Une tribune pour les luttes

Contre la répression syndicale et du mouvement social en Turquie.

130 000 prisonnier-es politiques . Plus de 343 arrestations ces dernières 48 heures ...
+ Le modèle turc s’effondre…

Article mis en ligne le mardi 14 février 2012

Contre la répression syndicale et du mouvement social en Turquie,
l’Union syndicale Solidaires soutient la confédération syndicale KESK

Turquie : la plus grosse vague d’arrestation de ces derniers mois, perquisitions dans les locaux du siège de l’union syndicale KESK, 15 syndicalistes placées en garde à vue.

Suite aux arrestations de ce jour en Turquie, 15 femmes syndicalistes, membres du syndicat des travailleurs du secteur de la santé et des services (SES) et du syndicat des travailleurs municipaux (Tüm Bel-Sen) - syndicats affiliés à la Confédération des Syndicats des Travailleurs/ses du secteur public (KESK) - ont été arrêtées et placées en garde à vue Ces arrestations s’inscrivent dans un contexte de répression violente envers le mouvement kurde, le mouvement social et plus largement toute forme d’opposition qui s’exprime contre le gouvernement AKP (Parti de la Justice et du Développement). Depuis l’arrivée au pouvoir de l’AKP en 2002 jusqu’à aujourd’hui, le nombre de prisonnier-es politiques est passé de 60 000 à 130 000.

Ces arrestations massives ont démarrées en 2009 après la victoire électorale du BDP (parti légal kurde) aux élections municipales ; elles ont connu, une forte accélération depuis septembre 2011 : ce sont plus de 10 000 personnes qui ont été mises en garde à vue et la plupart emprisonnée. Rien que depuis le début de l’année 2012, plus de 1245 garde à vue ont eu lieu, et chaque jour la police procède à des dizaines de garde à vue et emprisonnements.

Ces arrestations visent des syndicalistes, des membres du mouvement kurde, des journalistes, des universitaires, des étudiant-es, des avocat-es, etc.
_ Parmi les personnes emprisonnées se trouvent près de 600 étudiant-es, 40 syndicalistes, 105 journalistes, 40 avocat-es, 30 distributeurs de journal, des centaines d’enfants, de défenseurs des droits humains et de femmes activistes, et plus de 6 200 membres du BDP (parti légal kurde) dont des maires (16), député-es (6), membres de conseils municipal, responsables du parti et des centaines d’élu-e-s.

Dans le cadre de ces opérations ce sont aussi des associations de la société civile qui sont visées : associations de femmes, de défense des droits humains, associations de proches de disparus en garde à vue, etc.

Tous ces emprisonnements sont réalisés sous la loi antiterroriste. La Turquie détient le record mondial des emprisonnements sous le prétexte de l’antiterrorisme.

Le mouvement syndical combattif aussi est visé par ces opérations ; par exemple il y a 3 semaines, lors de perquisitions dans une ville de la région du Kurdistan, plusieurs syndicalistes ont été mis en garde à vue et 28 membres de divers syndicats liés à la Confédération KESK emprisonnés. Aujourd’hui de nouveau, alors qu’une vaste opération d’arrestation est en cours dans 9 départements et que plus de 143 personnes ont déjà été arrêtées, une descente de police a eut lieu chez des syndicalistes et au siège de KESK ce matin à Ankara.

D’après les premières déclarations du secrétaire général de KESK, le prétexte de ces arrestations serait l’organisation des manifestations du 8 mars et le plan d’action qui y avait été présenté et notamment la revendication que le 8 mars soit un jour chômé. Il affirme « nous condamnons cette opération qui vise à empêcher notre lutte sur la question des droits de femmes dans une période où la violence, les agressions, les meurtres de femmes ne cessent d’augmenter. [...] Ces arrestations arbitraires ne nous feront pas abandonner la lutte ».

L’Union syndicale Solidaires condamne fermement les arrestations arbitraires des syndicalistes, mais aussi les emprisonnements de masse opérés par le gouvernement AKP de Erdogan contre le mouvement syndical, associatif, et le mouvement kurde, et plus largement contre toute forme d’opposition.

