Une tribune pour les luttes

Obligation de quitter le territoire de Mayotte

+ La France, Etat de droit dérogatoire
+ Une fois de plus des morts à la porte de l’Europe.

Article mis en ligne le jeudi 29 décembre 2011

18 Décembre 2011 Par Fini de rire

Avec les liens :
http://blogs.mediapart.fr/blog/fini...

A Mayotte, 101ème département français depuis mars 2011, le droit des gens peut être assez éloigné de ce que l’on connaît en métropole. Le sort fait aux étrangers en particulier, bien sûr. Quant aux fonctionnaires, le droit d’y rester en poste dépend du Préfet. Gare à eux s’ils se mêlent de défendre les opprimés et les persécutés !

En février 2011, un rapport de la Cour des Comptes sur Les flux migratoires irréguliers en Guyane, à Mayotte et à Saint-Martin décrivait comme suit la situation de la population.

"Nombre d’étrangers venant des autres îles de l’archipel des Comores tentent d’accéder irrégulièrement à Mayotte dans des embarcations précaires pilotées par des passeurs. Quatre naufrages par an en moyenne depuis 2007 sont à déplorer. Les disparitions et décès en mer sont élevés quoique en diminution (64 en 2007, 47 en 2008, 35 en 2009). Cette forte pression migratoire risque de s’accroître encore sous l’effet de la départementalisation".

Concernant les morts aux frontières de Mayotte, le site OWNI annonce des chiffres moins modestes : "(...) United ne recense ainsi que quelques dizaines de morts à Mayotte, là où Fortress Europe en répertorie de son côté 629, noyés pour la plupart en voulant passer des Comores à la collectivité d’outre-mer française, et alors même qu’un rapport sénatorial datant de 2001 “estime à 4000 le nombre de morts dus à des naufrages de Kwasa-kwasa, ces barques souvent surchargées servant à transporter des clandestins…” le site Stop Kwassa avançant, de son côté, le chiffre de 4500 morts noyés."

Le rapport de la Cour des Comptes poursuit : "Alors que la population de Mayotte est de 186 000 personnes, le nombre de personnes reconduites depuis cette île est devenu très important, atteignant près de 20 000 en 2009, dont plus de 3 000 mineurs, après avoir été multiplié par 2,5 en quatre ans.

Cette croissance des reconduites a été obtenue au prix d’un important renforcement des moyens des forces de sécurité. Les effectifs présents, en particulier des services de sécurité publique et de gendarmerie, ont été augmentés de 274 hommes entre 2003 et 2009 ; le nombre d’embarcations a également été accru (neuf en 2010). Un troisième radar a été installé pour surveiller les approches maritimes, et un quatrième le sera bientôt.

La réponse judiciaire, en particulier vis-à-vis des passeurs, se heurte à deux limites. D’une part, les délais de jugement sont de plusieurs années en raison de la faiblesse des effectifs de magistrats (treize au total). D’autre part, tout durcissement du régime d’incarcération est rendu difficile par la surpopulation de la maison d’arrêt de Majicavo."

Le centre de rétention administrative (CRA) n’est pas en reste de surpopulation, puisqu’il s’est vu qualifier de Verrue de la République (http://www.malango-actualite.fr/art...) par le le syndicat Unité-SGP-Police, .dont une délégation était venue se rendre compte des conditions de travail de leurs collègues policiers en mai 2011.

