Une tribune pour les luttes

ATTAC

Le plan de rigueur en débat : "Ce n’est pas une erreur, c’est une stratégie"

par Thomas Coutrot
Pétition " Pour un audit citoyen de la dette ! ... et le lancement d’un vaste débat démocratique" .

Article mis en ligne le vendredi 25 novembre 2011


http://www.france.attac.org/


Le plan de rigueur en débat : "Ce n’est pas une erreur, c’est une stratégie"

Article paru dans le Monde du 15.11.11

Début 2010, la "troïka" (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international) impose à la Grèce son premier plan d’austérité. Il apparaît alors qu’on a décidé de profiter de la crise financière pour porter des coups décisifs aux compromis sociaux concédés après la deuxième guerre mondiale. La parenthèse "keynésienne" – consistant à laisser filer temporairement les déficits publics pour éviter que l’effondrement de Lehman Brothers ne se transforme en cataclysme incontrôlable – est refermée, et l’offensive décrétée contre les dépenses publiques et les droits sociaux en Europe.

L’Espagne, le Portugal, l’Italie, la France, la Grande-Bretagne, et même l’Allemagne, suivent ensuite le même chemin : blocage des salaires et/ou réduction du nombre des fonctionnaires, réformes des retraites, de l’assurance-maladie, remise en cause des politiques et prestations sociales, privatisations… Des mesures – qui n’ont qu’un rapport très lointain avec les déficits et la dette – sont imposées avec la même urgence : les patrons grecs et espagnols pourront licencier plus facilement et se débarrasser des conventions collectives, le salaire minimum irlandais est réduit…

Dans une incroyable lettre secrète, expédiée le 5 août, M. Trichet enjoint à M. Berlusconi de réformer le système de négociation collective, de réduire la protection des salariés contre les licenciements et de mener "une vaste réforme de l’administration publique afin d’améliorer l’efficacité administrative et la bienveillance à l’égard des entreprises"…

Personne ne pouvait ignorer qu’en présence d’un chômage massif approchant ou dépassant déjà 10 %, réduire partout les dépenses publiques en Europe allait nécessairement provoquer une récession et une crise sociale majeure. Les pays de l’Union ont tous comme principaux clients d’autres pays européens. Si chacun se serre la ceinture, aucun ne peut espérer compenser la chute de sa demande intérieure par une hausse de ses exportations.

La récession est désormais une réalité, aggravée par la crise bancaire.

"UN IMPACT RÉCESSIF ÉVIDENT"

Peut-on croire que nos dirigeants n’ont pas vu l’évidence ? L’impact récessif de ces politiques était tellement prévisible que l’hypothèse d’une erreur d’appréciation ne tient pas. S’ils s’acharnent à mener des politiques qui provoquent récession et chômage, c’est pour préserver quelque chose de plus important à leurs yeux que la stabilité économique et le bien-être des populations. Il s’agit de sauver à tout prix l’édifice institutionnel de la zone euro. Celui-ci repose sur deux principes : les capitaux et les marchandises doivent circuler librement dans la zone euro et avec le reste du monde ; les Etats doivent financer leurs déficits en empruntant sur les marchés financiers, sous la férule des agences de notation. Ces deux règles garantissent que les
gouvernements et les travailleurs européens demeureront soumis à la discipline exigée par l’industrie financière.

L’union monétaire a été construite sans budget commun, soumise aux marchés, ouverte à tous les vents de la spéculation, et avec interdiction expresse de toute solidarité entre Etats. Cette dernière clause a du être abandonnée par la force des choses, et il va falloir réformer les traités pour pérenniser le Fonds européen de stabilité financière. Mais nos dirigeants veulent conserver l’essentiel : grâce la libre circulation des capitaux et des marchandises, rien ne doit venir limiter la concurrence entre salariés européens, ni entre ceux-ci et les travailleurs des pays du Sud. La crise bancaire et financière qui s’aggrave désormais de façon irrémédiable, la récession et le chaos économique qui va s’ensuivre, pourraient permettre dans les années à venir de réduire d’environ un tiers la protection sociale et les salaires en Europe, comme les Grecs en font déjà l’expérience.

La restauration de la compétitivité de la vieille Europe face à la Chine et aux Etats-Unis se ferait ainsi au prix de convulsions sociales et politiques majeures en revenant sur les droits sociaux existants et en renonçant à toute Europe sociale ; mais il semble que les détenteurs du capital et leurs alliés dans les technocraties européennes jugent que le jeu en vaut la chandelle. Ils sont d’ailleurs prêts, comme en Grèce, à chercher des alliances très à droite pour le faire. Il y a véritablement de quoi s’indigner.


http://www.france.attac.org/videos/audit-citoyen-de-la-dette-pourquoi-faire


Rappel (Mille Bâbords 18810)

Signez la pétition

Pour un audit citoyen de la dette !

... et le lancement d’un vaste débat démocratique.

http://www.audit-citoyen.org/

Écoles, hôpitaux, hébergement d’urgence… Retraites, chômage, culture, environnement... nous vivons tous au quotidien l’austérité budgétaire et le pire est à venir. « Nous vivons au-dessus de nos moyens », telle est la rengaine que l’on nous ressasse dans les grands médias.

