Une tribune pour les luttes

Association Primo Levi

Le Centre Primo Levi publie le Livre blanc "Soigner les victimes de torture exilées en France"

Article mis en ligne le samedi 30 juin 2012

A télécharger sur :
http://www.primolevi.org/

A l’occasion de la journée internationale des Nations Unies pour le soutien aux victimes de la torture du 26 juin, le Centre Primo Levi publie le Livre blanc Soigner les victimes de torture exilées en France.

Fruit d’un travail collectif mené par des médecins, des psychologues, des chercheurs, des responsables associatifs... le Livre blanc est le premier état des lieux sur la prise en charge et le soin des personnes victimes de torture exilées en France.

Son objectif est de sortir de l’ombre ces hommes, femmes et enfants réfugiés dans notre pays et de formuler des propositions concrètes aux décideurs politiques et aux professionnels de la santé pour une prise en charge adaptée. L’importance numérique de cette population – plus de 100 000 personnes concernées – la spécificité de ses troubles, et donc des dispositifs à mettre en place, en font un enjeu de santé publique.

Alors que la torture est pratiquée dans un pays sur deux à travers le monde, on estime à plus de 100 000 le nombre de personnes victimes de torture et de violence politique vivant sur notre sol sous différents statuts (demandeurs d’asile, déboutés du droits d’asile, réfugiés statutaires …).

Au-delà des séquelles physiques, les séquelles psychologiques dont souffrent ces personnes sont profondes et demandent des soins adaptés.

Arrivés en France, la précarité, les difficultés à obtenir un statut, la suspicion récurrente qui pèse sur les exilés, entravent encore leur reconstruction. Le système de santé de droit commun ne dispose pas d’équipes de soin formées à ces souffrances spécifiques, d’interprètes pour accueillir ces personnes dans leurs langues, de temps de consultations suffisamment longs et de prise en charge des souffrances psychologiques. Les victimes sont totalement absentes des politiques de santé publique. Cette méconnaissance des effets de la torture sur le psychisme et le corps entraîne des retards de diagnostics, des traitements médicaux inadaptés et souvent des coûts inutiles. Les effets de la torture ont également un impact transgénérationnel important, sur les enfants et les proches des victimes et, de manière plus large, sur l’ensemble de la société.

Recommandations en faveur d’une prise en charge adaptée :

Face à cet enjeu de santé publique et fort de son expérience dans l’accueil et le soin des personnes victimes de torture depuis 1995, le Centre Primo Levi formule dans son Livre blanc différentes recommandations.

Elles concernent notamment l’élargissement des politiques publiques en direction des migrants. Actuellement ces politiques sont majoritairement orientées vers la prévention et le soin des maladies infectieuses. Des programmes spécifiques concernant la santé mentale doivent être développés et notamment des programmes de recherche.

Le Centre Primo Levi place également au centre de ses revendications le soutien des centres de soins et des consultations spécialisées qui assurent une prise une prise en charge pluridisciplinaire englobant l’ensemble des symptômes : ceux causés par les traumatismes de la torture mais aussi par l’exil, la perte de repères, les souf¬frances dues à l’exclusion et l’extrême précarité. Sur-sollicités, saturés seul 5 centres spécialisés existent sur tout le territoire français. Lieux incontournables de transmission des pratiques et des savoirs, ils ne parviennent à prendre en charge que 6 000 personnes en France.

L’adaptation et le renforcement des structures de droits commun (PASS, CMP, CMPP) et de leurs moyens notamment en locaux, personnels, formation, accès à l’interprétariat sont également une priorité, de même que la formation des professionnels de santé, notamment les médecins généralistes.

Enfin, dans un contexte de durcissement des conditions d’accueil des réfugiés en France où le sujet de l’immigration a été instrumentalisé par les politiques, il est urgent de créer des conditions adéquates au soin, en garantissant l’accès au logement, à l’assurance maladie et aux minimums sociaux permettant l’autonomie de ces personnes.

La torture et la violence politique s’attaquent à l’intégrité de la personne mais aussi aux liens sociaux, constituant une menace pour l’ensemble de nos sociétés. La capacité à faire confiance à l’autre et à soi-même est atteinte. L’expérience montre l’importance pour les personnes victimes de torture, dont les repères ont été bouleversés par la violence intentionnelle, de trouver un espace institutionnel pour les accueillir et reconnaître leur souffrance.

Le Centre Primo Levi

Créé en 1995, le Centre propose une prise en charge gratuite et spécialisée pour les personnes victimes de la torture et de violence politique. Pour favoriser une reconstruction complète – physique, psychique et sociale- l’équipe soignante regroupe à la fois des médecins généralistes, des psychologues-psychanalystes, une kinésithérapeute, deux assistants sociaux et une juriste. L’intervention d’interprètes professionnels est également proposée aux patients.

Association Primo Levi – Soins et soutien aux personnes victimes de torture et de la violence politique

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