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Sud éducation 13

Audiences refusées.

+ Résistance pédagogique : mais que craignent donc les inspecteurs d’académie des Bouches du Rhône ?

Article mis en ligne le dimanche 11 décembre 2011


http://4tous.net/ecoledemain/spip.php?article717

Résistance pédagogique : mais que craignent donc les inspecteurs d’académie des Bouches du Rhône ?

dimanche 11 décembre 2011


Désobéissance civile

Le traitement de M. Leenhart par ses cadres hiérarchiques est une variante intéressante des réponses apportées par les inspecteurs d’académie face au positionnement éthique des enseignants dits « désobéisseurs ».

La démarche de ces professeurs des écoles s’inscrit dans la logique de la désobéissance civile, et affiche une résistance ouverte et déclarée aux orientations actuelles imposées à l’école, qui portent atteinte à l’intérêt supérieur de l’enfant.

Ces directives sortent en effet du cadre habituel et légitime des programmes et de la gestion habituelle des écoles par l’État.

Elles instaurent le fichage des élèves, via Base élève, le livret personnalisé de compétences, LPC et le passeport orientation et formation qui expérimente actuellement la mise en place d’un suivi informatisé de l’orientation des élèves. Rappelons que l’application Base élèves a suscité une interpellation du gouvernement français par l’ONU en 2010.

Ces directives affectent les rythmes scolaires, en imposant le raccourcissement de la semaine d’école et l’instauration de l’« aide personnalisée » qui allonge de façon contre-productive la journée des enfants en difficulté scolaire. Cette « aide personnalisée » permet de faire croire à un soutien effectif des élèves fragiles. Mais dans le même temps, la suppression massive des postes d’enseignants des RASED empêche de plus en plus souvent la mise en place d’une aide réellement efficace pour les élèves en grande difficulté.

Ces directives mettent enfin en place de nouvelles évaluations nationales qui ont été critiquées de tout côté et dernièrement par le Haut conseil de l’éducation, pour leur inadéquation et leur manque de rigueur, mais qui doivent pourtant servir de base obligatoire au suivi informatisé des élèves et de support pour l’évaluation des écoles. (Lire à ce propos les analyses publiées sur ce site : CM2 et CE1.)

L’engagement des enseignants en résistance pédagogique n’a donc rien d’une démarche irresponsable. Cette prise de risque éthique et professionnelle assumée exige l’instauration d’un débat réel sur le respect fondamental qu’une nation doit à ses enfants.

Sanctions de fait.

Hugues Leenhardt, enseignant à Calas en classe de CP/CE1 s’est inscrit dès 2008 dans les actions du réseau des enseignants du primaire en résistance.

Il a informé son inspectrice départementale de circonscription et son inspecteur d’académie des raisons de sa désobéissance. Il leur a expliqué en toute transparence de quelle manière il poursuivait sa mission de Professeur des écoles.

Suite à cet engagement, plusieurs sanctions de fait ont été prises à son encontre, hors de toute procédure légale paritaire :
- Baisse de la note pédagogique de 16,25 à 8.
- Refus de promotion d’échelon en 2009.
- Retraits de salaire pendant un an en 2009.

Il est à noter que le réseau des enseignants du primaire en résistance et M. Leenhardt ont toujours assumé les sanctions prises à leur encontre. Ils remettent cependant en question leur disparité selon les académies et leur disproportion fréquente.

Et ils exigent qu’elles s’accompagnent au moins d’un positionnement clair de la part des cadres qui la prononcent, et d’un débat de fond sur les questions posées.

“Votre audience est annulée et non remplacée.”

Aussi, M. Leenhardt a-t-il demandé à plusieurs reprises de pouvoir rencontrer M. Trève, l’inspecteur d’académie en poste dans les Bouches du Rhône à ce moment-là. Mais cette demande est restée sans réponse. De même, sa demande de médiation a été refusée par le médiateur académique.

Depuis fin 2009, c’est M. Bénéfice qui est nommé inspecteur d’académie dans les Bouches du Rhône. En cette rentrée 2011, lors d’une visite de rentrée à l’école de Calas, il a laissé entendre à notre collègue que sa porte lui était ouverte : « Pour me rencontrer, c’est possible, il suffit de le demander » a-t-il alors déclaré.

La demande d’une entrevue a donc été réitérée en octobre par M. Leenhardt, et un rendez-vous a été accordé le 23 novembre 2011.

Cependant cette rencontre a été annulée par mail deux jours à peine avant le jour prévu : «  Votre audience du 23 novembre avec l’IA-DSDEN est annulée et non remplacée, merci d’en prendre note. »

M. Leenhardt accompagné d’un représentant syndical et d’un autre collègue se sont présentés à l’inspection d’académie, le 23 novembre, et n’ont pu obtenir aucun complément d’information.

Crainte ?

Ce refus réitéré d’un espace de dialogue envers un enseignant précédemment reconnu dans sa pratique pédagogique peut surprendre.

Est-ce la crainte de se confronter à l’approche éthique du métier d’enseignant défendue par le réseau des enseignants du primaire en résistance ?

Est ce la crainte d’avoir à reconnaître que les questions posées par le Réseau des enseignants du primaire en résistance restent légitimes et d’actualité ?

Est-ce la conviction profonde que la gestion pédagogique du personnel enseignant doit s’appuyer uniquement sur la pratique de la sanction sans aucune nécessité de dialogue ?

Ce refus de rencontre ressemble, dans tous les cas, à du mépris vis-à-vis des enseignants et à une absence de respect vis-à-vis des élèves.

Mais n’est-ce pas la tendance générale impulsée par ce gouvernement ?

Lettre ouverte.

C’est dans ce contexte que M. Leenhardt, soutenu par le réseau des enseignants du primaire en résistance et le syndicat Sud éducation, a adressé cette semaine une lettre ouverte au ministre de l’éducation nationale.

C’est dans ce contexte qu’il refuse, jusqu’à la tenue d’une rencontre effective, qu’un inspecteur pénètre dans sa classe.


Marseille, le 6 décembre 2011

Hugues Leenhardt est enseignant depuis 25 ans. Il exerce à Calas en classe de CP CE1. Depuis 2008, avec les enseignants désobéisseurs en Résistance pédagogique, il conteste et refuse certaines mesures et dispositifs contraires à l’éthique qu’il se fait de son métier, tout en assurant sa mission auprès des élèves.

Ses prises de position lui ont valu plusieurs sanctions :

Retraits de salaire pendant un an en 2009.

Baisse de la note pédagogique de 16,25 à 8.

Refus de promotion d’échelon en 2009.

Demande de médiation refusée.

A plusieurs reprises il a demandé une audience avec son inspecteur d’Académie. (L’actuel et son prédécesseur)

Une audience lui avait été accordée pour le Mercredi 23 Novembre. Deux jours avant sa tenue elle a été purement et simplement annulée sans aucun motif évoqué.

Avec dépit, il constate aujourd’hui que le dialogue n’est pas souhaité par son administration.

Sud éducation Bouches-du-Rhône s’indigne d’un tel procédé et dénonce avec vigueur un rapport hiérarchique qui s’appuie sur des sanctions en refusant tout dialogue.

SUD éducation Bouches-du-Rhône

Le grand Domaine
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