Maintenant «  il faut rembourser la dette », nous répète-t-on matin et soir. « On n’a pas le choix, il faut rassurer les marchés financiers, sauver la bonne réputation, le triple A de la France ».

Nous refusons ces discours culpabilisateurs. Nous ne voulons pas assister en spectateurs à la remise en cause de tout ce qui rendait encore vivables nos sociétés, en France et en Europe.

Avons-nous trop dépensé pour l’école et la santé, ou bien les cadeaux fiscaux et sociaux depuis 20 ans ont-ils asséché les budgets ?

Cette dette a-t-elle été toute entière contractée dans l’intérêt général, ou bien peut-elle être considérée en partie comme illégitime ?

Qui détient ses titres et profite de l’austérité ? Pourquoi les États sont-il obligés de s’endetter auprès des marchés financiers et des banques, alors que celles-ci peuvent emprunter directement et pour moins cher à la Banque centrale européenne ?

Nous refusons que ces questions soient évacuées ou traitées dans notre dos par les experts officiels sous influence des lobbies économiques et financiers. Nous voulons y répondre nous-mêmes dans le cadre d’un vaste débat démocratique qui décidera de notre avenir commun.

En fin de compte, ne sommes-nous plus que des jouets entre les mains des actionnaires, des spéculateurs et des créanciers, ou bien encore des citoyens, capables de délibérer ensemble de notre avenir ?

Nous décidons d’engager le débat et de nous mobiliser dans nos villes, nos quartiers, nos villages, nos lieux de travail, en lançant un vaste audit citoyen de la dette publique.

Nous créons au plan national et local des collectifs pour un audit citoyen, avec nos syndicats et associations, avec des experts indépendants, avec nos collègues, nos voisins et concitoyens.

Nous allons prendre en main nos affaires, pour que revive la démocratie.

http://www.audit-citoyen.org/

Signataires à ce jour du texte de référence (membres du collectif) :

Act Up-Paris, Agir ensemble contre le chômage (AC !), AITEC, Amis de la Terre, Attac, CADTM, CEDETIM, Collectif National pour les Droits des Femmes, Collectif Richesse, Confédération CGT, Convergence SP, Coopérative DHR, Economistes Atterrés, Emmaüs International, Fédération Syndicale Unitaire, Finances CGT, Fondation Copernic, Indecosa-CGT, L’Appel des Appels, Ligue des Droits de l’Homme, Marches Européennes, Mouvement Utopia, Réseau Education Populaire, Résistance Sociale, SNESUP, Sud BPCE, Union SNUI-SUD Trésor Solidaires, Union syndicale Solidaires.

En soutien : Alliance Ecologiste Indépendante, Alternatifs, Europe Ecologie Les Verts, FASE, Gauche Unitaire, M’PEP, NPA, Parti Communiste Français, Parti de Gauche, Parti pour la décroissance

Observateurs :


Acrimed, Alternatives Economiques, Droit au logement (DAL), Désobéissants

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1 Message

  • Le 21 novembre 2011 à 18:05, par

    Métastases transcendantales et cancers du rien

    J’ai arpenté les paysages du Monde
    et le Monde s’asphyxie
    et s’il ne reste qu’un hectare de terre saine, il faudra l’abattre
    et j’apprends que tous le jours il y a des milliers de morts de faim
    et nous essayons d’obtenir la justice, le droit de vivre dignement et la liberté
    et nous seront souvent jugés par de vieilles barbouzes
    et nous irons bientôt en prison pour de vrai pour de bon
    et nous ne serons pas les vedettes du dernier acte
    et les poèmes éclatent dans le jour comme des mines anti-personnels dans les consciences
    et les fusillades aussi descendent dans les veines du peuple

    Et les Pouvoirs ont pris visiblement le visage de la mort
    et leurs faux moissonnent les Républiques
    et c’est pour cela que nous sommes étranglés par les banques et les multinationales
    et c’est pour cela que les Grands au sommet se serrent la main
    pendant que les peuples se serrent le ventre
    et c’est pour cela que le combat doit être quotidien
    et c’est pour cela que l’indignation doit être permanente
    et nous sommes tous menacés par les bandes armées du Capital
    et les pays s’endettent et c’est les plus pauvres qui paient la note
    et nous sommes tous détruits à petits feux par le nucléaire et la pollution
    et les cancers nous guettent à chaque tournant
    et même des écologistes ont remplacé la lutte des classes par la lutte des places
    et nos résistances parfois s’endorment dans une paix funèbre
    et la mort rechigne encore à parler tout haut
    et les fossoyeurs pellent en silence

    Et nous tombons dans les pièges tendus par l’Araignée
    et même les mots se prennent dans sa toile
    et nous courrons à la prochaine manif pour casser les fils
    et les fils tiennent bon
    et la terre tourne sous un nuage de fils
    et les éclaircies sont rares
    et les orages boursouflés grondent au-dessus de la terre
    et les poèmes ne diront jamais plus que la réalité

    Benoist Magnat

    Les poèmes éclatent au jour
    Les poèmes sont des grenades
    de Benoist Magnat, novembre 2011

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