Une tribune pour les luttes

Sur le vol AF888 Paris-Kinshasa on ne badine pas avec le bac !

Article mis en ligne le mardi 24 avril 2012

23 avril 2012

http://blogs.mediapart.fr/blog/resf

Nous sommes le 19 avril 2012 aéroport de Roissy Charles de Gaulle dans le terminal 2C, les vacances scolaires battent leur plein. A l’enregistrement des bagages, on sent l’euphorie du voyage chez les passagers du vol AF888 de 10h45 à destination de Kinshasa. Kevin KIMPEFE en classe de terminale au lycée Kyoto à Poitiers fait aussi partie du voyage mais lui est déjà au pied de l’avion sur le tarnac, dans un fourgon de police et sera monté en premier au fond de l’appareil. Menotté, encadré par 4 policiers dont 3 en civil, contrairement aux autres passagers, il n’a pas choisi de faire ce voyage. Pourquoi est-il là alors ? Il a 19 ans, il est sans-papiers, donc indésirable et doit être banni du territoire français...

Léon, passager en classe Affaires ne pouvait pas voir Kevin de sa place mais vers 10H30 des cris stridents provenant du fond de l’appareil commencent à retentir dans tout l’avion "ne me laissez pas partir ! Aidez-moi aidez-moi ! Je passe mon bac dans 2 mois ! ". Plus personne ne pouvait dire "je ne savais pas, je n’ai rien entendu, je n’ai rien vu". Installé en Belgique, Léon est père d’un jeune homme du même âge que Kevin. Il se dit qu’il ne peut pas laisser faire ça, que ça pourrait être son fils ! Il repense alors au papier qui parle de ce jeune majeur scolarisé et sans-papiers que lui avaient remis quelques heures plus tôt des militants venus sensibiliser les passagers à la cause de Kevin. Il relit l’histoire du lycéen et se lève aussitôt puis se dirige d’un pas déterminé vers le fond de l’avion. Un autre passager est déjà debout et demande aux policiers à ce que le calme soit rétabli à bord car les cris du jeune homme font peur à ses enfants. "Ne vous inquiétez pas, rasseyez-vous et il va se calmer quand l’avion décollera !".

Kévin est en larmes... Léon s’approche de Kevin. Ce dernier le supplie d’un regard atterré de l’aider et lui explique en suffoquant qu’il n’a plus personne à Kinshasa. En effet, le père de Kevin a été assassiné et suite à ce drame la famille a rejoint la France en 2006 laissant derrière elle un passé douloureux. Kevin était alors âgé de 14 ans, un âge sensible. La famille endeuillée s’est installée à Poitiers où elle a pu reconstruire une vie, certes jalonnée parfois d’épisodes difficiles car il y a des souffrances qui laissent des cicatrices indélébiles dans une vie mais Kevin a su surmonter ses difficultés. Un récit de vie auquel nul ne peut rester insensible et encore moins les passagers du vol AF888 qui avaient conscience que l’avenir tout entier de Kevin était entre leurs mains et qu’il s’agissait là de porter assistance à une personne en danger. Les passagers décident alors dans leur grande majorité de se lever et de ne plus se rasseoir tant que le futur bachelier ne serait pas débarqué.
Parmi eux, Daida. lycéenne de 16 ans en classe de seconde. Elle va passer ses vacances avec ses deux sœurs cadettes chez ses grands-parents à Kinshasa. Elle aussi ne comprends pas que son pays la France qu’elle a toujours imaginé comme un pays respectueux de la dignité humaine, puisse traiter de la sorte un lycéen pour le simple fait qu’il n’a pas les bons papiers. Profondément choquée par ce qui se passe sous ses yeux, elle appelle sa mère d’origine indo-africaine qui approuve d’emblée l’acte courageux et solidaire de sa fille et l’incite à ne pas céder à la pression des CRS qui ont envahi massivement l’avion afin de dissuader la résistance grandissante. Une policière filme avec une caméra les visages des passagers toujours debout et refusant d’obéir aux forces de l’ordre qui les menacent de poursuites judiciaires pour rébellion. Le bras de fer entre passagers et policiers dure deux longues heures, durant lesquelles pas une seule fois le commandant de bord ne se sera manifesté !

