Une tribune pour les luttes


CQFD n°96 (janvier 2012)

À la niche, les journalistes !
A voir : Balbastre et Kergoat, "Les Nouveaux chiens de garde".
Projection lundi 16 janvier 2012 à 19 h au cinéma Variétés, suivie d’un débat avec Marc Pantanella qui a participé à la réalisation du film.

Article mis en ligne le lundi 16 janvier 2012



Au sommaire du 96

http://www.cqfd-journal.org/CQFD-no96-janvier-2012

Les articles sont mis en ligne au fil de l’eau après la parution du CQFD d’ensuite. D’ici-là, tu as tout le temps d’aller saluer ton kiosquier ou de t’abonner...

«  Vitrine brisée » > Tel le sommeil de la raison que dépeignait Goya, la fiction municipale de Gaudin enfante des monstres. Les hold-ups financiers sur l’Hôtel-Dieu, la rue de la République ou le quartier des Crottes ne se font pas Kalachnikov au poing, mais c’est quand même un peu le Far West.

«  Mille « zieux » au beurre noir » > Le plan 1000 caméras, censé combler le déplorable retard de Marseille en termes de vidéosurveillance, a été activé cet hiver sans qu’aucun indice ne permette de supputer une quelconque visée électoraliste de la part de ses promoteurs.

« Sur le dos des tapins » > Tour à tour victimes sociales ou menaces pour l’ordre public, les prostituées n’en finissent pas de nourrir les calculs politiciens. Dernier coup en date, celui de criminaliser le client afin de tarir la source du mal. Entre-temps, les pros du trottoir s’organisent.

« Quand le progrès pue le bouc » > Après notre rencontre avec Jean-Louis et Danielle Meurot, éleveurs opposés à la certification obligatoire des mâles reproducteurs (cf. CQFD n° 95), nous avons retrouvé le cerveau à l’origine de cette brillante idée : l’ex-député Yves Simon, pour qui la semence animale doit produire des rejetons, mais aussi de la thune. Deuxième article d’une enquête en trois volets.


« Une sonderie de Libération
 » > Chronique Rage dedans.

« La Villette réenchante la science » > De Hiroshima en Fukushima, on avait bien compris que les progrès de la science étaient pavés de ruines et d’illusions. Que nenni ! La fine fleur du capitalisme français a repris en main la communication des rats de laboratoires et organise des expositions à sa gloire.

« Libye : les sales conséquences de la guerre propre » > Impressionnants, les progrès de la technologie militaire ! Après sept mois de bombardement en Libye, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan) aurait fait dégager le tyran Mouammar Kadhafi sans effleurer un seul civil.

« À la niche, les journalistes ! » > Le film de Balbastre et Kergoat, Les Nouveaux chiens de garde, remue une fois encore le couteau dans la plaie du journalisme de connivence. Saine activité, puisque l’engeance médiatique s’entête toujours à nous faire croire que nous sommes des citoyens libres et informés…

«  La Poste » > Chronique Faux-amis. Sur son site Internet, La Poste se targue de proposer « des services de plus en plus innovants ». Nous ne lui en demandions pas tant. Juste, sans vouloir déranger, si nous pouvions acheter quelques timbres et, éventuellement, recevoir notre courrier. Mais ça, c’était avant la modernisation, « Cap qualité courrier » et autre « Facteur d’avenir ». L’entreprise préférée des Français est en passe de devenir leur pire cauchemar.

« Au Maroc, c’est le printemps tout le temps » > Le dossier. Ça n’a pas loupé : à l’occasion des législatives marocaines de novembre dernier, remportées par le Parti justice et développement (PJD, parti islamiste « institutionnel »), les médias se sont réjouis des « réformes démocratiques » du roi Mohammed VI. Pour Nicolas Sarkozy, ces élections ont été « largement approuvées par le peuple marocain ». Rachida Dati déclara même, sans rire, que la révolution au Maroc « se déroule tranquillement ». Afin d’entendre un autre son de cloche sur cette révolution au long cours, CQFD est allé à la rencontre d’une Marocaine, Souad Guennoun, photographe et vidéaste casablancaise, et membre du Mouvement du 20 février (M20F). Entretien.

«  Le féminisme à la française » > Chronique Les entrailles de Mademoiselle.

« 2012, année de la loose » > Un matin de plus à l’usine. Un matin de plus dans cette ambiance mortifère. Quelques ateliers fument à peine. C’est désagréable de continuer à venir bosser dans une usine en fin de vie, d’autant que l’agonie dure depuis des années et qu’on ne sait toujours pas quand et comment se déroulera la phase terminale. Vous allez me dire : « Allez, Jean-Pierre, c’est pas la mort ! » Ben, si.


« Uranium ou dessert ?
 » > Chronique rurale. On a trouvé des traces de ce précieux et néanmoins délétère minerai dans un coin du Vaucluse où sa présence, du moins à l’état naturel, devrait être exclue. Au plus grand dam des exploitants agricoles et des autorités municipales du cru qui en appellent à une intervention de l’État. Qui répond que c’est vraiment la faute à pas de chance ! Récit.

