Une tribune pour les luttes

OWNI

Deleuze pour (re)prendre la parole

Jean-Paul Jouary
+ Les urnes seront-elles funéraires ?
+ Qui veut voter pour l’Enfer ?

Article mis en ligne le dimanche 8 avril 2012

http://owni.fr/2012/03/29/prises-de-parole-communication-politique/

Le 29 mars 2012

"La philosophie de la communication s’épuise dans la recherche d’une opinion universelle libérale comme consensus" professait Deleuze. La campagne électorale, comme d’habitude, n’échappe pas au règne de la communication. Mais laquelle ? Et, surtout, avec quelles ambitions pour la vie de la cité. Et pour la démocratie.

Si la démocratie repose sur le discours, le dialogue, la confrontation, prendre la parole peut avoir plusieurs sens, et même plusieurs sens contraires. Si prendre la parole peut être entendu comme la décision du citoyen de “dire son mot”, d’exprimer ce qu’il pense, d’inter-venir (venir entre ceux qui débattent et décident), prendre la parole peu aussi être entendu comme la confisquer, en déposséder l’autre.

Et c’est bien ce conflit que l’actuelle campagne présidentielle met en scène jusqu’à la caricature. Jamais peut-être n’aura-t-on si fort ressenti l’exigence de chacun de parler et d’agir à la première personne du singulier, mais jamais on n’aura tant déployé de moyens pour l’empêcher ou en dévoyer le libre cours.

Certes, il faut d’abord remarquer que la Constitution de la Vème République a été entièrement conçue à cette fin. Son principal auteur, Michel Debré disait même à son sujet que,

la brutalité d’un mode de scrutin est l’expression d’une vue démocratique qui est bonne.

De fait, de 1958 à nos jours, tous les Présidents sans exception n’ont cessé de durcir les aspects les plus antidémocratiques du système institutionnel. Si les citoyens votent selon leurs aspirations et leurs besoins, ils ne seront cependant pas représentés à la proportionnelle à l’Assemblée, le rapport de représentation selon les partis politiques allant jusqu’à 28 contre un en 1958 pour le même nombre de voix !

Si malgré cela le vote parvient à traduire ces aspirations, le gouvernement a le droit de ne jamais les inscrire à l’ordre du jour, ou bien de faire adopter une loi contraire sans vote. Et si tout cela ne suffit pas, le Conseil Constitutionnel ( “chapeau dérisoire d’une dérisoire démocratie” selon les mots de François Mitterrand… qui en fit usage à son tour), peut annuler une loi votée, sans recours possible. Si tous ces obstacles sont franchis, le Président peut dissoudre l’Assemblée. L’article 16 l’autorise même à supprimer les libertés publiques, comme il peut décider des Traités et de la guerre. Il peut faire adopter à l’échelle européenne des dispositions censées, sans vote des citoyens et sans débat public, s’imposer au pays et même aux futurs gouvernements.

Reste l’élection présidentielle elle-même, qui consiste pendant toute la campagne à faire en sorte que, puisque deux candidats seulement s’opposeront au second tour, les électeurs soient persuadés qu’il faut voter dès le premier tour, non pour celui qui défend le mieux leurs convictions, mais pour celui qui peut battre au second tour le candidat qui leur tourne le plus le dos. Il restait à réduire les législatives à un simple appendice des présidentielles : c’est ce que Lionel Jospin a fait en faisant coïncider systématiquement les deux élections. Soyons clairs : aucun autre pays développé au monde ne possède un système institutionnel aussi monarchisé.

Bien entendu, tout cet édifice repose sur le vote des citoyens une fois tous les cinq ans, et c’est alors le moment démocratique, où les citoyens peuvent enfin prendre la parole, ce qui nous ramène à notre propos de départ. Prendre la parole est bien décisif puisqu’il ne reste que cela. Mais cela aussi apparaît bien difficile.

Nous sommes en pleine ère de la “communication”. Mais si cela signifie “mise en commun”, les moyens de communication de masse ont permis d’en faire en réalité, pour l’essentiel, l’outil d’une séduction par les “petites phrases” et les images fabriquées, organisée du haut vers le bas de la société. Le public n’y intervient d’ailleurs que de façon très largement scénarisée.