"La presse locale n’a pas été informée de cette visite et c’est le Journal de l’Ile de la Réunion qui en fait le récit dans son édition d’aujourd’hui. Visiter ce centre peut d’ailleurs être considéré comme un privilège, puisqu’aucun journaliste n’y est autorisé, sauf pour suivre les visites officielles. Ce qui est toujours inquiétant, mais s’explique aisément quand on lit les rapports et commentaires de ceux qui peuvent y pénétrer." (…)

« Une espèce de hangar où la température atteint 40 °C. Sans clim." Femmes et enfants d’un côté. Hommes de l’autre. Tous assis par terre vivant le temps de leur rétention dans une totale promiscuité. Il n’y a pas de chaise. Encore moins de lit. Plusieurs vidéos enregistrées avec des téléphones portables par des policiers et visibles sur des sites internet de partage montrent ce CRA qui "n’est pas l’image de la France. On ne peut pas être champion du monde des droits de l’homme et garder ça. C’est ignoble ». « Ce n’est pas digne pour les gens qui y sont retenus. Et ce sont des conditions de travail très mauvaises pour les collègues."

Il y a juste un an, nous nous faisions l’écho d’un appel de la responsable locale de La Cimade, Alerte à Mayotte, petite terre de France (http://blogs.mediapart.fr/blog/fini...). Depuis, elle a récidivé, sur son blog, à la radio du RESF ou ailleurs.

" Le vendredi, ils ont attrapé un papa d’enfant de la lune, cette maladie incurable qui touche principalement des enfants de l’océan indien. Et, malgré la présentation du dossier par le responsable de l’association, ils n’ont rien voulu savoir… non mais ! Le certificat médical présenté au bureau des étrangers de la préfecture était « daté »… sauf que le monsieur en question en avait un très récent sur lui. …. Il a fini par être libèré lundi…

Je suis arrivée trop tard pour le monsieur arrêté à Vahibé.. il n’avait sûrement pu joindre personne pour signaler que sa fille souffrait d’une pathologie grave et qu’elle avait rendez vous en pédiatrie. Je ne sais si la maman sera là pour l’y emmener . Il y avait aussi une jeune fille née en janvier 1993, élève au collège de Tsingoni. Elle était encore au CRA hier, tenant son carnet de correspondance comme un sésame qui n’ouvre plus.

Et puis une mère de six enfants dont les trois ainés ont une carte de séjour de 10 ans car le mari est réfugié politique.Elle était déjà passée au CRA en 2010 et avait été libèrée.. La mémoire sélective, ils ont attendu lundi pour la libérer. Ses trois filles étaient là, lumineuses, volontaires,impuissantes. (...)

Et puis un homme d’une trentaine d’années, amputé sous le genou suite à un accident survenu en 2008 ; il pêchait et un bateau de plongée appartenant à un prestigieux lieu de villégiature à Mayotte lui avait accidentellement sectionné la jambe. Jamais indemnisé, il s’est fait attraper quand il revenait de la pêche mercredi dernier. Le médecin avait appelé le cabinet d’avocats. Lundi, il était encore au cra. Petit détail : lors de son interpellation, on ne lui a pas laissé le temps d’aller chercher ses béquilles !"

D’ailleurs, comme le souligne La Cimade (http://www.cimade.org/poles/enferme...), à Mayotte, comme "dans presque tous les territoires d’ Outre-mer en effet, il n’existe pas de recours suspensif contre l’expulsion. C’est-à-dire qu’un étranger peut être expulsé avant même qu’un juge ait pu examiner la légalité de son interpellation et de son éloignement. Régulièrement des parents d’enfants français, des conjoints de Français sont ainsi expulsés en toute illégalité, sans que le juge ne puisse être saisi. La police et l’administration sont donc très peu contrôlées par les juridictions ce qui leur permet d’interpeller, d’enfermer et d’expulser massivement, sans toujours respecter les droits des étrangers visés".

Il arrive que le tribunal administratif sanctionne les excès de la maréchaussée, comme le relate Malango Actualité, "le 29 octobre 2011, la préfecture de Mayotte a été condamnée pour la troisième fois en une semaine à « organiser son retour à Mayotte » d’un homme de 52 ans expulsé le 27 octobre après avoir été interpelé la veille. S... vit à Mayotte depuis sa naissance en 1959 ; il est père de six enfants dont quatre sont encore mineurs. « Malgré les preuves irréfutables de sa situation interdisant sa reconduite » nous dit la Cimade, il a donc été envoyé à Anjouan alors que « la preuve qu’il a déposé une demande de nationalité pour lui-même » aurait dû le mettre à l’abri d’une telle expulsion."

