http://owni.fr/2011/11/18/la-democratie-par-tirage-au-sort/
Campagne présidentielle ou non, le couple démocratie-élections s’impose aujourd’hui comme une évidence. D’autres systèmes de sélection sont pourtant possibles, notamment le tirage au sort, comme le rappelle Jean-Paul Jouary, chroniqueur iconoclaste.
Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par choix est de celle de l’aristocratie. – Montesquieu.
Il peut paraître choquant aujourd’hui de se demander si suffrage universel et la démocratie sont identiques, tant le droit de vote a été difficile à acquérir, et tant il est évident que les peuples qui en sont privés sont pour cela même privés de démocratie. De fait, il n’est pas de démocratie sans que le peuple opère ses choix par le suffrage universel.
Cela signifie-t-il pour autant que tout suffrage universel soit démocratique ? Aux Etats-Unis par exemple, parce que les juges sont élus, ils peuvent faire campagne en surfant sur les passions populaires du moment, quitte à ignorer ce que les lois ont de plus légitime et, dans certains Etats, usent même de la peine de mort à cette fin. A l’inverse, en France par exemple, on trouve normal de ne pas élire les jurés d’assises, mais de les tirer au sort, parce que les élire conduirait ici aussi à faire dépendre la justice de la perception passionnelle de tel ou tel fait divers du moment. Dès qu’il s’agit d’appliquer une règle décidée par le peuple, et de rien d’autre, et surtout pas de donner le pouvoir de modifier les règles, le tirage au sort ou la nomination administrative paraissent plus démocratique que l’élection par suffrage. Ce principe est admis, sauf dans l’exception notable… de la nomination des gouvernants !
On ignore trop souvent qu’au XVIIIe siècle encore, Montesquieu pouvait écrire comme une évidence que “le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par choix est de celle de l’aristocratie”. De même que dans la Grèce antique, où fut inventée la démocratie, Aristote considérait “comme démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort et comme oligarchiques qu’elles soient électives.” Pourquoi donc pendant des siècles a-t-on considéré qu’élire des gouvernants était opposé à la démocratie ? La raison en est que celui qui est tiré au sort ne peut se prévaloir d’un choix par le peuple pour ses idées et qualités personnelles, et ne peut donc prétendre qu’on lui a confié le pouvoir de décider en son nom, à sa place, voire contre lui. Tandis que celui qui a été élu se sent investi d’une confiance qui se transforme bientôt en prétention qu’on lui a délégué le pouvoir de décider de la sorte, c’est-à-dire à la place du peuple.
C’est pourquoi à Athènes le tirage au sort fut pratiqué pendant deux siècles pour désigner l’immense majorité des magistrats de l’administration, étant entendu que les décisions essentielles appartenaient au vote direct de l’ensemble des citoyens. C’est pour les mêmes raisons qu’à l’aube de la Renaissance italienne, dans les périodes républicaines de cités comme Florence, les démocrates refusèrent l’élection des gouvernants au suffrage universel et préférèrent encore une fois les tirer au sort.
Proposer de tirer au sort le Président de la République et les députés passerait bien sûr pour une plaisanterie dans la France d’aujourd’hui : il y faut des “compétences”, se moquera-t-on. Et puis le peuple d’un grand pays ne peut passer son temps à voter ! Mais alors, pourquoi parle-t-on encore de “démocratie”, si le suffrage universel donne des pouvoirs à l’ensemble des incompétents ? Et si consulter le peuple est si dangereux, pourquoi prétendre le “représenter” ? Décide-t-on en son nom ou à sa place ? Après tout, il y a peu de temps, on entendit à droite et dans une certaine gauche qu’il serait mauvais de refaire voter les Français sur le Traité de Lisbonne car ils risqueraient de le refuser une seconde fois ! Ajoutons que si la France est capable de vendre à des dictatures des moyens électroniques de surveillance de l’ensemble d’un peuple, pourquoi les mêmes techniques ne permettraient-elles pas de consulter le peuple sur une foule de questions qui le concernent ?