L’Union syndicale Solidaires exprime son soutien aux syndicalistes emprisonnées et à tout-es celles et ceux, en prison et dehors, qui luttent pour la liberté du peuple kurde, la démocratisation de la Turquie, contre les politiques néolibérales, pour l’égalité, la justice.

Le 13 février 2012.


Bilan du fascisme en Turquie : plus de 240 arrestations en 48 heures

mardi 14 février 2012

La police du régime Erdogan a arrêté lundi et mardi matin plus de 240 personnes dont au moins 15 femmes syndicalistes, un journaliste et une scénariste, au cours des opérations menées dans une trentaine de villes contre le principal parti kurde BDP et les syndicats opposants. Le syndicat français Solidaires condamne fermement les arrestations arbitraires des syndicalistes.

Le régime AKP, parti au pouvoir du premier ministre Recep Tayyip Erdogan, a procédé à des arrestations massives à travers le pays, notamment à Istanbul, Ankara, Adana, Diyarbakir et à Batman, sous prétexte de lutter contre le KCK, une affaire planifiée par le gouvernement pour intimider le mouvement légal kurde et tous ceux qui critiquent l’AKP et la confrérie de Fethullah Gulen, son allié fort.

Ces opérations simultanées interviennent au moment où le clan Erdogan et la confrérie Gulen se sont lancés dans une féroce guerre du pouvoir en Turquie.

Des fouilles ont été effectuées dans les locaux de la Confédération des syndicats des fonctionnaires publics (KESK), du syndicat des travailleurs du secteur de la santé et des services (SES) et du syndicat des travailleurs municipaux (Tüm Bel-Sen).


La plus vaste opération

149 personnes ont été arrêtées dans le cadre de l’affaire KCK au cours de ces opérations menées dans 28 villes, selon le chef de la police d’Istanbul, Huseyin Capkin, mais le nombre dépasse les 200, compte tenu des autres arrestations liées au problème kurde, d’après les chiffres obtenus à partir des articles de deux agences kurdes, Firat (ANF) et Dicle (DIHA).

42 personnes ont été arrêtées à Istanbul, 36 à Batman, 20 à Mardin, 15 à Ankara, 13 à Adana, 10 à Izmir, 10 à Diyarbakir, 10 à Antep, 8 à Van, 6 à Hakkari, 6 à Sirnak, 6 à Mersin, 3 à Erzurum, 3 à Urfa, 2 à Denizli, 1 à Adiyaman, 1 à Bitlis et 1 à Kocaeli, ce qui fait 193 arrestations, selon le décompte de l’ActuKurde.

Parmi ces personnes figurent au moins 15 femmes syndicalistes, toutes membres de la confédération KESK, alors qu’une quarantaine de membres de cette confédération sont déjà en prison, ainsi qu’un journaliste de DIHA et une scénariste.


243 arrestations en 48 heures

Par ailleurs, dix personnes ont été arrêtées le même jour à Halfeti, dans la province de Urfa, lors d’une manifestations en faveur du chef du PKK, Abdullah Ocalan, qui n’est pas autorisé à rencontrer ses avocats depuis le 27 juillet 2011 sur l’Ile d’Imrali où il est emprisonné sous totale isolation depuis 1999.

Le bilan des arrestations en un jour monte à 203, ce qui fait la plus vaste opération politique depuis le lancement de l’affaire KCK en 2009, après le succès historique du parti kurde lors des élections municipaux.

40 autres dont cinq enfants ont été arrêtés le 14 février à Urfa, Van, Nersin et à Diyarbakir, suite aux perquisitions effectués par la police à leurs domiciles, portant à 243 le nombre d’arrestations en 48 heures.

Le KCK, accusé par les autorités d’être la branche politique du PKK qui, selon le premier ministre turc Recep Tayyi Erdogan, œuvre pour un État « parallèle », mais il s’agit d’un « coup politique » pour réduire au silence tous ceux qui critiquent le gouvernement, selon le principal parti kurde BDP et les opposants.