Que la Cour des Comptes trouve que ce déploiement de forces coûte cher pour bien peu de résultat – elle est là pour cela. Qu’un syndicat de policiers critique des conditions de rétention qui gâchent le travail, c’est dans l’ordre des choses. Et puis personne n’entend parler. Que la Justice corrige quelques excès préfectoraux, là encore c’est son travail. Mais qu’est-ce que c’est que ces citoyens (souvent des enseignants) qui, avec La Cimade, avec le RESF, se mêlent d’aider les gens en butte à des traitements indignes et de dénoncer des pratiques inadmissibles ?

Providentiellement, la présence de ces enseignants dans ce département français est soumise à autorisation... du Préfet ! En effet, le décret 96-1227 du 26 novembre 1996 prévoit que les enseignants, ainsi que de nombreux fonctionnaires des autres ministères (défense, justice, santé, etc…) sont mutés à Mayotte sous la responsabilité du Préfet. De fait, à la fin de leur contrat, un avis est émis en faveur d’un renouvellement, ou pas, lorsque celui-ci est possible. Pour les personnels de l’éducation, qu’ils soient chef d’établissement ou simple enseignant, le contrat est d’une durée de deux ans, renouvelable une fois. La quasi-totalité de ces enseignants mutés à Mayotte, demande, et obtient en général, ce renouvellement.

Et volià que, toujours selon Malango Actualité, "on peut se demander si le non renouvellement du contrat de plusieurs enseignants, en même temps représentants syndicaux et associatifs, n’est pas une manière de faire un ’’nettoyage de printemps’’ en éloignant ceux qui s’impliquent dans la vie syndicale ou associative. Certains le pensent et manifestent leur désapprobation." Soupçon partagé par La Cimade, le Gisti, RESFIM (RESF-île de Mayotte), le Secours Catholique, qui "s’inquiètent des menaces qui pèsent sur l’engagement associatif au service des droits humains à Mayotte." (http://www.gisti.org/spip.php?artic...).

Un enseignant, président du RESFIM, lance l’alerte. A l’issue d’une recherche poussée – et vaine – pour trouver une autre explication que son activité militante au refus de renouvellement de son contrat, il conclut : "Si nous prenons un peu de recul pour analyser la situation, cette dernière est plus qu’inquiétante. Au niveau syndical, le responsable et porte parole du Snes et la webmaster du syndicat Sud-Education n’ont pas été renouvelés ; le responsable du syndicat majoritaire des chefs d’établissements a rompu son contrat. Au niveau associatif, la responsable de la Cimade est en fin de contrat et le responsable du Réseau d’Education Sans frontière n’a pas été renouvelé. D’un coup d’un seul, ce sont donc trois syndicats et deux associations militantes pour le respect du droit qui sont mises à mal."

Martine et Jean-Claude Vernier

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La France, Etat de droit dérogatoire

24 Décembre 2011 Par Fini de rire

Avec les liens :
http://blogs.mediapart.fr/blog/fini...

La Loi est dure aux étrangers, mais il y a des variantes personnalisées : expulsions sans contrôle aussi bien en métropole qu’en Guyane, droits sociaux des travailleurs bafoués, diplômés du Supérieur interdits d’embauche - ou peut-être pas. Au total, une loi plus adaptable et versatile qu’universelle.

Encore quelques mots sur Mayotte où, dans un documentaire de 2008, Mayotte – Où va la république ?, on peut entendre un préfet indiquer que "Les interceptions deviennent de plus en plus difficiles parce que les risques pris sont parfois plus importants. Certains passeurs n’hésitent pas - on l’a vu tout récemment - à délibérément faire que l’embarcation vienne se fracasser contre la vedette de la PAF (Police Aux Frontières) ou de la gendarmerie", pour conclure sans sourciller : "ce raidissement-là, c’est bien le signe de l’efficacité de notre politique de répression."

