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Article mis en ligne le vendredi 17 février 2012
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13/01/2012
Diversité linguistique : le tabou français
Article par Gérard Joan Barceló, directeur de la revue électronique universitaire Linguistica Occitana.
À l’heure où le PS entend imposer la « diversité » à ses députés – c’est-à-dire une plus grande pluralité des origines ethniques – il est un domaine de la diversité où, comme la plupart des partis français, il est nettement plus timide : celui de la diversité linguistique.
Certes, l’État français, comme tous les États centralisés, rêve d’uniformité, et, s’il le fallait, ne se gênerait pas pour proclamer : « En France, on parle français depuis Vercingétorix ! » Pourtant, la réalité concrète de ce pays, dont on oublie souvent la construction territoriale progressive, a toujours été plurilingue.
Sur le seul territoire métropolitain, le français, issu de la standardisation de la langue d’oïl, n’est pas partout la langue autochtone : basque, breton, flamand, dialectes franciques et alémaniques d’Alsace et de Moselle, franco-provençal (si mal nommé car il ne s’agit pas de provençal francisé), occitan, corse et catalan se parlent encore.
Mais pour combien de temps ?
Disons-le franchement : depuis la loi Deixonne de 1951 qui autorise l’enseignement de certaines langues « régionales » (je mets des guillemets car aucune langue n’est régionale ou nationale par nature) après des siècles de proscription et d’humiliation de ses locuteurs, la France ne fait pas grand-chose pour la préservation de sa diversité linguistique.
Malgré une politique un peu plus favorable à la langue corse – mais encore très insuffisante pour en assurer la survie car elle ne concerne que l’école primaire – l’enseignement des langues régionales demeure facultatif, avec une offre largement inférieure à la demande. Par exemple, à peine trois postes par an au CAPES d’occitan, pour un territoire correspondant au tiers de la Métropole. Il existe un enseignement bilingue à parité horaire, mais il ne se développe guère. Des écoles associatives se sont créées, avec un certain succès, mais elles sont encore loin de pouvoir couvrir les besoins.
Dans les médias, même dans les programmes régionaux, la présence des langues « régionales » est purement symbolique. Au mieux, quelques heures hebdomadaires ; au pire, rien du tout. Aucune chaîne de télévision émettant exclusivement en langue régionale, même sur les réseaux du câble et du satellite.
À Paris, on passe généralement sous silence la production littéraire et culturelle en langue régionale. Et ce silence va de pair avec l’ignorance : dans certains manuels scolaires, on assimile encore l’occitan, ou la langue d’oc, à un dialecte du français, comme si les troubadours avaient été francophones. Et l’ignorance va de pair avec l’intolérance : beaucoup n’ont pas compris que la nouvelle Miss France ait échangé quelques mots en alsacien avec son grand-père, alors que c’est leur langue habituelle.
On m’objectera : « Mais la récente réforme constitutionnelle ne vient-elle pas de reconnaître les langues régionales comme le patrimoine de la France ? ». Oui, mais s’il s’agit de transformer des réalités vivantes – ou survivantes – en des pièces de musée, où en est l’intérêt ? Cette reconnaissance de ces langues dans l’article 75 de la Constitution est bien éloignée de l’octroi d’un statut officiel permettant une politique linguistique de protection, comme vient de le confirmer un avis du Conseil constitutionnel.
La France n’a toujours pas ratifié la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires – qu’elle a pourtant signée et qui est systématiquement exigée des nouveaux membres de l’Union. La demande de l’Assemblée de Corse d’un statut de coofficialité pour la langue de l’île a fort peu de chances d’aboutir.
Cette indifférence de la France à l’égard de sa diversité linguistique a un effet immédiat : elle décourage la transmission des langues régionales, et les condamne à mort. On pourrait pourtant facilement inverser cette tendance mortifère, avec des politiques volontaristes comme celles qui ont été menées avec succès au Québec, pour le français, ou encore dans les communautés autonomes espagnoles, pour le catalan, le basque et le galicien.
On pourrait, mais on ne veut pas. Ce serait lever le tabou des tabous de l’État français : le caractère sacré de la langue française, « langue de la République » (article 2 de la Constitution) qui fut en réalité d’abord celle du Roi. Que de réactions indignées de députés et de sénateurs lorsqu’il s’était agi de faire figurer la reconnaissance des langues régionales dans l’article 1 ! Quel soulagement lorsqu’elle fut reléguée finalement 74 articles plus loin !
Cette idolâtrie de la langue française aboutit à des conclusions absurdes : la langue en danger en France, ce serait le français ! À en croire Hélène Carrère d’Encausse, le breton ou l’occitan menaceraient la langue française ! Comme si ce n’était pas l’inverse, comme si la domination écrasante du français dans l’espace public n’étouffait pas l’expression des langues régionales... Comme si une langue commune devait être nécessairement unique et exclusive...
Il faudrait donc une révolution pour que la France se décide enfin à respecter sa diversité linguistique. Pour ma part, j’ai choisi mon camp.
Salute,
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* Jean-François Impini - Un mensonge d’État. L’imposture sécuritaire (et les statistiques de la délinquance)
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