Une tribune pour les luttes

Outrage et rébellion : un joker pour nous faire taire !

Rassemblement contre le délit d’outrage et rébellion - mercredi 20 juin - .8h30 - devant le TGI de Marseille
Fichage et Relaxe, voir compte-rendu du procès.

Article mis en ligne le mercredi 20 juin 2012


Mercredi 20 juin

Quelques impressions d’audience

Il est aussi difficile que d’habitude de faire un compte-rendu de l’audience car on n’entend à peu près rien, même au premier rang du public et même quand il y a un silence complet dans la partie de la salle où se trouvent prévenus et avocats.

A remarquer de plus :
- Les procès servent de lieu de fichage, ce qui est tout à fait inadmissible et contraire à la libre publicité des débats.
- Il n’y a plus d’appariteur, une dizaine de CRS et de policiers en tenant lieu à l’entrée de la salle, exigeant la carte d’identité dont ils relèvent les indications (en plus du contrôle avec portique effectué à l’entrée du tribunal). Les policiers en revanche ont refusé de donner leur numéro matricule et les raisons de cette procédure.
- Il n’y a plus non plus de rôle visible du public avec le nom du juge et des prévenus.
- D’ailleurs il n’y a plus qu’un juge sans assesseurs !

Madame S. était la quatrième personne jugée. En plus de deux comparutions pour accidents de la route, un jeune homme sans aucun antécédent judiciaire était accusé de jets de pierre dans une cité contre des policiers. Indépendamment des contradictions des dépositions de ces derniers au sujet des jets de pierre (les contrevenants étaient-ils 4, 5 ?, à quelle distance ), les policiers revenus sur place une demi-heure après les faits auraient "reconnu" le jeune homme qui s’est laissé contrôler sans difficulté " à sa tenue vestimentaire" : un bonnet, des baskets et des vêtements noirs avec une marque Adidas !

L’audience de Madame S. est particulièrement inaudible .
Là encore, les témoignages des policiers (absents du procès !) sont contradictoires. Personne cependant ne conteste que Madame S. dont l’engagement personnel dans cette cause est reconnu a été extraite seule au milieu d’au moins cinquante personnes, au cours d’une manifestation de soutien aux sans-papiers devant le centre de rétention, avec haut-parleur, sirènes, slogans mais sans aucun projectile .
L’atmosphère était elle "tendue" ? La Procureure qui semble s’y connaître en manifestation assure que sur l’outrage il n’y a aucun doute vu les slogans criés, se demande si cette manifestation était vraiment si bon enfant que cela et n’a pas "dérapée", conteste les coups de matraques au moment de l’arrestation puisque le médecin de garde ne les a pas constatés alors que Madame S. assure en avoir encore les traces.
Madame S et l’avocat soulignent que s’il y a eu outrage (ce qui est nié), ils avaient été nombreux à le commettre et ne s’adressait pas à un policier en tant que tel mais au symbole de la police répressive. Madame S. semble plutôt avoir été choisie pour sa personnalité déjà connue plutôt que pour un fait précis. On peut se demander si les policiers, en ayant assez de ces manifestations devant le CRA "comme il y en avait à cette période-là presque toutes les semaines" n’ont pas voulu faire peur pour qu’elles ne se renouvellent pas en chargeant avec grenades lacrymogènes et en faisant un exemple avec madame S.
Maïtre Dalençon insiste de plus sur le fait que la rébellion qui se caractérise par une "résistance violente" n’est pas du tout caractérisée dans les procès verbaux.
Après la suspension d’audience, Madame S est relaxée au bénéfice du doute.


10 h 45 : La personne est RELAXÉE au bénéfice du doute !

Fin du procès : La personne est relaxée au bénéfice du doute. Un compte rendu va suivre


Mercredi 8 h 30 ambiance très tendue - bcp de flics - prises d’identité pour entrer


A l’appel d’un rassemblement de soutien à un sans-papier menacé
d’expulsion, une quarantaine de personne se réunissent le vendredi 4
novembre 2011 devant le centre de rétention du Canet. Assez rapidement la
police disperse les manifestants qui tentent de se faire entendre des
retenus. Dans la confusion, une personne se retrouve aux mains de la
police. Elle comparait le 20 juin à 8H30 pour « Outrage et Rébellion ».

Depuis 20 ans, les poursuites pour « outrage et rébellion » ne cessent
d’augmenter. Bien sûr, pour les flics, multiplier les plaintes pour
« outrage et rébellion » est un bon moyen d’arrondir les fins de mois.

Mais au delà de ces « petits arrangements », le délit d’« outrage et
rébellion »
, est devenu une menace permanente que les flics peuvent sortir
de leur poche à n’importe quel moment, et qui sert d’outil idéal
d’intimidation et de répression

« Outrage et rébellion », c’est un bon prétexte pour justifier à
posteriori l’arrestation de qui ils veulent, quand ils veulent, et les
gardes à vues qui vont avec.

« Outrage et rébellion », c’est une bonne combine pour camoufler les
interpellations musclées et l’usage de la violence.

« Outrage et rébellion », c’est une façon de nous menacer pour nous
empêcher d’intervenir quand quelqu’un se fait contrôler, arrêter ou
tabasser devant nous.