En fin de compte, vingt-cinq siècles de démocraties diverses et de réflexions philosophiques tout aussi diverses sur la démocratie nous enseignent une chose finalement très simple : le suffrage universel est à la fois la condition absolue de toute démocratie, et le moyen le plus efficace jamais inventé pour conduire un peuple à déléguer lui-même toute sa souveraineté à quelques-uns. Le problème devient donc celui que nous posions dans notre première chronique : celui de la verticalité des processus de décisions, du haut vers le bas comme du bas vers le haut, et de l’urgence de déployer pleinement l’activité citoyenne horizontalement.
Le développement multiforme des manifestations d’‘indignés”, de Tunis au Caire, de Madrid à Tel Aviv et de New-York à Paris, ne traduit-il pas l’émergence d’une nouvelle façon de pratiquer la démocratie, et de substituer à des shows médiatiques générateurs de passivité citoyenne une communication sociale entre tous les acteurs sociaux, génératrice d’inventions citoyennes ? Le sentiment que les “représentants” du peuple ne le re-présentent plus vraiment conduit ainsi au désir de manifester directement sa présence. Loin d’être donc un risque pour la démocratie et une dépolitisation, ces pratiques nouvelles annoncent-elles peut-être une réinvention très politisée de la démocratie active. A la confiance aveugle et la dépossession de sa souveraineté, qui conduisent de fait à l’abstention, aux exaspérations dangereuses et à la soumission, il n’est pas impossible que se substitue peu à peu, de façon tâtonnante, une conception plus exigeante de la politique.
A regarder :
Mille Bâbords 17770
Conférence Vidéo
Le tirage au sort comme bombe politiquement durable contre l’oligarchie
Étienne Chouard et Culture-Libre
Réflexions sur notre système politique actuel et une solution alternative :
http://www.dailymotion.com/culture-libre#videoId=xiyzhh
et
Mille Bâbords 16938
Pourquoi et comment instituer une vraie démocratie en 2012.
Etienne Chouard - Le tirage au sort des députés , 4 petites vidéos.
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Le samedi 18 mai 2013
mardi 14 mai 2013
À tous ceux qui ne se trouvaient pas au pseudo-forum de la biologie de synthèse, au CNAM le 25 avril 2013 (c’est-à-dire tout le monde) et à tous ceux que l’interruption de la retransmission sur Internet, ordonnée par les organisateurs, a privé de l’événement (c’est-à-dire personne), nous offrons la transcription des principales interventions, précédée d’une analyse sur le vif de cette (...)
Le jeudi 16 mai 2013
Articles (à consulter en cliquant ici ) :
* Laurent Mucchielli - Délinquance et immigration : des préjugés à l’analyse (spéciale dédicace à Zemmour, Raufer, Obertone, Bilger et consorts)
* Jean-François Impini - Un mensonge d’État. L’imposture sécuritaire (et les statistiques de la délinquance)
* Nicolas Soulier - Contre la "stérilisation" des espaces publics : reconquérir les rues
* Cyprien Avenel et (...)
Le lundi 13 mai 2013
A lire, amender, c’est une base de travail.
1. Les habitants demandent la mise en place d’une instance officielle de dialogue et de travail permanente avec les institutions publiques au plus haut niveau de décision (Préfets, Procureur, élus…). Celle-ci pourra être saisie par les habitants sur l’ensemble des données concernant la situation des quartiers populaires. Nous souhaitons que cette situation (...)
Le vendredi 10 mai 2013
7 mai 2013
Il n’est pas rare de lire ou d’entendre, ici ou là, des politiciens, relayés par quelques journalistes ou chercheurs, rapporter, et même radoter, que « la prison est une nécessité de la République ». Cet énoncé associant la pénalité à l’emprisonnement dans des liens confraternels et insécables est au demeurant typique et éculé, puisqu’il remportait déjà un franc succès dès la naissance de la (...)
Le vendredi 10 mai 2013
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