Pour la Guyane comme pour Mayotte, le rapport de la Cour des Comptes sur les flux migratoires irréguliers en Guyane, à Mayotte et à Saint-Martin est une source.fort utile. Ses rédacteurs rappellent que, pour une population locale cumulée inférieure à 1%, les nombres de mises en centre de rétention administrative (CRA) et d’expulsions de ces territoires atteignent des valeurs proches de ceux de la métropole.

C’est que ces départements "bénéficient" d’un droit dérogatoire pour le séjour des étrangers, facilitant le travail de la maréchaussée. Car la caractéristique des ces deux confetti gaulois est d’être des éléments d’un système social et géographique poreux. Du coup, "les flux migratoires outre-mer sont particulièrement difficiles à surveiller du fait de l’insularité ou, pour la Guyane, d’une forêt amazonienne immense et peu peuplée, ainsi que d’une attractivité d’autant plus grande que le niveau de vie des habitants des pays voisins, culturellement et linguistiquement proches, est souvent très inférieur."

D’où des aménagements de la loi, de sorte que "les droits de recours des personnes retenues y sont plus limités qu’en métropole et les échecs à l’éloignement y sont bien moindres. (…) Pour la Guyane, des dispositions spécifiques facilitent l’interpellation (...) et la visite sommaire des véhicules sans autorisation du procureur. De plus, un arrêté de reconduite à la frontière peut y être exécuté immédiatement, sans le délai de 48 heures fixé par le droit commun, et le recours contre les obligations de quitter le territoire n’est pas suspensif de plein droit. (…) Ces dérogations au droit commun, motivées par les caractéristiques des territoires concernés, rendent plus difficile le contrôle par le juge de la régularité des procédures de reconduite."

Il résulte de ces dérogations un traitement des étrangers dénoncé conjointement par les cinq associations présentes dans les centres de rétention de métropole et d’outre-mer : "ces territoires lointains sont devenus de véritables terres d’exception où les droits des étrangers sont piétinés dans le silence."

"En Guyane, les mêmes situations se répètent. Ce sont surtout des Brésiliens et des Surinamais qui sont interpellés, enfermés quelques heures sans possibilité de faire un recours et expulsés vers le Suriname ou le Brésil, qui ne sont séparés de la Guyane que par un fleuve. Ainsi en 2010 60% des personnes enfermées en CRA de Cayenne y étaient déjà passées dans l’année ! Comme si être enfermés et expulsés parfois plusieurs fois dans une même année, avec le lot de violences et de maltraitance que cela représente, devait être banal pour des migrants brésiliens et surinamais vivant en Guyane."

Pourtant, on trouve sur le site du collectif Migrants Outre-Mer d’intéressantes propositions de Marc Grossouvre, enseignant en Guyane, qui rendraient inutiles ces brutalités récurrentes.

Tout d’abord, une discussion sur les chiffres. "Actuellement, une sorte de consensus semble avoir été trouvé entre les chercheurs, les journalistes et le gouvernement autour d’une population étrangère de 72 000 personnes, dont 29 000 personnes en situation régulière. La Guyane compterait donc environ 43 000 "clandestins" (terme utilisé par le CICI). En ce qui concerne la nationalité des étrangers présents en Guyane, il est dit que les Haïtiens représenteraient 30% des étrangers, les Surinamais 25% et les Brésiliens 23%."