En matière de répression des pauvres, le délit d’ « Outrage et rébellion »
ne profite pas qu’à la police : le dépôt de plainte pour « Outrage et
rébellion » se généralise aussi chez les agents des CAF et des pôles
emplois et chez les contrôleurs assermentés en tout genre, afin de calmer
les ardeurs des pauvres qu’ils traquent de plus en plus.

« Outrage et rébellion » c’est en définitive un moyen facile pour nous
mettre la pression, nous faire taire, nous empêcher de réagir, casser les
solidarités possibles et les dynamiques de lutte face à l’exploitation,
l’enfermement, les expulsions...

Dans un contexte où la gestion des migrations en Europe est de plus en
plus répressive et où la colère gronde souvent dans les centres de
rétentions, les gouvernements ont tout intérêt à empêcher que ces révoltes
ne fassent tâche d’huile. C’est pourquoi dès que des solidarités se
manifestent entre les retenus et ceux à l’extérieur, l’Etat réprime. Et
pour réprimer facilement, quoi de plus simple que de casser toute
tentative de rassemblement devant les centres de rétention en arrêtant les
manifestants qui y participent. Lors du rassemblement du 4 novembre 2011,
l’arrestation d’une personne sous prétexte d’ « outrage et rébellion »
permit une rapide dispersion et empêcha toute communication avec
l’intérieur.

Plutôt que de rester isolés face à la police, aux tribunaux et au monde
carcéral, nous pensons que nous avons intérêt à nous soutenir
mutuellement, en venant nombreux aux procès des uns et des autres, en
s’entraidant juridiquement pour préparer nos défenses, en mettant en place
des caisses de solidarité afin de payer les frais d’avocats et les
mandats.

Kaliméro sous le soleil est l’une de ces caisse de soutien. C’est aussi un
collectif de solidarité face aux offensives du système pénal et judiciaire
qui se propose de faire circuler des informations sur les procédures et
incarcérations en cours, d’organiser des rassemblements devant les
tribunaux... en plus de l’envoi de mandats mensuels aux prisonniers ou de
la prise en charge des frais de défense lorsque le besoin s’en fait
sentir.

Face à la répression, la solidarité est notre arme. Pour ne pas les
laissez nous isoler ni nous foutre la pression, rassemblons nous le 20
juin à 8H30 devant le Tribunal de Marseille contre le délit d’« Outrage et
Rébellion ».


Contre le délit d’« Outrage et Rébellion »
Rassemblement Mercredi 20 juin à 8H30 devant le Tribunal de Grande Instance de
Marseille
(6 rue Joseph Autran 13001)

Pour contacter le collectif Kaliméro sous le soleil :
kalimerosouslesoleil @ no-log.org

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4 Messages

  • Le 12 juin 2012 à 01:59, par

    OUI. Ce joker est si pratique pour les institutions, qu’il commence à être essayé, pas toujours efficacement, dans les instituions "sociales". Ainsi Police emploi avait porté plainte pour "outrage à ... Pôle emploi" suite à une action collective. Là ils en ont été pour leur frais, une relaxe a été prononcée (voir Outragé, Pôle emploi mord la poussière) mais tout laisse à penser qu’ils vont améliorer leurs bricolages pour mieux défendre leur arbitraire. Donc tout ce qui s’attaque à ce joker est utile au grand nombre, qu’on se le dise !

  • Le 16 juin 2012 à 12:20, par

    Le 17 juin 2007, Lamine Dieng mourait, menotté dans un fourgon de police près de Gambetta. Comme chaque année, sa famille et ses proches se réuniront samedi à Ménilmontant à 14heures à proximité du domicile familial.

    Les expertises médicales ont relevé dix hématomes sur le visage et vingt sur le reste du corps du jeune homme, qui allait sur ses vingt-cinq ans, explique le blogue qui a été ouvert en mémoire de Lamine trois jours après sa mort (http://coucxx.skyrock.com/).

    À ce jour, selon la famille, les huit policiers qui étaient en service ce soir-là sont toujours en fonction.

    Pour dire “Non au permis de tuer”, les amis et la famille se retrouveront samedi 16 juin à 14h devant le 58 rue des Amandiers, dans le 20e arrondissement. Une marche commémorative aura lieu à travers l’arrondissement, qui passera devant le lieu du drame.

  • Le 20 juin 2012 à 14:38, par

    Un juge peut décider un huis-clos ou une expulsion du tribunal de "toute personne qui trouble les débats". Mais qui peut décider un fichage préalable des personnes entrant dans la salle du tribunal ? Quelqu’un le sait-il ?
    Devant quelle juridiction contester ce fichage ?

    • Le 24 juin 2012 à 11:13, par

      J’ai posé la question à une avocate. Elle m’a répondu que c’était un abus de pouvoir et un coup de bluff pur et simple des RG. Rien ne peut légalement justifier cela. Si ça se reproduit il faut faire bloc et protester. Elle s’interroge sur la possibilité d’une plainte commune a posteriori pour les fichés (à voir avec l’avocat qui avait traité l’affaire)...

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