Du coup, lors d’une campagne électorale, les candidats se mettent ou sont mis en scène comme des personnes singulières, objets d’identification subjective, et non comme porteuse d’idées, de raisonnements, de démarches, de perspectives. On finit par difficilement distinguer les artistes médiatisés qui participent à la vie politique, et les politiques qui participent aux spectacles médiatiques. Gilles Deleuze écrivait en 1991 :

La philosophie de la communication s’épuise dans la recherche d’une opinion universelle libérale comme consensus.

Il y a bien sûr les discours, les meetings. Mais pour la première fois ils sont filmés et mis en images par des entreprises payées par les candidats eux-mêmes. Les séquences sont alors vendues ou données aux divers médias, ce qui transforme insidieusement l’information en propagande.

Il y a enfin Internet, Twitter, Facebook, les forums sociaux qui permettent aujourd’hui une circulation infinie et sans entrave des paroles et des idées, à l’écart des puissantes machines médiatiques et des tenailles institutionnelles. On a vu ce que les révolutionnaires et les “indignés” ont pu déjà réaliser par ces nouveaux moyens. Mais déjà certains candidats ont formé des équipes chargées de faire déferler dans ces médias sociaux des milliers d’interventions qui déguisent en participation citoyenne de violentes entreprises de propagande.

Où l’on voit que tout est enjeu de pratiques sociales, et qu’il est difficile pour une parole prise de n’être pas aussitôt reprise.

Alors, sur ces ruines de la République et de la démocratie, que reste-t-il aux citoyens ?

Deux choses, aussi anciennes que les idées mêmes de république et de démocratie : la lecture raisonnée et la parole vivante. La lecture : il y a des livres, des articles, des chroniques, des journaux papier ou numériques, qui alimentent et provoquent la réflexion de chacun. Mais, puisque l’écriture est muette, selon les mots que Platon attribue à Socrate dans le Phèdre, et que réfléchir seul est souvent difficile, il demeure la parole face à face, le dialogue, chez soi, dans la rue, sur les lieux de travail ou de manifestation. La parole vive, simple, contradictoire et amicale en même temps.

C’est très exactement ce que Platon, critique s’il en est de la démocratie athénienne, de sa démagogie et de ses perversions, a su théoriser paradoxalement pour le plus grand profit des démocrates d’aujourd’hui. Si pour lui la pensée est ” un dialogue intérieur et silencieux de l’âme avec elle-même “, cette pensée ne peut se former et se développer vraiment que dans le dialogue avec d’autres pensées.

Tout le contraire de la façon que l’on a aujourd’hui de nous infliger du prêt à penser en avalanches médiatiques minutieusement élaborées pour séduire. Encore faut-il, ajoutait Platon, ne pas confondre le dialogue avec le combat oratoire pour vaincre, sans souci de l’échange, avec le seul plaisir de vaincre, comme le font les ” ignorants qui, lorsqu’ils disputent, ne se soucient nullement de la vérité, et dont l’unique but est de gagner à leur opinion ceux qui les écoutent “.

Et de définir le véritable dialogue :

Nous ne combattions pas l’un contre l’autre mais nous allions ensemble en vue de la vérité.

Le dialogue comme façon de penser ensemble pour avancer ensemble. N’est-ce pas ce dont tous les citoyens ont actuellement besoin pour échapper conjointement aux contraintes institutionnelles illégitimes et aux formes indigentes de débattre en politique ?

Ce critique de la démocratie antique, ne nous y trompons pas, a plus écrit pour les démocraties modernes que celles et ceux pour qui ce mot n’est plus qu’un slogan obligé.

N.B : Lire et relire Platon, le Phèdre, le Gorgias, le Philèbe, le Phédon et la République par exemple. Lire Qu’est-ce que la philosophie ? De Gilles Deleuze. Lire aussi un essai vivifiant de Régis Debray, Rêverie de gauche, qui vient de paraître. On me permettra d’indiquer enfin Rousseau, citoyen du futur, que je viens de faire paraître en livre de poche et en Cd audio (avec la voix de Daniel Mesguich), où je développe plus précisément les analyses qu’on me reproche parfois de trop réduire dans mes chroniques OWNI. Mais c’est la loi du genre.