Le vol décollera à 13H mais sans Kevin qui a pu assister à son audience du juge des libertés et de la détention à Meaux le lendemain. Il est libre et a rejoint sa maman et sa fratrie à Poitiers. Merci aux passagers du vol AF888 pour leur courage.
Un passager a été choisi parmi tant d’autres et a été débarqué pour s’être indigné contre l’expulsion de Kevin. Nous ne savons pas ce qu’il est advenu de lui.
Quant à messieurs Sarkozy et Guéant, sachez qu’au pays des Droits de l’Homme et du Citoyen, on n’expulse pas des lycéens, on ne démembre pas des familles, sans qu’il y ait de résistance ! Des voix continuent et continueront de s’élever tant qu’en France régnera cette politique inhumaine et attentatoire du chiffre qui va à l’encontre des valeurs inscrites sur le fronton de nos édifices publics, ces mêmes valeurs pour lesquelles des femmes et des hommes vivent et respirent.

Malika CHEMMAH RESF 93

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1 Message

  • Le 23 avril 2012 à 14:47, par

    Un jugement positif et important du tribunal administratif de Nantes pour les enfants V. d’abord, mais aussi pour tous ceux qui sont frappés par les refus de visas :

    Makey, Cynthia, Marlina et Vanessa, enfants haïtiens de Marjorie V.
    sont séparés de leur mère depuis 4 ans et demi. Ils étaient en république dominicaine, réunis pour la dernière fois en famille, avec leur beau père français et leur petit frère Téo, 3 ans et demi, lorsque le séisme du 12 janvier 2010 a dévasté Haïti. Ils attendent depuis de rejoindre leur famille en France, et vivent chez un parent, à 15 dans 3 pièces. Le regroupement familial est autorisé en décembre 2010. En novembre 2011, l’ambassade de France à Port au Prince refuse les visas pour les 4 enfants.

    Une mobilisation démarre à Chatenay-Malabry (92) avec l’appui des parents d’élèves de l’école maternelle de Téo, des collègues de la RATP où travaille Laurent. Conférence de presse, interpellations et interventions d’ élus locaux et nationaux et du cabinet de Claude Guéant. Le ministère et les autorités consulaires confirment leur refus. Le Défenseur des Droits est saisi.

    Le recours adressé par la famille à la commission des recours de visas (CRV) est rejeté. Un référé est adressé au Tribunal administratif de Nantes qui audience la famille et statue rapidement sur le refus de la CRV.

    L’ordonnance indique :

    - article 1er : l’exécution de la décision de rejet de la commission des recours contre les refus de visa refusant la demande de visa de long séjour de Makey, Cynthia, Vanessa et Marlina est suspendue

    - article 2 : il est enjoint au ministre de l’intérieur, de l’outre mer, des collectivités locales et de l’immigration de réexaminer dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance la demande de visa en cause .

    Le tribunal administratif reconnaît qu’ils ont fourni des preuves nécessaires et suffisantes de « possession d’état » (preuves du maintien du lien par les voyages effectués depuis la séparation , envois d’argent) , pour confirmer que Marjorie est bien la mère de ses quatre enfants.

    Pour le moment, il faut attendre de savoir si le ministère fait appel de la décision (il a deux semaines pour le faire). Mais c’est une étape majeure qui vient d’être enfin franchie, 16 mois après l’autorisation de regroupement familial en décembre 2010.

    D’après un rapport du sénat (datant de 2006), mais les choses ont-elles sensiblement changé ? ) , seulement 2% des refus de visas font l’objet d’un recours devant la CRV , et dans 90 % des cas, la CRV prononce le rejet du recours . Ce fut le cas des enfants V. , parents, enfants, soutiens ont continué leur combat . C’est une étape décisive qui vient d’être franchie

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