Cependant, une analyse avisée des tableaux de l’INSEE conduit l’auteur à une évaluation assez différente : "On peut donc dire qu’il y a environ 16 500 sans-papiers en Guyane. Parmi ces sans-papiers, on peut estimer que 15% sont Haïtiens, 40% Brésiliens et 40% Surinamais. Mais alors, pourquoi le CICI et certains chercheurs parlent de 40 000 étrangers en situation irrégulière ? Leur calcul est le suivant : 72 000 étrangers moins 29 000 étrangers titulaires d’une carte de séjour donnent 43 000. Avec une grossière erreur : ils oublient de retirer les mineurs. Et une erreur politique : ils oublient de retirer les étrangers en cours de régularisation ou en cours de renouvellement de titre de séjour."

Quitte à faire un droit dérogatoire, pourquoi ne pas imaginer un statut de frontalier ? "Créons, par exemple, un statut frontalier pour les Surinamais qui vivent dans leur immense majorité sur le fleuve Maroni. On en aura fini avec 6 500 de ces situations inhumaines pour permettre une vie normale à des gens qui, de toutes façons, vivent sur le fleuve. Et si, en plus, on décide d’un statut frontalier pour les Brésiliens, alors, on règle la situation de 6 500 personnes supplémentaires. Il ne resterait que 3 500 étrangers à régulariser pour que plus personne en Guyane ne soit forcé à travailler au noir. Cela permettrait d’augmenter d’autant les rentrées fiscales de la Guyane."

Ce qui ne tarderait pas à stabiliser la situation migratoire, car la Guyane n’est pas si attractive que cela. "La Guyane compte 66 500 immigrés. 13% d’entre eux sont devenus Français par naturalisation. Le flux d’immigrés a connu un pic entre 1998 et 2003 à un rythme de 2 500 nouveaux arrivants chaque année. Mais ce flux a fortement chuté et sur les 5 dernières années, il est tombé à 1 500 nouveaux arrivants annuels. Que s’est-il passé ? L’immigration des Haïtiens s’est effondrée (moins de 300 arrivées annuelles sur les 5 dernières années), de même que l’immigration des Surinamais. L’immigration des Brésiliens a augmenté et semble s’être stabilisée aux alentours de 1 000 arrivées annuelles. Si le flux de Brésiliens suit une évolution comparable aux Haïtiens et aux Surinamais, le flux de migrants en provenance du Brésil devrait se tarir d’ici 2013. Et personne ne se bouscule pour les remplacer puisque les flux migratoires des autres nationalités restent insignifiants. Déjà, on a connaissance de cas de Brésiliens expulsés à Macapá qui y restent car ils y trouvent un emploi. Il faut donc relativiser le mythe de la Guyane attractive."

Mais les dérogations ne sont pas réservées aux départements d’Outre-Mer. Ainsi, le 31 mai 2011, une simple circulaire des ministres de l’Immigration et du Travail sur la Maîtrise de l’immigration professionnelle modifie assez profondément le fonctionnement normal de la loi pour qu’un collectif de diplômés étrangers de haut niveau s’insurge : "Les délais d’attente trop longs et trop incertains ainsi que le durcissement des pratiques des préfectures de police pour l’obtention du CDS (Changement de statut, d’étudiant à salarié) sont autant de moyens de dissuader les étudiants étrangers titulaires de prestigieux diplômes de Grandes Ecoles et d’Universités de travailler en France. (…) Ce qui l’an passé n’était qu’une formalité de trois semaines est devenue une invitation à renoncer à des choix de carrière et, souvent, à des choix de vie." La frustration, largement relayée, de ces "futures élites" conduit finalement le ministère de l’Immigration à promettre une dérogation inverse pour début 2012.