Les urnes seront-elles funéraires ?

Jean-Paul Jouary

http://owni.fr/2012/03/15/les-urnes-seront-elles-funeraires/

Le 15 mars 2012

Agitation de campagne, les référendum proposés par le président-candidat constituent un élément d’une "stratégie du choc". Au-delà de la communication, c’est aussi l’idée même de la démocratie qui est foulée aux pieds.

Citation : “Si le peuple promet simplement d’obéir, il perd sa qualité de peuple” – Rousseau

La déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy a confirmé la “stratégie du choc” analysée par Naomi Klein, à laquelle j’avais consacré une précédente chronique (“ Qui veut voter pour l’enfer  ? http://owni.fr/2012/02/02/qui-veut-...”) : c’est en agitant l’épouvantail du drame grec, délibérément provoqué puis aggravé, que le Président a invité à accepter de nouvelles régressions. Cet argument a aussitôt été repris sur le mode grotesque par Claude Allègre qui annonçait son entrée dans l’équipe de campagne sarkozyste.

On met le peuple grec en faillite, on lui impose alors des mesures qui détruisent tous ses moyens de remonter la pente, on ordonne alors des mesures plus drastiques encore, on le met sous tutelle, puis on prend les autres peuples à témoin : si vous ne voulez pas subir le même sort, il faut accepter de renoncer pour toujours à l’idée même de progrès social et de service public. C’est le sens du pacte signé par Nicolas Sarkozy à l’échelle européenne, et de la “règle d’or” qu’il entend introduire dans la Constitution : il deviendrait illégal de renouer avec l’idée même d’une vie meilleure.

Mais c’est une autre annonce qui aura marqué médiatiquement cette déclaration de candidature : celle de deux référendum stigmatisant les chômeurs et les étrangers. Aussitôt François Bayrou annonçait à son tour son intention d’organiser un référendum… sur la moralisation de la vie publique. Et quelques commentateurs de s’étonner de cette façon de donner la parole au peuple, contre les prérogatives du Parlement, comme si ces propositions étaient trop démocratiques. Et si toutes ces déclarations avaient à voir avec la ” stratégie du choc ” ?

De fait, dès la semaine suivante, Nicolas Sarkozy précisait qu’en ce qui concerne le “pacte” européen, il n’était pas question d’organiser un référendum. Trop compliqué pour les Français.

Résumons-nous : si l’on demande que le peuple soit consulté sur son avenir, cela est qualifié de “populisme” ; si on propose de le consulter sur des thèmes de division et de régression, cela devient de la démocratie.

Tout cela nous oblige à revenir sur le lien entre suffrage et démocratie en rappelant, pour le troisième centenaire de sa naissance, ce que Jean-Jacques Rousseau a établi sur la question.

Par delà le sens antique du mot, qui suppose que le peuple assemblé discute et décide de tout sans aucune médiation, la démocratie en son principe renvoie à une conception précise de ce qui est légitime et ce qui ne l’est pas : n’est légitime que ce que le peuple a explicitement approuvé, au moins majoritairement.

Certes, le peuple peut se donner des “gouvernants”, que Rousseau appelle des “commissaires” en ce qu’ils sont strictement commis à l’application des décisions ratifiées par l’ensemble des citoyens. Mais “gouverner”, tenir le gouvernail, n’ayant rien à voir avec “diriger”, déterminer le cap à suivre, nul gouvernement ne saurait prétendre « représenter » le peuple qui l’a élu :

Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi. (in Le contrat social).

Doit-on “moraliser” la vie politique ? Rousseau, encore :

Dans toute véritable démocratie la magistrature n’est pas un avantage mais une charge onéreuse.