«  1955 : La révolte des conscrits » > Les vieux dossiers. Ils sont plus de six cents, ces réservistes de l’armée française qui, le 11 septembre 1955, sont rassemblés gare de Lyon à Paris, pour rejoindre le Maroc où la revendication d’indépendance connaît, depuis deux ans, une brusque accélération. Sur les quais, rares sont les bidasses qui ignorent que des négociations entre responsables marocains et français sont en cours depuis la fin août.

« À travers les villes imaginaires et les cités-laboratoires » > Chronique littéraire.

« Graphisme, famille, patrie ! » > Chronique culture, sur Zvonimir Novak, Tricolores, une histoire visuelle de la droite et de l’extrême droite, Éditions L’Échappée, 2011.


À la niche, les journalistes !

paru dans CQFD n°96 (janvier 2012), rubrique Médias, _ par François Maliet

http://www.cqfd-journal.org/A-la-niche-les-journalistes

Le film de Balbastre et Kergoat, Les Nouveaux chiens de garde, remue une fois encore le couteau dans la plaie du journalisme de connivence. Saine activité, puisque l’engeance médiatique s’entête toujours à nous faire croire que nous sommes des citoyens libres et informés…

Lagardère, Dassault, Bouygues, Pinault-Printemps-Redoute, Bolloré… De grands groupes industriels ? Certes. Mais aussi, et surtout, les propriétaires de nombreux médias français. Des patrons de presse qui « exercent leur pouvoir sur [leurs journaux] », comme l’admet sans rechigner le taulier de l’hebdomadaire des grands-pères, Franz-Olivier Giesbert, dans le documentaire Les Nouveaux chien de garde [1].

Les réalisateurs, Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, ont eu la gentillesse d’organiser une séance de rattrapage pour ceux qui auraient omis de lire le bouquin éponyme de Serge Halimi paru en 1997 [2]. Un opuscule qui avait provoqué, en son temps, quelques remous dans le cloaque médiatique. Le postulat de base est bien connu des lecteurs d’Action critique médias (Acrimed) et de feu Le Plan B : «  Les médias se proclament “contre-pouvoir”. Pourtant, la grande majorité des journaux, radios et des chaînes de télévision appartiennent à des groupes industriels ou financiers intimement liés au pouvoir. […] Aujourd’hui, les chiens de garde, ce sont ces journalistes, éditorialistes et experts médiatiques devenus évangélistes du marché et gardiens de l’ordre social. » Des propos étayés par de nombreuses images d’archives joliment mises en scène dans un salon évolutif. Devant tant de compromissions éhontées, le spectateur ne peut que rire… jaune. Partageant «  les mêmes valeurs, les mêmes amitiés, le même mode de vie », comment journalistes vedettes, hommes politiques et grands patrons pourraient-ils avoir des intérêts divergents ?

La proximité est telle que nombre de stars des médias s’abreuvent directement à la source des grands groupes industriels, toute honte bue. Dans leur jargon, l’on appelle cela « faire des ménages », ou comment rentabiliser sa notoriété en facturant des animations de colloques ou autres assemblées générales. Isabelle Giordano, par exemple, a «  fait un ménage pour la société de crédit à la consommation Sofinco, et a invité le directeur de la communication de cette société dans son émission de défense des consommateurs, Service public, sur France Inter. » « La différence, c’est l’indépendance », comme dit le slogan.

Les réalisateurs règlent aussi leur compte aux « experts » – Alain Minc, Michel Godet, Daniel Cohen,… – qui monopolisent les médias depuis tant d’années pour « prêcher les thèses de l’économie néolibérale ». Ils sont toujours présentés sous leur étiquette la plus respectable, mais « le spectateur regarderait tout autrement un brillant économiste universitaire s’il savait que cet économiste est largement rétribué par les banques, les assurances, et les sociétés privées comme administrateur. C’est-à-dire au centre de la gestion de ces entreprises, explique l’économiste Jean Gadrey. Comment rester indépendant quand on est totalement inséré dans des réseaux de milieux d’affaires ? »

Non sans avoir épinglé les faux impertinents récupérés, tels Michel « Bigoudis » Field et Philippe « Prognathe » Val, le documentaire s’attaque à la représentation médiatique des quartiers populaires. Il est rappelé qu’à chaque révolte – en banlieue ou dans des usines –, la presse aux ordres s’égosille en appels au calme. Michel Naudy, ancien journaliste à France 3 et co-fondateur de l’hebdo Politis, s’interroge : « Est-ce qu’on admet que, à l’illégitimité de l’exploitation, du mépris que l’on impose [aux classes populaires] peut correspondre la légitimité de la violence qui peut exister dans leur révolte ? Tout est là. Il est une violence symbolique légitime pour monsieur Pujadas. Il est une violence physique, collective, illégitime pour monsieur Pujadas. La ligne de partage se fait, excusez-moi de l’archaïsme du mot, selon des intérêts de classe. » Il complète : « Pour les journalistes, les classes populaires, c’est une réserve d’indiens, ils ne les connaissent pas, ils ne viennent pas de ces milieux. »

Pour parler clair et en toute transparence, ce film n’est-il pas un plaidoyer pour la presse faite par des gueux, pour la plèbe ? CQFD.

Notes

[1] En salle depuis le 11 janvier.

[2] Serge Halimi, Les Nouveaux chiens de garde, Liber-Raisons d’agir, 1997.

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