Voici une autre dérogation, cette fois au Droit du Travail, qui ne touche guère les "futures élites" : un décret du 30 novembre 2011 concerne "la protection des droits sociaux et pécuniaires des étrangers sans titre et à la répression du travail illégal". En fait de protection des droits sociaux, un billet d’Hervé Guichaoua, juriste en droit social, y dénonce les droits bafoués des salariés étrangers sans papiers. "les seuls gagnants sont les employeurs, entreprises et particuliers, adeptes de l’esclavage moderne et les donneurs d’ordre qui les utilisent. Ils n’ont pas grand-chose à craindre d’un tel dispositif. La loi n’apporte aucune amélioration significative à la situation antérieure des salariés étrangers sans papiers qui ne seront toujours pas remplis de leurs droits. En clair, ces employeurs vont continuer à les faire travailler quasi gratuitement, en les soumettant de surcroît à de très mauvaises conditions de travail. Ce type de fraude à l’emploi des salariés les plus précaires dans le monde du travail ne va donc pas s’arrêter de sitôt. "

Et une dernière pour la route : pour faire pièce aux tracasseries des droitsdelhommistes et autres citoyens qui se mobilisent, souvent avec succès, pour que les étrangers interpellés aient accès à leur droit de se défendre, les forces de l’ordre ont mis au point une technique d’expulsion tout-en-un, organisée à l’avance et réalisée en quelques heures. Ainsi, pas d’accès au juge, pas le temps de faire une demande d’asile, pas de soutien juridique des associations contractantes avec l’Etat.

Un exemple : une jeune kurde de 18 ans, arrivée mineure en 2008, a demandé l’asile, finalement sans succès. Entre temps, elle s’est mariée en juin 2011 avec un français. [Note : il faut prouver six mois de vie commune avec un conjoint français pour pouvoir prétendre à obtenir un titre de séjour]. Suite au refus d’asile, elle a été arrêtée à son domicile à Lorient le 21 décembre, puis assignée à résidence par le préfet du Morbihan. Se rendant le 23 décembre pour la première fois au commissariat de Vannes pour signer, elle a été aussitôt embarquée à l’aéroport sous les yeux de son mari. On ne lui a pas laissé prendre quelques affaires, ni même un peu d’argent. Elle est partie avec les clés de la maison et son mari s’est retrouvé à la porte de chez lui. A partir de ce moment, c’est la course aux nouvelles des veilleuses, de l’avocate, du mari, pour tenter d’enrayer le mécanisme. Las ! Les policiers, dûment préparés sans doute, font efficacement écran à toutes les tentatives. Vers 18 heures, le mari de H. a réussi à la joindre au pied de l’avion, mais le communication a été coupée et depuis plus de nouvelles. A l’heure qu’il est, H. doit être arrivée à à Istanbul, ville où personne ne l’attend, sans le moindre bagage et sans un sou en poche. Sa famille vit dans le Kurdistan, à plus de 1500 km de là...

Martine et Jean-Claude Vernier


UNE FOIS DE PLUS DES MORTS A LA PORTE DE L’EUROPE

Plus d’une vingtaine de personnes ont trouvé la mort aux larges des côtes marocaines entre le 1er et le 2 décembre 2011, suite au naufrage d’une embarcation de zodiaque qui transportaient une soixantaine de personnes qui voulaient atteindre l’Europe par l’Espagne.

Selon le témoignage des rescapés, «  l’embarcation a fait naufrage entre 2 à 3 heures de la nuit, malgré plusieurs tentatives d’alerte de secours à la police (maritime) marocaine , ils sont restés sans suite favorable au prise de la mort et c’est donc à cet effet que la mort a causé d’énormes pertes. La police maritime est arrivé à 18 heures (après presque 24 heures) parce qu’elle avait aperçu de loin l’arrivé d’un navire espagnole qui venait à notre secours … Lorsque l’acte avait déjà eu lieu ».

Parmi des personnes qui ont trouvé la mort ce jour là, une mère de famille et ses deux enfants, tous réfugiés reconnus depuis 2006 par le bureau du HCR/Maroc dont les noms sont les suivants :
1-Madame Hortense ONINA âgée d’une quarantaine d’années , originaire de la République du Congo Brazzaville, mère de 4 enfants dont 2 ont trouvé la mort avec elle.
2-Séphora ONINA (fille) âgée de 18 ans.
3- Meyer ONINA (garçon) âgé de 15 ans.