BDP : Le fascisme ne connait aucune limite

« Le fascisme d’AKP ne connais aucune limite. L’AKP vise tous ceux qui ne se soumettent pas et refusent de s’agenouiller devant lui. Nous ne plierons jamais devant le fascisme. La résistance contre le terrorisme d’Etat est légitime » a déclaré Selahattin Demirtas, le co-président du parti kurde BDP, appelant à la résistance populaire.

Solidaires condamne fermement les arrestations

(...)

1335 personnes arrêtées en 45 jours

Au moins 1335 personnes ont été arrêtées entre le 1e janvier et 14 février, soit en moyenne 29 par jour, pour des motifs politiques, notamment dans le cadre de l’affaire KCK, selon un bilan de l’ActuKurde à partir des articles de deux agences de presse, Firat et Dicle.


La Turquie bat tous les records du monde

448 personnes dont une trentaine d’enfants ont été arrêtées au cours de 14 premiers jours du février contre 887 au cours du mois de janvier. Parmi elles figurent un enfant de 10 ans arrêté à Diyarbakir le 11 février, des élus, des journalistes, des femmes activistes et des étudiants. Dans aucun pays du monde, même les plus répressifs comme Syrie, on ne voit autant d’arrestations politiques.

Avec le soutien de l’Occident, notamment celui des États-Unis et de la France, la Turquie d’Erdogan est devenue la plus grande prison du monde pour les journalistes avec 106, pour les élus avec des centaines dont 16 maires du parti kurde et huit députées, pour les enfants avec plus de 2 300, pour les étudiants avec 500, pour les avocats avec environ 40 et pour les syndicalistes avec environ 40.

(http://www.actukurde.fr/)

*** Apres la publication de cet article, la police turque est intervenue violement ce mardi contre lors des funérailles d’un militant kurde à Mersin, arrêtant 100 autres personnes dont un maire BDP, portant à 343 le nombre des arrestations en 48 heures.


Le modèle turc s’effondre…

http://www.actukurde.fr/opinions/an...

Au moment où le clan Erdogan et la confrérie Gulen se lancent dans une féroce guerre du pouvoir en Turquie, des nouvelles vagues d’arrestations visent les kurdes et les opposants. Plus de 1090 personnes ont été arrêtées en 42 jours, soit en moyenne 26 par jour.

Le modèle turc tant vanté par l’Occident pour le monde arabe n’arrive plus à cacher ses fissures. Le bateau commence à prendre de l’eau, après dix années de pouvoir construit sur des manipulations avec l’aide de l’Occident. Rien que de la promesse, et les reformes aboutis n’avaient qu’un seul but : la prise de tous les mécanismes de l’État.

La magie Erdogan se dissipe

Au moment où «  Erdogan le magnifique » se croyait invincible et presque sur de devenir le seul maitre du pays, la Confrérie de Fethullah Gulen, son allié fort, a déclaré une guerre ouverte, ce qui a choqué le gouvernement AKP, parti islamo-conservateur.

Le chef du renseignement turc (MIT), Hakan Fidan, nommé par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, a été convoqué le 8 février par un procureur d’Istanbul, sous prétexte d’avoir eu des contacts secrets avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en 2010, à Oslo. Le même procureur a délivré deux jours plus tard un mandat d’arrêt contre l’ancien chef du MIT, Emre Taner, un autre ancien haut responsable, Afet Gunes, et deux fonctionnaires en activité de cet organisme. Le troisième jour, le procureur Sadrettin Sarikaya a été dessaisi de son enquête sur le KCK, une affaire planifiée par le gouvernement pour réprimer le mouvement politique kurde. Paradoxalement, cette affaire se retourne contre son planificateur.

Ils se battent pour…

«  Ceux qui jouent souvent avec leurs armes risquent de se viser en fin de compte » écrit Yildirim Turker, du journal Radikal. « Ils se battent pour saisir l’arme qui sera pointé sur nous », les kurdes, les pauvres, les travailleurs et tous ce qui se rangent à leurs cotés, ajoute Turker, l’un des rares journalistes à oser critiquer le gouvernement.