Autrement dit, il serait vain d’espérer “moraliser” la vie politique à l’intérieur d’un système institutionnel qui tourne le dos à toute légitimité. C’est donc une affaire de Constitution. Et pour Rousseau, le principe même d’une Constitution digne de ce nom est simple :

Le Peuple soumis aux lois en doit être l’auteur.

Sans quoi il doit obéir à une volonté à laquelle il n’a pas pris part. Dans ce cas, il ne s’agit plus pour les citoyens que d’obéir. Or, “si le peuple promet simplement d’obéir, il perd sa qualité de peuple”. Voilà comment il s’agirait de parler à des citoyens dignes de ce nom, et qui serait de nature à les réconcilier avec la politique.

Dès lors, qu’un Président annonce qu’il décidera des référendum quand il le voudra, sur les thèmes qu’il choisira, excluant ceux sur lesquels le peuple ne serait pas d’accord (les traités européens, la casse de l’école, de l’hôpital, des services publics, l’âge de la retraite, les cadeaux fiscaux pour les grandes fortunes, etc.), cela revient tout simplement à programmer des plébiscites, qui en leur principe même sont la négation de la démocratie.

Les urnes seront-elles funéraires, où l’on déversera les cendres des libertés publiques ?


Qui veut voter pour l’Enfer ?

Jean-Paul Jouary

http://owni.fr/2012/02/02/qui-veut-voter-pour-l%E2%80%99enfer/

Le 2 février 2012

La "crise" permet aux hommes politiques de proposer des remèdes plus qu’injustes à leur population, et ce particulièrement en période électorale. Pour le philosophe Jean-Paul Jouary, il s’agit là d’une énième manifestation de la "stratégie du choc" mise en lumière par Naomi Klein.

Citation : “S’il veut conserver sa réputation de libéral, un prince sera contraint de taxer extraordinairement les populations, d’être dur “- Machiavel.

Si l’on entend dire ces temps-ci que le courage politique consiste à infliger autoritairement aux peuples des régressions sociales qu’ils refusent, on entend dire aussi qu’avant une élection il faudrait être fou pour proposer des mesures qui frappent les conditions de vie des citoyens de plein fouet. Dans les deux cas il est vrai, on sous-entend qu’être élu c’est diriger un peuple comme un berger conduit un troupeau, et que le Prince élu prétend savoir seul ce qui est bon pour ses sujets.

Depuis plusieurs jours, des amis me reprochaient de n’avoir jamais lu La stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre, de la canadienne Naomi Klein. A coup de superlatifs, ils m’expliquaient que l’on y trouvait le fil conducteur de plusieurs décennies d’événements planétaires aussi hétérogènes en apparences que des dictatures latino-américaines, des pays mis en faillite par le FMI, des guerres, un tsunami, des pays de l’est qui sombrent dans un capitalisme sauvage, un massacre en Chine…

Je me disais qu’un tel bric-à-brac ne pouvait être éclairant. Ces amis ajoutaient que l’auteur démontrait avec précision qu’une véritable stratégie avait été conçue dans les années 80 aux États-Unis, à Chicago, autour de Friedman, qui consistait à provoquer de véritables catastrophes – ou à profiter de catastrophes aléatoires – pour mettre à genoux des peuples entiers, les apeurer, les résigner à des régressions sociales qui seraient ressenties comme “moins pires” que le sort dans lequel ils se sentaient enfermés. Il est vrai que la façon qu’on avait eue d’endetter délibérément des nations entières, en Afrique ou en Amérique latine, pour exiger d’elles d’affamer véritablement leurs peuples sous peine de mise en faillite totale, m’avait alors comme beaucoup d’autres choqué et stimulé dans mes engagements politiques.

Quelques économistes avaient observé qu’une véritable hyperinflation provoquait les mêmes effets qu’une guerre militaire.

Naomi Klein.

Au Chili ou en Argentine, une explosion de la dette, organisée et planifiée, anesthésia les prétentions des jeunes démocraties. On fit grimper les taux d’intérêt jusqu’à 21% ce qui dévasta des pays entier comme le Brésil, l’Argentine ou le Nigéria, et entraîna des baisses dramatiques des produits exportés, lourdes de conséquences sociales et humaines : 25 chocs entre 1981 et 1983 ; 140 chocs entre 1984 et 1987 !