Lors d’une enquête effectuée , dans le cadre d’une recherche sur la situation des migrants et des réfugiés au mois d’octobre au nord du Maroc, nous avons trouvé un petit nombre de réfugiés dans la forêt , la plupart d’eux, les femmes ; seules mères des familles, qui vivaient depuis de nombreuses années à Rabat, et qui ont décidé d’aller vivre dans la montagne de Gourougou à Nador dans l’attente d’un moment propice pour passer de l’autre côte de l’Espagne.
Madame ONINA Hortense et ses enfants faisaient parti de ce groupe des réfugiées que nous avions reçu en interview, elle nous avait déclaré ceci :

«  depuis de nombreuses années que je suis au Maroc, je n’ai jamais été reconnu comme étant réfugiée par les autorités marocaines ni bénéficié d’une assistance quelconque de leur part qui continuent de refuser d’octroyer les cartes de séjours aux Réfugiés que sommes, voir même l’acte de naissance des enfants des réfugiés nés au Maroc, c’est ce qui complique la scolarité de nos enfants. Continuerons –nous de rester toujours dans cette situation ? alors que nous avons droit à la vie et d’assurer l’avenir de nos enfants…
Le HCR qui nous a reconnu ne fait rien pour nous, il donne que 800 à 1000 Dhs soit (75 à 95 euros) aux femmes, seules mères des familles. Cette modique somme ne permet même pas de payer un mois de loyer, par conséquent nous nous livrons à faire du n’importe quoi, telle que la prostitution avec n’importe qui, pourvu que nous trouvions de quoi à subvenir aux besoins de la famille. Tout ce que nous gagnons, ne comble pas l’entière satisfaction de notre existence au Maroc. D’autant que nous sommes confrontés à plusieurs dépenses entrant dans le cadre de loyer, nourriture, vêtement, Et enfin de compte, on se retrouve bredouille au bon milieu du mois avec d’énormes problèmes. Il peut quelque fois nous arriver tout au long des journées de ne rien trouver à manger.
En cela s’ajoute, le refus Catégorique du HCR de nous réinstaller dans le cadre d’un regroupement familiale en France où mon mari vie avec mes 2 autres enfants depuis une certaine période. J’ai adressé plusieurs demandes de réinstallations au motif des innombrables vulnérabilités au Maroc. Mais , aucune satisfaction, personne ne se soucie de mon cas avec mes enfants, au contraire on m’insulte, me méprise sans cause valable, tout simplement parce que je sollicite une réinstallation entant que réfugié relevant du mandat du haut commissariat du hcr. Voila les raisons qui nous ont poussé à venir vivre dans cette forêt, dans l’espoir de traverser l’Espagne vers l’Europe
 ».
Tout en étant exposé aux multiples dangers de la nature qui peuvent paraître le viol, les agressions des bandes armées, et tout ce qu’on peut imaginer comme imprévisible.

Tel a été la déclaration de madame Hortense ONINA qui répondaient à notre question au mois d’octobre lors de notre passage dans le cadre d’enquête que nous avions mené pour le compte d’une ONG.

Nous condamnons avec fermeté :
- le comportement irresponsable des marins marocains qui ne voulaient pas porter secours aux naufragés lors des catastrophes et qui les assistaient s’ennoyer sans le moindre remord ;
- et le silence complice du HCR/Maroc cause réelle de la disparation des êtres humains dans cette situations.
Nous dénonçons et condamnons l’attitude de ce dernier qui ne porte pas d’assistance aux réfugiés, pourtant cela entre en vigueur de leur mission au Maroc et de surcroit, applique la politique d’externalisation de l’Union Européen.

Nous exigeons une enquête qui fera la lumière sur les causes du départ des réfugiés au risque est péril de leur vie.

Fait à Rabat, le 21/12/2011

Marcel AMIYETO
Porte parole du collectif des Réfugiés
Membre de l’association lemigrants

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