Une crise de l’AKP

Pour Cengiz Candar, journaliste connu, ça n’a aucun rapport avec le PKK et la question kurde, car Erdogan était déjà sur la ligne sécuritaire face au problème kurde. « Le débat sur le PKK est pour but de légitimer cette enquête » affirme le journaliste.

La lutte du pouvoir entre le clan Erdogan et la confrérie qui s’est implanté dans le système d’État, notamment chez la police et le parquet, était déjà visible dans les pages du journal Zaman, porte-parole de Fethullah Gulen qui vit actuellement sur une parcelle de terrain achetée au milieu des montagnes Pocono en Pennsylvanie au États-Unis.

«  C’est une guerre du pouvoir. Il y a une crise de l’AKP » déclare Selahattin Demirtas, le co-président du parti kurde BDP, soulignant que cette crise risque de conduire le pays dans le chaos.

« Guerre à mort » entre le clan Erdogan et la confrérie


« Une guerre à mort
 », tel est le titre de l’article du journaliste Ahmet Altan, dans le journal Taraf. Pour lui, « soit Erdogan et ses partisans seront chassés de l’État, soit la confrérie et ses membres. »

Pour Erdem Can, de l’agence de presse kurde Firat, cette opération conduira le pays inévitablement à des élections anticipées.

Erdogan et son allié n’ont jamais eu, ni hier ni aujourd’hui, de volonté pour aller vers la démocratie et d’élargir les libertés. Mais l’Occident a soutenu ouvertement ce gouvernement, en le présentant comme un modèle démocratique pour le monde arabe, pour ses intérêts stratégiques et économiques.


Plus de 1090 arrestations en 42 jours

Ce modèle qui commence à se décomposer a transformé le pays en une prison à ciel ouvert devant les yeux du monde. Erdogan et son allié à tout fait et continue de mobiliser toutes ses forces pour intimider l’opposition et en finir une fois pour toute avec les kurdes qui restent toujours mobilisés et déterminés malgré les pratiques fascisantes qui rappellent la période la plus dure de la junte militaire de 1980.

Au moins 1092 personnes ont été arrêtées entre le 1e janvier et 11 février, soit en moyenne 26 par jour, pour des motifs politiques, notamment dans le cadre de l’affaire KCK, selon un bilan de l’ActuKurde à partir des articles de deux agences de presse, Firat et Dicle.

205 personnes dont au moins 25 enfants ont été arrêtées au cours de onze premiers jours du février, parmi eux figurent un enfant de 10 ans arrêté à Diyarbakir le 11 février, des élus, des journalistes, des femmes activistes et des étudiants. Dans aucun pays du monde, même les plus répressifs comme Syrie, on ne voit autant d’arrestations politiques.

La plus grande prison du monde

La Turquie est aujourd’hui la plus grande prison du monde pour les journalistes avec 106, pour les élus avec des centaines dont 16 maires du parti kurde et huit députées, pour les enfants avec plus de 2 300, pour les étudiants avec 500, pour les avocats avec environ 40 et pour les syndicalistes avec environ 40.

Plus de 6200 membres actifs du Parti pour la paix et la démocratie (BDP) se trouvent aujourd’hui derrière les barreaux, dans le cadre de l’affaire KCK, lancée en avril 2009, quelques semaines après le succès historique du parti kurde lors des élections municipaux.


Un régime voué à chuter

Le KCK, accusé par les autorités d’être la branche politique du PKK qui, selon le premier ministre turc Recep Tayyi Erdogan, œuvre pour un État « parallèle », mais il s’agit d’un «  coup politique » pour réduire au silence tous ceux qui critiquent le gouvernement, selon le principal parti kurde BDP et les opposants.

«  En réalité, ce sont l’AKP et la Confrérie Gulen qui œuvrent pour un État parallèle, soit l’Etat profond » affirme la députée de la gauche allemande « Die Linke » Ulla Jelpke, selon l’agence Firat.

Le régime AKP bat tous les records du monde avec ces chiffres, ce qui n’est surement pas un modèle démocratique ou une « démocratie avancée » vantée par Erdogan, mais un régime voué à chuter.

par Maxime Azadi

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