Plus une situation apparaît désespérée, plus les citoyens acceptent de renoncer à leurs maigres acquis sociaux et démocratiques : déréglementations, privatisations, régressions sociales, sanitaires, salariales, tout apparaît préférable aux catastrophes vécues et annoncées comme autant de tsunamis irrésistibles. Les citoyens horrifiés se débarrassent alors de leurs ambitions et de leurs rêves, et chassent du pouvoir celles et ceux qui les avaient portés en leur nom. Effacer la mémoire, effacer l’espoir d’un meilleur avenir : une guerre totale, une tempête. Comme l’avait fort bien vu Spinoza dès le XVIIème siècle, le secret des régimes autoritaires consiste à “tromper les hommes afin qu’ils combattent pour leur servitude, comme s’il s’agissait de leur salut”.

Alors que ce livre alimentait ma réflexion, quelques épisodes de la campagne électorale pour les présidentielles m’ont interpellé : le Président UMP de l’Assemblée nationale évoquait le programme de François Hollande (pourtant estimé fort timide par bien des citoyens de gauche) comme d’une menace dont “les conséquences économiques et sociales pourraient être comparables à celles provoquées par une guerre”. Diable. Quelques jours plus tard, l’ancien ministre de triste mémoire Claude Allègre, pourtant pourfendeur des pessimistes climatiques, se mettait à appeler à soutenir Nicolas Sarkozy parce qu’il serait un bon capitaine en “pleine tempête”. Dès que le FBI fermait Megaupload, l’Elysée dans un communiqué applaudissait cette offensive contre cette entreprise aux profits “criminels”. Guerre, tempête, crime… Si l’on y ajoute la menace terroriste et la crise de la dette, cela ressemble fort à une adaptation en langue française des scénarios concoctés jadis à Chicago.

Dans ce contexte-là il devient compréhensible qu’en dépit de prévisions électorales plutôt sinistres pour le président sortant, celui-ci ait pris le parti de proposer pire encore : TVA “sociale”, régressions de l’emploi et du pouvoir d’achat, destructions sociales diverses, limitations du droit de grève, etc. La Grèce, délibérément mise en danger de faillite (notamment par son nouveau premier ministre en personne), par ceux-là mêmes qui prétendent la soigner en la sommant de se mettre à genoux et de détruire tous les outils qui lui permettraient de se redresser, est devenue le nouvel enfer promis à tous les peuples d’Europe qui prétendraient préserver leurs acquis sociaux et leur espérance de progrès.

C’est la nouveauté sur le “vieux continent”, mais une méthode éprouvée sur les autres continents : pour être élu il faudrait être dur, et plus dur encore. Il faudrait, comme le répètent d’autres candidats effectifs ou potentiels (et sans doute moins rejetés parce que moins arrogants) “être réalistes”, “être courageux”, “dire la vérité aux Français”, pour les unir droite et gauche confondues pour sauver le pays.

J’ouvre Le Prince de Machiavel et je lis :

S’il veut conserver sa réputation de libéral, un prince sera contraint de taxer extraordinairement les populations, d’être dur.

Gageons que ce torrent de menaces catastrophiques donnera le la de toute cette campagne.

NB : à lire, pour comprendre les stratégies sous-jacentes des principaux acteurs de cette présidentielle, l’extraordinaire livre de la canadienne Naomi Klein La stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre (2007) traduit par Lori Saint-Martin et Paul Gagné en 2008 aux Editions Leméac / Actes Sud. Une genèse passionnante, érudite et édifiante, étalée sur trois décennies, de cette stratégie du choc, qui surfe de dictatures chilienne ou argentine en fabrication de la dette, en passant par la guerre d’Irak. Au bout de cette analyse convaincante, Naomi Klein fait entrevoir la voie d’avenir : l’ “humble bricolage” des femmes et hommes qui réparent, solidifient, améliorent les matériaux qu’ils trouvent là où ils vivent, et visent l’égalité. A lire aussi, pourquoi pas, Le Prince de Machiavel…

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